Dogmes indéracinables et indicateurs trompeurs

Tout va s’éclaircir, le ministre français des Comptes publics, Olivier Dussopt, annonce que le gouvernement va créer un groupe de travail pour réfléchir aux pistes de rétablissement des finances publiques, après l’envol de la dette publique à près de 120% du PIB cette année, pulvérisant le plafond de 60% du traité de Maastricht dont les clauses sont suspendues (en attendant la suite). 

L’intention est « de construire des scénarios » pour établir  « comment la trajectoire des finances publiques pluriannuelle à 5 ans, à 10 ans peut être reconstruite ». Car il n’en doute pas « la dette que nous accumulons sera et doit être remboursée ». Comment alors « reconstruire une trajectoire des finances publiques qui soit à la fois crédible dans le temps et solide pour garder notre crédibilité sur les marchés financiers » ? 

En attendant, le FMI encourage les États dont le rôle est devenu essentiel à continuer de s’endetter, renvoyant à plus tard le rétablissement des équilibres budgétaires. L’orthodoxie rejaillit quand le fonds réaffirme que si « la réduction du déficit ne doit pas être une source de préoccupation tant que la crise persiste, une fois que la reprise sera bien engagée, un effort d’assainissement en dépenses sera nécessaire pour placer la dette sur une trajectoire descendante », un assainissement qui ne devrait pas se faire via des augmentations d’impôts mais par des baisses de dépenses publiques. À Martin Wolf, le chroniqueur du Financial Times, il est revenu d’énoncer un sacrilège en prédisant que « cela entraînera probablement une hausse des impôts, en particulier pour les riches gagnants (de la crise) ». 

Le PIB a pour vocation de mesurer la richesse d’un pays, d’une région ou du monde entier et son calcul fait l’objet de nombreuses contestations. Mais il est rarement relevé que celui-ci inclut les services financiers, dont on connait l’inflation des prix. La mesure est de ce point de vue faussée car la richesse mesurée ne contribue qu’à la marge à l’économie.

Parlant du calcul de l’inflation, l’indicateur a également un gros défaut. Non seulement il s’appuie sur un modèle de consommation unique (un panier de biens et de services) qui ne tient pas compte de sa variation suivant les revenus, mais il se base sur la structure de la consommation observée l’année précédente alors que la crise a depuis bouleversé la consommation des ménages. 

Les  indicateurs économiques ne sont pas seuls à devoir être pris avec recul. Il est beaucoup fait état du R0 (le taux de reproduction d’une maladie infectieuse) afin de comprendre l’évolution de la pandémie. En oubliant que son calcul repose sur de nombreux paramètres qui sont largement estimés faute de données éprouvées disponibles. D’une manière plus générale, une approche axée sur les données crée le risque d’accorder une attention disproportionnée à des sélections de statistiques plus faciles à mesurer que d’autres plus difficiles à collecter. L’avènement du « Big data » et de l’avalanche des données collectées réclame de faire preuve de maitrise dans l’analyse.

La liste n’est pas limitative.

2 réflexions au sujet de « Dogmes indéracinables et indicateurs trompeurs »

  1. « reconstruire une trajectoire des finances publiques qui soit à la fois crédible dans le temps et solide pour garder notre crédibilité sur les marchés financiers »

    Félicitons Monsieur Olivier Dussopt pour cet accès de franchise à l’insu de son plein gré: en une seule phrase il dit tout de la profonde incompatibilité entre capitalisme et démocratie.

    Chapeau l’artiste !

  2. Bonjour François,

    Vous écrivez :
    “Le PIB a pour vocation de mesurer la richesse d’un pays, d’une région ou du monde entier et son calcul fait l’objet de nombreuses contestations. Mais il est rarement relevé que celui-ci inclut les services financiers, dont on connait l’inflation des prix. La mesure est de ce point de vue faussée car la richesse mesurée ne contribue qu’à la marge à l’économie.”

    C’est vraiment la meilleure blague des dernières années sur ce sujet et je ne l’avais jamais entendue ! J’ignorais que le calcul du PIB intégrait les services financiers…

    Je vous propose une autre blagounette sortie il y a deux années : le trafic de drogue est inclus dans le calcul du PIB et compte ainsi dans la participation des états au budget européen.
    https://www.nouvelobs.com/societe/20180530.OBS7470/pourquoi-la-france-integre-les-revenus-du-trafic-de-drogue-dans-son-pib.html

    Hilarant non ?
    L’argent de la drogue et de la prostitution (pas encore intégrée à ce jour) se retrouve blanchi dans les paradis fiscaux que tous connaissent, certains étant au coeur de l’Europe. Ce très cher (cher : ce qu’il nous coûte) Monsieur Olivier Dussopt serait bien inspiré de faire payer tous ces trafics, établissements financiers et états complices au rétablissement de nos comptes publics.

    Cela fera plaisir à tous d’apprendre que si vos/nos retraites sont gelées, réformées c’est pour rétablir nos finances publiques et ne pas faire payer NOTRE dette à NOS enfants tout en exonérant d’impôts certaines classes sociales qui profitent de ce système à vomir.

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