Le capitalisme mal parti, le pourquoi du comment

Présenté comme un stade indépassable, le capitalisme traverse crise sur crise. Peut-il se réformer ? Mal formulée, la question reste pendante mais cela n’en prend pas le chemin, car seule une profonde mutation serait la bonne réponse. 

La crise financière est chronique et les analystes scrutent les méandres du système dans l’espoir de déceler sa prochaine phase aigüe. La crise sanitaire offre le spectacle pitoyable de l’irrésolution et des décisions tardives. La crise environnementale est déjà là et rien n’indique que l’économie va être décarbonée comme il est indispensable et urgent de le faire pour y faire face. Ces trois crises produisent leurs effets simultanément. 

Nous sommes dans tous les domaines au royaume des demi-mesures et des faux semblants. La sphère des actifs financiers continue d’enfler tandis que le « shadow banking » irrégulé prospère. Il est perdu le contrôle de la pandémie et le « greenwashing » (les pratiques mercantiles d’écoblanchiment) est monnaie courante. Mis bout à bout, cela sent la fin de règne, mais l’absence d’une puissante alternative permet au capitalisme de durer vaille que vaille.

Replongeant dans l’actualité, deux faits saillants illustrent cette situation. Les autorités marchent dans tous les pays à reculons, en retard sur l’évènement, ne voulant pas se résoudre à admettre qu’un véritable confinement devrait être décrété. Les mesures destinées à sauver autant que faire se peut la production font en réalité durer le plaisir, si l’on peut dire. Elles n’empêchent pas le retour de la récession dans de nombreux pays sans pour autant enrayer une pandémie dont il est désormais dit qu’il faut s’attendre à une troisième vague au printemps. Cherchez l’erreur. Un coup d’arrêt serait nécessaire, et le prix à payer en terme économique serait moindre à l’arrivée tandis que celui en vies humaines serait minoré, mais il faut l’éviter « à tout prix ».

Les mesures gouvernementales de soutien aux entreprises et au maintien partiel des revenus des salariés ont été calibrées dans la perspective totalement dépassée d’une relance en V de l’économie. Elles sont prorogées pour éviter les faillites et l’activation des garanties données par l’État ainsi qu’une baisse de la consommation. Ce ne sont que des pis-aller qui ont conduit Olivier Blanchard, un ancien économiste en chef du FMI, à préconiser les subventions aux entreprises au détriment des prêts. Mais les gardiens du temple de la dette publique, qui oublient la privée pour réclamer de lever le pied de l’endettement des États sont en retard d’une guerre. Essayer de mettre la dette sous le tapis avec des structures de défaisance c’est reculer devant l’obstacle en cherchant à gagner du temps. Au train où vont les choses, il faudra bien se poser la question de la réduction organisée de l’endettement et faire coup double en dégonflant un système financier hydrocéphale.

On est loin encore d’une telle mutation. 

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