Les cuisines de la finance

Les banques européennes ont utilisé les liquidités de la BCE pour acheter en masse des titres souverains émis par leurs pays. Leurs portefeuilles en regorgent, qui contiennent 1.600 milliards de ces titres. La part de la dette souveraine dans les portefeuilles des banques varie fortement d’un pays à l’autre: elle se situe entre 5% et 10% de l’encours total de crédit au secteur privé en Allemagne et en France, elle avoisine 20% en Espagne et au Portugal et elle approche 50% dans certains pays d’Europe centrale et orientale.

Ce n’est pas sans soulever des inquiétudes pour l’avenir, car si les taux s’avisaient de monter, la valeur de ces titres baisseraient, non sans conséquences pour les banques qui seraient déstabilisées. Un cercle vicieux lierait alors la valorisation de la dette d’un État et la solidité de ses banques.

Celles-ci ont trouvé dans l’immédiat plusieurs avantages à ces achats. Réputés sans risque, ces actifs n’imposent pas de fortes surcharges réglementaires de capital. En dépit de leur rendement, les obligations d’État rapportent plus que ne coûtent les emprunts auprès de la BCE, permettant d’opérer des transactions qualifiées de « carry trade ».

Ces titres servent aussi de garantie lors des multiples transactions financières interbancaires et sont alors dénommés collatéral. Sa pénurie était redoutée il y a plusieurs années, à tel point que des acrobaties étaient opérées, un même titre servant de garantie à plusieurs transactions. Mais aux vaches maigres ont succédé les vaches grasses, l’endettement forcené des États en est la raison. La dette publique est comme on sait la clé de voute du système financier, et celle-ci s’est alourdie.

Effet collatéral des injections massives de liquidité de la BCE dans le système bancaire, ces achats pourraient avoir des conséquences délétères. Ce qui explique la poursuite des achats obligataires de la banque qui ont pour fonction d’éviter une hausse des taux. Comment, dans ces conditions, pourront-ils être interrompus, car c’est grâce à eux qu’ils sont considérés aujourd’hui comme étant sans risque…
Qualifier d’assisté le capitalisme financier d’aujourd’hui n’est pas sans raisons. Il est évoqué le retour de l’État au détriment du marché dans la conduite de la politique économique, mais celui-ci se manifeste tout autant au sein du système financier. Avec toutes ses insuffisances, la réglementation en est l’expression et cela ne s’arrête pas là. C’est grâce aux banques centrales qu’il continue d’exister des actifs sans risque sur lesquels repose la délicate stabilité du système en dépit de son enflure.

Reste l’espoir d’un retour à la croissance passée qui permettrait aux États d’assumer une hausse des taux, les banques centrales ayant arrêté leurs achats, mais faut-il le partager ?

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