L’aube d’un nouveau monde fait de disruptions se lève

 

À tort, il est attribué à la pandémie la profonde crise que traversent l’industrie aéronautique et celle de l’automobile. Certes, ses effets sont incontestables, mais il faut chercher ailleurs pour comprendre toute sa profondeur. Ces secteurs étaient déjà condamnés à évoluer en raison de leurs contributions aux émissions de gaz à effet de serre, mais l’inertie retardait les changements qui sont à l’ordre du jour. La pandémie a bon dos.

Dans le secteur des télécommunications, une autre évolution se présente avec l’introduction de la technologie 5G. En phase avec le développement de « l’Internet des objets » et les besoins d’accroissement de la productivité des entreprises, elle représente un nouveau gisement de « l’or noir » que représentent les données, le pétrole de la nouvelle économie qui se met progressivement en place.

Des disruptions sont en cours, d’autres se préparent. C’est le cas dans le secteur de l’assurance qui est condamné à muter si ses acteurs actuels ne veulent pas disparaître. À condition d’y avoir accès, la masse des données qui sont désormais produites et recueillies va profondément modifier la donne. Au lieu de la mutualisation des risques que ces compagnies assurent, sur la base des calculs des actuaires, elles vont avoir à leur portée la mesure du risque que représente chaque individu et vont être amenées à changer leur fusil d’épaule, passant de la mutualisation du risque à sa prévention. Cela suscite une toute autre approche et aboutit à l’individualisation des primes, tout comme l’est le mérite qui nous est donné en exemple…

Mais un obstacle se dresse, les données qui seraient à la base de cette mutation sont trustées par les GAFAM qui ont pris les devants pour les récolter et qui entendent bien tirer les marrons du feu. Une fois leurs gigantesques banques de données constituées, il ne reste plus qu’à les exploiter, des algorithmes aidant.

À son tour, l’assurance est un secteur de l’activité économique que ces entreprises mondialisées s’apprêtent à investir, après celui de la santé. Leur petit nombre donne dès à présent un avant-goût de l’extrême concentration économique qui est en train de s’opérer, qui va de pair avec celle que connait le monde financier avec l’émergence de fonds d’investissement géants. La relocalisation qui est engagée ici et là pèse peu à côté de ce processus profond dont émerge un nombre restreint de gagnants indélogeables ayant bénéficié de la prime aux premiers arrivants.

Dans ce nouveau monde en gestation plane toujours le risque d’une utilisation policière des données à des fins de surveillance, déjà bien entamée, les défenseurs de la société de droit étant toujours en retard d’une guerre.

4 réflexions au sujet de « L’aube d’un nouveau monde fait de disruptions se lève »

  1. Disruptions ! Pourquoi cet anglicisme ? Les équivalents français ne manquent pas : ruptures, bouleversements, dislocations ou, pour rester très proche du sens de diruptio en latin, fractures, brisements.

    1. J’y ai vu une référence au regretté Bernard Stiegler pour qui le terme est synonyme de désordre mental sur fond de nihilisme et de technologies non maitrisées.
      Tout l’inverse d’un terme de marketeur (yes, wiz a ké) destiné à nous vendre, au hasard, la 5G qui rendra le monde de demain meilleur que le futur d’aujourd’hui.

      Dans la disruption, comment ne pas devenir fou ?

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