La pusillanimité mal à propos de Christine Lagarde

Christine Lagarde a encore sept années de mandat devant elle, le temps risque d’être long ! Plusieurs membres de la BCE sont intervenus au lendemain de sa conférence de presse de jeudi dernier pour corriger le tir en assurant que la banque était prête à renforcer son action face à la situation économique. Une précision nécessaire après une conférence de presse considérée comme bien optimiste et qui a déçu les attentes du monde financier.

Philip Lane, l’économiste en chef de la BCE, n’a pas attendu pour dès le lendemain affirmer que « il n’y avait pas de place pour la complaisance », rompant avec la sérénité affichée par sa présidente. « L’activité reste bien en deçà des niveaux d’avant la pandémie, a-t-il remarqué, constatant que « la reprise est asymétrique entre les secteurs et les pays et reste sujette à une incertitude élevée. »

De son côté, François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France, a tenu à préciser le même jour que « nous gardons toutes les options ouvertes et nous serons prêts à en faire plus si nécessaire ». Interventions qui ont conduit Christine Lagarde a vite rectifier son propos sans le dire en affirmant au sortir de la réunion de l’Eurogroupe que « notre politique monétaire accommodante a besoin du soutien de la politique budgétaire et aucun d’entre nous ne peut se permettre la complaisance dans la période actuelle ». Fermez le ban !

Elle n’est toutefois pas revenue sur ses propos fort mesurés vis à vis de l’évolution du taux de change entre l’euro et le dollar, la hausse de la devise européenne n’étant pourtant pas de nature à favoriser la reprise de l’inflation recherchée en vain par la banque. Certes, le change n’est pas de sa compétence, mais de là à sous-estimer l’impact de cette hausse…

L’annonce essentielle de la présidente, qui s’est par ailleurs cantonnée dans le « Wait and See ! », a porté sur la mesure de l’inflation, une réflexion à ce sujet allant être menée au sein de la revue stratégique entamée par la banque. Cela pourrait notamment consister à accroître dans son calcul le poids de l’immobilier, une bonne manière de faire bouger l’aiguille. Ce qui revient à changer de thermomètre pour modifier le résultat ! Des milliards de milliards d’euros et de dollars ont été injectés dans le système financier sans autre résultat – non avoué – que de favoriser l’endettement des États en contenant les taux obligataires, il faut bien trouver quelque chose !

Les opposants de toujours à la politique dite « accommodante » de la BCE attendent le débat sur cette revue pour se manifester à nouveau. Ils ne vont pas perdre l’occasion que Christine Lagarde est en passe de rater en n’engageant pas une véritable réflexion à propos de l’échec manifeste de la stratégie employée par la BCE. Sans suivre non plus l’exemple de la Fed qui bouscule le dogme d’une cible d’inflation à 2% par valeur négative, alors que les taux de la BCE sont déjà négatifs, que reste-t-il de disponible dans le magasin de la politique monétaire ?

La question d’une nouvelle augmentation de l’enveloppe du Programme d’achat d’urgence face à la pandémie n’a même pas été évoquée par le Conseil des gouverneurs. Quant à donner la priorité à l’emploi, comme l’a décidé Jerome Powell au nom de la Fed, il ne peut en être question : le mandat de la BCE concerne exclusivement la lutte contre l’inflation, décidé à une période où il fallait la contenir. Les temps ont changé, le mandat est resté.

En temporisant, Christine Lagarde a voulu manifester sa confiance dans les effets des plans de relance budgétaires des États de la zone euro, ou tout du moins en attendre les résultats. Tout le monde n’est pas Mario Draghi qui n’hésitait pas à ruer dans les brancards.

Encore sept ans !

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