L’Allemagne retrouve ses vieux démons

La journée devrait être marquée par le début des auditions au Bundestag à propos de « l’affaire Wirecard » et la situation délicate dans laquelle se trouvent plusieurs membres du gouvernement ainsi que la chancelière elle-même. Comment n’avaient-ils pas entendu les multiples signaux d’alarme ? comment avaient-ils permis la sous-traitance par un organisme privé de la surveillance financière ? Les évènements en ont décidé autrement.

La tentative d’invasion du Reichstag par des manifestants, au premier rang desquels se trouvaient des néo-nazis allemands, a créé un choc dans l’opinion publique. Moins en raison de sa violence que de leur présence acceptée au sein d’une manifestation par ailleurs massive. Même l’AfD d’extrême-droite, tout occupé à résoudre ses dissensions internes, a été dépassé par les événements.

La manifestation était organisée par un mouvement politique appelé Querdenken 711 (hors des sentiers battus) pour signifier qu’il agit en dehors du consensus politique, 711 étant le code postal de Stuttgart où il est né. Ce ne sont pas des néo-nazis mais, comme les conservateurs du début des années 1930, ne répugnent pas à coopérer avec eux.

Les mesures liées à la pandémie – qualifiées de « dictature hygiéniste » par Ségolène Royal prise au piège de sa démagogie – ont été le déclencheur idéal. Prétexte en or, le virus est l’immigrant ultime, étranger et invisible.

De natures très différentes, les mouvements anti-establishment se succèdent en Europe, les 5 Étoiles, Podemos, les Gilets jaunes. Ils expriment chacun à leur façon le rejet d’un système politique à bout de souffle en le bousculant. En Allemagne, Querdenken 711 est l’héritage de onze années de coalitions entre le SPD et la CDU/CSU ainsi que du long règne d’Angela Merkel qui se termine, tout en se réclamant de la Constitution allemande. Tous ces mouvements ont cependant également en commun de s’essouffler dans la contestation sans parvenir au bout de leurs intentions.

Le mouvement allemand ne se résume pas à l’expression d’un complotisme prospérant sur un nouveau terreau, même s’il le favorise. Podemos a fait exception en Espagne, mais dans tous les autres pays les nouveaux-venus déroutent en ne se situant pas sur l’échiquier politique traditionnel, étant « infra-politiques ». Le malaise qu’ils expriment est d’autant plus grand.

Eurostat fait apparaître en août une déflation pour la zone euro, le signal redouté d’une diminution générale et durable des prix susceptible de s’autoalimenter. Et le chômage encore masqué par les mesures de chômage partiel, serait d’environ 10% si les dispositions prises s’arrêtaient. De quoi alimenter la poursuite de la crise politique.

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