Pas de danse au bal des hypocrites

Le progrès n’est plus de saison, place à l’innovation ! L’idée même se marie mal chez les défenseurs bornés du patrimoine, cette valeur sûre. Le progrès est désormais suspect, après avoir connu quelques déconvenues, l’avenir désormais associé à une menace dont il faut se prémunir en se contentant de réaménager le présent. Les petits pas ne sont pas une solution.

Subsiste le refuge d’une innovation limitée au champ de la technologie, le reste est laissé pour compte, condamné à ne pas évoluer et dont il faut s’accommoder. Mais c’est pourtant là que cela se passe, au sein de la société, quitte à déplaire ! La peur ambiante n’est pas exempte de manipulations de l’opinion, mais elle n’est pas sans raison vu la déraison de la fuite dont la fin est pressentie. Néanmoins, des besoins inassouvis s’expriment avec éloquence.

Les nantis cherchent leur souffle, avançant de nouvelles promesses mais décidés à protéger les bijoux de famille, ce système financier hypertrophié instable sur lequel repose leur richesse toute virtuelle. Mais comment concrétiser cette anticipation d’une croissance économique aux effets environnementaux et sociaux dévastateurs en parvenant à les gommer ? Comment croire que la machine qui produit tant de dégâts pourrait muter et devenir vertueuse ? Le développement qui nous est promis est « durable », à condition de jouer sur les mots. Les miettes du festin ne tombent qu’avec beaucoup de parcimonie de la table.

Le capitalisme promet de s’amender, mais le doute s’est installé car cela supposerait des bouleversements sans précédents. Rivés à leurs privilèges, ses représentants annoncent une transition sans énoncer vers quoi. Le pragmatisme revendiqué est un refuge dont l’aboutissement est par définition incertain. Sous leur férule, les progrès de la connaissance scientifique ne se traduisent pas par un mieux-être pour tous, le monde semble irrémédiablement scindé, sa fracture s’accentuant.

Tous les espoirs de la classe oligarchique régnante reposent sur le nouveau business de l’économie numérique, au risque prononcé de fabriquer une société non pas délivrée mais surveillée. Christine Lagarde annonce qu’il va s’amplifier, calculant au dos d’une enveloppe « une augmentation de la robotisation dans les industries de l’ordre de 70 à 75 % ». Le champ du possible fait rêver, mais l’inertie est grande, tout particulièrement quand le discours écologique est usurpé.

Il n’a certes pas fallu attendre l’expérience inédite du confinement pour avoir un avant-goût du possible. Par sa singularité, elle a toutefois permis d’expérimenter que l’on pouvait vivre autrement et a réveillé des solidarités qui ne demandaient que cela. Tout n’est pas si figé, comme ces hypocrites veulent le faire croire pour se donner le beau rôle, quand ils rencontrent des obstacles à la réalisation des réformes de leur cru.

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