Après la sarabande du risque, celle des prix

L’accès aux données, cet or noir destiné à remplacer le pétrole (et au-delà), à un prix, mais lequel ? Pour le commun des mortels, le prix de ses données est gratuit en compensation de l’accès à des services qui ne sont pas facturés (pourtant financés par la publicité et le sponsoring). Le monde financier est pour sa part partagé, les intérêts des producteurs et des consommateurs de données financières s’opposant. Une contradiction au sein du peuple des affaires, en quelque sorte.

L’étendard est levé par les gérants d’actifs, hedge funds et courtiers, qui s’élèvent contre le montant des factures des Bourses, dont la vente des données est devenue une importante source de revenus. Du Nasdaq à Euronext, de Deutsche Börse au London Stock Exchange (LSE), elles n’y sont pas allées de main morte question augmentation de leurs tarifs. Celle des deux dernières a atteint 270% en une seule année, de 2017 à 2018. Et ICE, la bourse électronique d’Atlanta spécialisée dans les produits dérivés n’a pas procédé autrement.

Certes, les traders ne sont pas à plaindre en raison des embellies boursières prononcées, mais celles-ci se suivent de dégringolades qui annulent les hausses enregistrées sur les marchés. Et, dans le cas du trading à haute fréquence (THF), qui a pris une place singulière au sein des transactions, les marges sont faibles qui imposent des volumes importants, et celles-ci sont rognées par le prix des données qui sont plus que dans tout autre secteur vitales à son fonctionnement.

Au passage, on comprend que la liquidité des marchés soit portée au pinacle, particulièrement par les acteurs du THF : plus il y a de transactions financières, plus il y a des sous à se faire !

La hausse du prix des données a une fâcheuse conséquence, qui mérite d’être relevée. Les gérants d’actifs doivent faire des économies et réduisent leurs achats de données. Par là-même, ils prennent leurs décisions d’achat et de vente en étant moins bien informés, la nécessité d’un encadrement des pratiques des Bourses s’est donc fait jour. L’Esma, le régulateur européen des marchés financiers, s’est donc penché dessus. Pour assoir son autorité, il peut compter sur la nécessité d’un juge de paix – comme chez les gangsters – mais sur le rapport de force indécis qui préside à la formation du prix des données financières. Mais cela suscite une interrogation : comment, les prix pourraient être régulés et non pas laissés à la bonne appréciation du marché ? L’Esma n’en est pas encore là !

Le nouvel eldorado du Big data est une promesse majeure qui fait saliver. Les secteurs d’activité les plus divers, à commencer par le marketing mais aussi celui de la santé, voient un nouveau jour se lever. Il n’est pas jusqu’aux économistes « main stream » qui espèrent se refaire une virginité en devenant capables de suivre au plus près les comportements économiques grâce au recueil et à l’analyse de masses de données. La « science économique » retrouverait ainsi ses couleurs ternies et l’impasse serait faite sur l’analyse macro-économique qui s’appuie sur ses concepts sans prise avec la réalité. Encore une histoire de prix à payer trop élevé !

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