Ils croient toujours pouvoir retomber sur leurs pieds, quel métier

Bruno Le Maire, le ministre français des Finances, se paye la tête de ses concitoyens en leur cachant que ce sont eux qui vont rembourser la dette. Il en appelle à la croissance pour régler le problème, et non à l’impôt, mais c’est pourtant ce dernier levier qui va être principalement actionné.

Il annonce que 150 milliards d’euros de dettes, qualifiées de « Covid-19 » pour être le résultat des effets de la pandémie, vont être cantonnées dans une structure de défaisance, sur le mode qui a fait ses preuves déjà utilisé pour la dette sociale. Mais il n’a pas encore dévoilé le pot aux roses, en omettant de signaler qu’elle sera progressivement éteinte grâce au prélèvement de la CRDS, cette contribution au taux de 0,5% calculée sur tous les revenus. En jouant sur les mots, le ministre prétend ne pas accroître les impôts, mais l’intention de Bercy est de prolonger la période pendant laquelle la taxe sera perçue, ce qui revient exactement au même, tout en étant simplement repoussé à la génération suivante qu’hier il ne fallait pas sacrifier !

Si les informations disponibles se confirment, le prélèvement de la CRDS, qui a déjà été prolongé jusqu’en 2033 pour les besoins de la dette sociale, le serait à nouveau jusqu’en 2042, ce qui ne donnerait que neuf ans pour rembourser les 150 milliards cantonnés dans la structure choisie, qui pourrait être la CADES, la Caisse d’amortissement de la dette sociale. Les financiers, soucieux des bonnes manières à défaut des bonnes pratiques, affectionnent en effet le terme « amortissement » de préférence au vulgaire « remboursement ».

C’est donc « une solution partielle » a reconnu le ministre, qui pour le solde devra compter avec les revenus de la croissance, affirmant que « dans deux ans la France aura retrouvé sa vitalité économique », manifestant une foi de charbonnier, tout en reconnaissant « 800.000 d’emplois au minimum supprimés d’ici la fin de l’année ».

Pierre Moscovici inaugure de son côté sa présidence de la Chambre des comptes. Dans son rapport annuel qui tombe au même moment, celle-ci juge « imprudent de tabler sur le seul retour de la croissance » et appelle à la réalisation d’un programme de réduction des dépenses publiques dont la croissance doit être déduite. Un autre son de cloche. Mais, selon les trois scénarios économiques prospectifs retenus, le taux de déficit actuel ne pourrait être au mieux maintenu que dans la meilleure des hypothèses. Dans le pire, il s’envolerait et avec lui l’endettement. La conclusion coule de source : il ne faut pas remettre à demain ce que l’on peut faire le jour même et commencer sans attendre à « réexaminer les modalités de l’intervention publique dans tous les domaines ». On attend à ce sujet le ministre avec intérêt, après avoir noté la faiblesse des engagements concrets d’Emmanuel Macron en réponse aux propositions de la Convention sur le climat. Se « réinventer », c’est vite dit, c’était une parole de trop parmi tant d’autres…
 
Comme le hasard fait bien les choses, cette même échéance de 2042 aurait été choisie par les autorités allemandes pour éteindre le résultat de ses dépassements budgétaires. Dans le cas de la France, le cantonnement de 150 milliards d’euros permet de formellement réduire le déficit officiel, ce qui permettra à l’étape suivante de rétablir le pacte suspendu par la Commission, quitte à le modifier un peu…

Faut-il se réjouir du redémarrage du moteur franco-allemand s’il sert à emprunter ce chemin ?

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