Premières découvertes sur le monde d’après

Vu l’ampleur de l’endettement des entreprises, de ses dégâts à venir ainsi que de ses conséquences bancaires, les établissements de crédit ont des soucis à se faire. Les chiffres parlent d’eux-mêmes, des dizaines de milliards d’euros sont alignés et il va falloir les rembourser. Devant l’accroissement du « coût du risque », les banques vont devoir renforcer les provisions qu’elles ont passées cette année. Celles-ci ont été limitées avec l’accord des autorités de régulation, incitant une fois encore à soupçonner qu’elles camouflent de grosses miettes sous le tapis. Mais les temps changent, la BCE va appeler à mieux faire le ménage devant le danger manifeste.

Cette vague de défauts de remboursement va intervenir alors que les banques européennes sont loin de s’être toutes délestées de la masse des créances douteuses de la fois d’avant, ces « prêts non performants » comme elles préfèrent les désigner. Les banques européennes ne sont pas toutes protégées par des garanties publiques comme le sont spécialement les françaises, ce qui ne suffira pas de toute façon. Le système bancaire européen, disparate, pourrait vite connaitre un nouvel accès de grande faiblesse qui ne serait pas réservé aux banques des pays du sud réputées plus vulnérables. En Allemagne, la Deutsche Bank est toujours loin d’être en bonne santé, et de fortes interrogations pèsent sur les Sparkassen, les caisses d’épargne qui sont protégées des regards inquisiteurs des régulateurs européens. L’exposition des banques françaises au « risque italien » n’est pas non plus négligeable.

Il va falloir mettre les petits plats dans les grands. La création d’une bad bank européenne – une ou plusieurs en ces temps peu partageurs – est une idée qui rode du côté de la BCE depuis déjà quelque temps. C’est une méthode éprouvée pour sortir des bilans bancaires les créances douteuses, dans l’attente d’être soldées sur le marché ou sinon de les inscrire aux profits et pertes. Qui supportera alors celles-ci ? les États sont tous désignés ! Mais un tel dispositif attendra, car il va falloir dans l’immédiat trouver un compromis, qui s’annonce laborieux, à propos du plan de relance proposé par la Commission, chacun tirant dans son sens. Et les tractations rebondiront quand on en viendra au budget pluri-annuel de la Commission auquel il devrait être attaché.

La présidence allemande de l’Union, qui va débuter en juillet, va avoir fort à faire, car les clivages ne s’opèrent pas uniquement selon la ligne Nord-Sud. Des nuances apparaissent dans le camp des partisans les plus affirmés de la rétention, tandis que le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung a sorti l’information selon laquelle Olaf Scholz, le ministre allemand des Finances, s’était opposé lors d’une téléconférence de l’Eurogroupe au montant de 750 milliards d’euros proposés par la Commission pour s’en tenir aux 500 milliards du projet franco-allemand ! Pour la partie subvention, cela représente 60 milliards en moins et complique encore plus leur répartition, tandis que les plus mal lotis selon les chiffres que la Commission a fait circulé protestent énergiquement, comme c’est le cas de la Belgique et de la Hongrie.

Dans cette histoire qui n’est pas finie, les garants en dernier ressort se détachent clairement. Ce sont les banques centrales, au premier rang desquelles figure la Fed américaine qui veille à la disponibilité mondiale du dollar en raison de sa prééminence, ainsi que les États qui conservent des marges de manœuvre grâce à leur politique monétaire. Ce serait une bonne raison de les utiliser à bon escient et de remettre les pendules à l’heure, mais leur soutien n’est pas assorti des conditionnalités de rigueur, on se demande bien pourquoi !

8 réflexions au sujet de « Premières découvertes sur le monde d’après »

  1. Bonsoir François,
    « Premières découvertes sur le monde d’après ».
    La volonté ou le ballon d’essai annonçant le retour de la réforme des retraites montre, si besoin en était, le monde d’après qui est nous réservé.
    Avec plus de 1 millions de chômeurs d’annoncés, une paupérisation accentuée de larges catégories sociales, beaucoup n’auront plus rien à perdre. Il est à craindre que les mouvements de contestations qui germent ici ou là sur des thématiques diverses conduisent à une révolte d’ampleur, les LBD40 n’étant pas suffisants pour la contenir.

    1. Jean-Paul Michel,

      Qu’est-ce qui vous fait penser que les Français seront plus réactifs que ne l’ont été les Grecs depuis qu’ils ont été spoliés par un Tsipras à la botte de la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international ?

      La Grèce est morte, par suicide et faute d’accès aux soins, tout y a été bradé aux Allemands et aux Turcs, l’immigration violente, plutôt afghane que syrienne, est utilisée comme arme d’une guerre asymétrique de conquête islamique par La Turquie d’Erdogan. Le peuple se sait déjà effacé de son propre pays ( je synthétise les comptes-rendus de Panagiotis Grigoriou).

      Je ne vois qu’une seule différence, peu de jeunes Français pourront s’expatrier, car tous les jeunes Européens du sud subiront le même effondrement. De plus, la surexploitation psychologique du confinement, ajouté à la culpabilisation écologique et racialiste, ne prépare-t-elle pas l’acceptation de dispositifs de contrôle social pervers.

      Ne croyez-vous pas que la manipulation des foules par l’orchestration d’opérations Black-bloc, soutenues en sous-main par l’idéologie néolibérale globaliste, accélérera la déliquescence de l’État et prépare l’intervention de l’eurogenfor ?

      De même, comme annoncé, le bluff d’un magistral « reset financier » sous la bannière du « green deal » social et durable, ne sera-t-il pas de concentrer la propriété d’une façon encore inimaginable. En effet, seules les grandes sociétés pourront se mettre aux normes de l’écologisme de façade, tandis que les petites entreprises, les propriétaires de logement personnel locatifs seront rançonnés jusqu’à l’expropriation pour défaut de paiement, étouffé par la nuée de taxes plus ravageuses qu’une nuée de sauterelles.

      Qu’est-ce qui vous rend optimiste sur la capacité des Français(e), plus que les Grec(que)s à se soustraire au joug financier et la mascarade médiatique ? Personnellement je ne vois pas.

      1. Avec un âge médian de près de 40 ans, l‘objection de savoir qui va garder les enfants pendant la Révolution est effectivement pertinente. D’autant plus pertinente que plusieurs décennies de domestication de la population par les médias font que les pensées tournent en rond et qu’il n’est plus envisagé d’alternatives qu’à l’intérieur du capitalisme et de la démocratie dite représentative.

        Sauf que si beaucoup ne peuvent penser en dehors du bocal, tous voient l’évidence maintenant : ledit système ne fonctionne pas. Ou plus exactement il fonctionne extraordinairement bien pour une infime poignée, mais au détriment de l’écrasante majorité de la population. Même les classes moyennes supérieures se rendent maintenant compte de leur paupérisation programmée et de l’enfer social promis à leurs enfants dans un monde où les écosystèmes s’effondrent.

        De l’autre côté de la barrière (l’aveu iconoclaste du préfet Lallement), un pouvoir perçu majoritairement comme légal mais illégitime n’a plus d’autre solution que d’augmenter son degré de violence au fur et à mesure que la paupérisation générale s’accroit. Comme le disent les sociologues spécialisés dans l’étude des forces de l’ordre, police et gendarmerie deviennent les ultimes remparts entre la rue et le pouvoir politique.

        Une boucle de rétroaction qui ne peut aller qu’en s’amplifiant avec la récession mondiale qui vient de commencer. Le petit personnel politique étant pris en tenaille entre les exigences de plus en plus extrêmes des fous furieux néolibéraux, qui à l’image de Roux de Bézieux exigent un retour au 19ième siècle, et une police en voie d’autonomisation politique dont les syndicats dictent au gouvernement une politique d’impunité totale vis-à-vis de leurs violences.

        Les prévisions sont toujours délicates, surtout lorsqu’elles concernent l’avenir. Mais la seule chose certaine est que le retour à l’anormal d’hier est devenu impossible. La seule alternative à la Révolution (dire changement de paradigme pour n’effrayer personne) est désormais l’uberisation du monde sous la botte d’une police militarisée.

          1. Un vieux maitre Jedi (en jupette) l’a dit il y a fort fort longtemps : « l’art de la guerre tu apprendras et ta liberté conserveras ».

            Ses lointains descendants, oublieux de la leçon, virent leur planète dépecée par l’Empire sous la conduite de l’infâme Darth-Schöbeul et furent ainsi tous réduits en esclavage.

            L’Empire étant passé en mode auto-allumage, la petite planète Hexagon qui se pensait à tort à l’abri se retrouve à son tour sous la menace de l’Étoile de la mort.

            Va-t-elle capituler sans condition et son peuple rejoindre les cohortes d’esclaves ?

      2. L’histoire dira si nous sommes devenus un peuple de larbins soumis.
        La situation actuelle est différente car elle s’inscrit dans une succession de violences sociales, fiscales, législatives non réglées depuis la crise des gilets jaunes.
        Or, tout a pourtant failli basculer comme décrit dans cet article : https://www.franceinter.fr/societe/le-1er-decembre-l-elysee-aurait-pu-tomber-un-crs-raconte-le-chaos-des-gilets-jaunes-l-hiver-dernier

        Autour de moi je vois des personnes de statut social intermédiaire, subissant de plein fouet le chômage et dont les enfants ne trouvent plus les stages nécessaires à leur formation, nombreux ayant été annulés. Des famiĺles autrefois épargnées, qui a tort pensaient pourvoir naviguer entre les écueils se retrouvent en pleine ligne. Les propos tenus sont souvent excessifs, extrêmes, alors qu’ils n’avaient pas soutenu le mouvement des Gilets Jaunes pour au final … le regretter.
        Chaque peuple a sa propre histoire, ses aspirations.
        Pas sûr que cette fois-ci les forces de l’ordre soient suffisantes et motivées pour défendre indirectement des réformes combattues par une majorité de la population dont ils font partie.
        Wait and see

        1. Jean-Paul Michel, vous écrivez :

          « Des familles autrefois épargnées, qui a tort pensaient pourvoir naviguer entre les écueils se retrouvent en pleine ligne. Les propos tenus sont souvent excessifs, extrêmes, alors qu’ils n’avaient pas soutenu le mouvement des Gilets Jaunes pour au final … le regretter. »

          A l’observation du processus social observé depuis plus de six ans, je crois qu’il est nécessaire de prendre en compte la lassitude du peuple. Voyez l’entièreté du dernier billet de P. Grigoriou :
          Impressions dissoutes
          http://www.greekcrisis.fr/2020/06/Fr0793.html#deb

          …. “Il va de soi que dans une économie autant affaiblie et sans perspectives de survie, les deux derniers gouvernements en date n’ont pas eu tant de difficultés pour agir comme ils l’ont fait. Les réalités changent radicalement chaque jour, de sorte qu’au cours d’un lapse de temps si court, même certaines personnes qui menaient la bataille en février dernier contre les forces de l’ordre, s’opposant ainsi à la construction des nouveaux camps pour migrants, ces personnes on les retrouve aujourd’hui parfois installées au sein des ONG. Après tout, au moment le plus fort de notre lutte, certaines des chefs s’étaient mis d’accord pour négocier en aparté avec les autorités… l’obtention de leurs avantages propres en compensation, laissant ainsi les femmes et les enfants au-devant… affronter les forces de l’ordre.”…

          … « Dans une telle Grèce, l’économie d’en bas comme d’en haut sera davantage liée aux ONG et aux migrants, c’est d’ailleurs déjà chose faite pour ce qui est de la criminalité… la branche se trouve visiblement à la pointe du progrès. Pendant ce temps, les infrastructures du pays sont toutes bradées d’en haut par la Treuhand à la grecque, établie pour 99 ans sous la gouvernance de la Troïka… éternelle. Les oligarques d’Athènes seront de la partie dans ce festin, également en y mettant parfois… de l’Erdogan dans leurs juteuses affaires à l’instar de la famille Angelopoulos, laquelle a vendu des navires de prospection pétrolière à Erdogan… ceux-là même que la Turquie islamo-totalitaire déploie illégalement à l’intérieur des eaux territoriales de la République de Chypre et bientôt de la Grèce. »

  2. Quelqu’un a-t-il eu l’idée d’obliger les banques à s’assurer contre le risque de défaut de ses clients ? C’est à croire que l’on cherche à défier les aléas naturels !

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