Modeste nouvelle donne de la mondialisation en gestation

La relocalisation dont on parle beaucoup, c’est quoi ? Mieux vaut raison garder, parvenue à son apogée la mondialisation ne va pas être sacrifiée, et son aménagement est pour l’instant en pointillés, tenant davantage du discours politique que de la réalité. Le point de non-retour a été dépassé et seuls des aménagements vont intervenir.

Les chaînes de production, ou de valeur, ont été uniquement interrompues. L’enjeu est clairement formulé par ceux qui souhaitent les réactiver: les prix vont augmenter s’il faut abandonner les zones à bas salaires. Il est ajouté que réindustrialiser nos régions aura pour inévitable conséquence une détérioration accrue de l’environnement. Enfin, les gisements de matières premières ne sont d’évidence pas relocalisables… Que d’obstacles à franchir !

La division internationale du travail n’en sortira que partiellement réorganisée et les relocalisations seront ciblées. À titre symbolique, il va être mis en avant des mesures affectant la production des médicaments, mais cela se soldera plus par une diversification des sources d’approvisionnement que par une relocalisation de la production. La très puissante industrie pharmaceutique mondialisée y pourvoira, elle qui maîtrise une production des médicaments éclatée entre les gisements des principes actifs, la fabrication des médicaments et leur packaging. Passée presque inaperçue, la réorganisation du pôle de construction automobile Renault-Nissan ne fera que marginalement école, fruit de circonstances particulières. L’ère des compagnies transnationales n’est pas révolue.

Pour les pays émergents, le contrecoup immédiat est si violent qu’il va falloir relancer la machine. La fuite prononcée des capitaux s’accompagne d’une chute des exportations, et les moyens de relance budgétaire sont réduits. 100 milliards de dollars ont fui, quatre fois plus que lors de la précédente crise, et la chute du cours des matières premières ainsi que la baisse de la demande des pays développés produisent leurs effets. Des populations entières basculent dans l’extrême pauvreté, et la pandémie sanitaire se double d’une pandémie de la faim. Plus de cent pays ont déjà sollicité dans l’urgence un prêt du FMI, créant les conditions d’une future crise de la dette si rien n’est fait. Quand cela va mal, la mondialisation dévoile ses faiblesses structurelles, le mode de développement si encensé des « pays émergents » se révèle d’une grande fragilité.

La nouvelle donne de la mondialisation va toutefois accentuer la régionalisation. L’Asie, sa région phare, se replie dès à présent sur elle-même en raison du protectionnisme anti-chinois de Donald Trump. Mais la fragmentation du marché mondial a une autre origine que la paralysie des chaînes de fabrication due à la pandémie.

Enfin, un coup d’accélérateur va être donné à la robotisation de la production dans les pays « développés ». Il n’y a en effet pas mieux pour abaisser le « coût du travail » quand la production revient au bercail. Restera, sauf à se tirer une balle dans le pied, à trouver le moyen de préserver a minima le pouvoir d’achat des consommateurs.

La mutation en cours s’inscrit sur fond de récession généralisée et ne reproduira pas les miracles de la mondialisation triomphante.

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2 réflexions au sujet de « Modeste nouvelle donne de la mondialisation en gestation »

  1. En résumé, l’espoir d’un Après meilleurs, parce qu’ ayant intégré les leçons des erreurs révélées par cette crise, sont faibles.

    Encore, sommes-nous globalement privilégiés par rapport au Tiers-Monde recréé.

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