Pas prêts à passer la main, les héros sont fatigués

La finance est une machine infernale, ce n’est pas vraiment une découverte ! Est-il alors justifié de continuer à le documenter au fil d’une actualité financière en retrait ? Sa crise proprement dite étant contenue par les banques centrales, celles qui affectent l’économie et la société sont placées devant de sombres perspectives !

Les inégalités sociales ont été mises à nu et il a été reconnu l’existence dans nos pays qualifiés de développés d’un vaste monde informel qui a été particulièrement touché par la pandémie. Tandis que l’importance de « l’épargne de précaution », ce bas de laine pour les jours incertains à venir, a été soulignée. L’argent qui ne circule pas est improductif, est-il déploré ! Pour sauver l’emploi (et la consommation), la vieille fadaise du « choc de l’offre » est ressortie des placards. L’entreprise doit prioritairement être préservée, désignée comme lieu privilégié de l’échange du maintien de l’emploi contre le gel ou la baisse des salaires. Pas question, pour les fins stratèges, de convoquer un nouveau Grenelle. Ni de baisser la TVA et la taxe sur l’énergie comme la coalition allemande vient de le décider.

Nous pénétrons plus avant dans une nouvelle phase du capitalisme de précarité, comme il est justement dénommé. Il n’est pas question de résorber des inégalités qui vont au contraire s’accroitre. Tout au plus d’assurer un filet de protection bien dosé garantissant du risque d’explosion sociale, au risque d’entraîner une longue et profonde dépression économique.

Le capitalisme ne va plus être triomphant, va-t-il accentuer ses traits répressifs ? La sensibilité au risque de contrôle social dont les nouvelles technologies sont porteuses ainsi que les réactions aux exactions policières illustrent la conscience de cette menace. L’ère des Robocops destinés à mater les rebelles n’a rien de réjouissant, pas plus que l’insidieuse surveillance s’appuyant sur l’analyse de nos données et de nos comportements. Le tout sur fond de réchauffement climatique et de dérèglement de l’environnement dont l’échéance ne peut pas être reculée.

Que le capitalisme ait comme pressenti fait son temps n’implique pas l’avènement automatique d’une société régie par un autre moteur que le profit, c’est une question de rapports de force et non une bataille d’idées. Le rejet est une arme puissante, mais elle n’est pas suffisante. En attendant, la précarité est promise à s’accentuer.

La BCE met dans la balance 600 milliards d’euros de plus, et le gouvernement allemand adopte un plan de 130 milliards d’euros, partiellement financé par l’emprunt. Faut-il que ce système soit atteint pour que de tels montants soient dégagés ! Il est puisé dans une création monétaire et un endettement hier vilipendés, mauvais signe !

43 millions d’américains sont inscrits au chômage, les chiffres européens sont tout aussi éloquents. La situation est marquée par une « incertitude exceptionnelle » et « la balance des risques est négative » nous dit aujourd’hui Christine Lagarde.

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