Soins intensifs d’un tout autre genre dont on n’est pas sorti

 

La masse des actifs financiers et des liquidités est telle que le système peut s’accommoder de taux négatifs persistants, cette incongruité pour ceux qui font de l’argent avec l’argent, car ils y trouvent leur compte par ailleurs. Sur le marché obligataire, la peine sera cependant compensée par la hausse de la valeur des titres si les taux continuent de baisser, mais s’ils remontent les pertes seront alors au rendez-vous.

Les banques centrales contribuent à ce phénomène troublant en adoptant un taux négatif pour les dépôts des banques à leurs guichets, ce qui revient à les faire bénéficier de nouvelles largesses. À quoi ne faut-il pas se résoudre pour « relancer » l’économie par le crédit ! Sans toutefois contrôler le marché si facilement, comme la Banque d’Angleterre (BoE) en fait actuellement l’expérience. Le taux des obligations publiques à 10 ans sont passés en négatif sur le marché primaire, à l’émission. Ils l’étaient déjà sur le marché secondaire pour les titres à plus court terme, illustrant la pression des investisseurs. Si la BoE résiste à adopter à son tour un tel taux pour les dépôts bancaires – celui-ci est modestement fixé à 0,1% – le gouverneur Andrew Bailey a dû se résoudre à mettre à l’étude le scénario du passage en dessous de zéro, à l’instar de la BCE.

Pour la Banque du Japon (BoJ), qui a joué les précurseurs, la cause est entendue depuis 2016, date à laquelle elle a porté son taux à -0,1% pour ne plus l’en faire bouger. Elle manie aussi le taux zéro pour son programme de prêts à court terme aux entreprises et veille à ce que le rendement des obligations publiques tourne autour de ce même taux.

On attend la Fed, dont le président Jerome Powell a jusqu’à maintenant manifesté son refus de s’engager sur un tel chemin. Cela sera-t-il tenable longtemps, quand il reconnait la grande incertitude régnante et rappelle la raillerie de John Kenneth Galbraith (le père de James) : « la seule fonction de la prévision économique est de rendre l’astrologie respectable » ?

Dans l’immédiat, la Fed doit se consacrer à la mise en œuvre des mesures qu’elle a déjà décidée, est-il expliqué, et préférerait que le gouvernement américain prenne le relais en adoptant un nouveau programme dont l’opportunité fait discussion entre les démocrates et les républicains, quitte à ce qu’elle poursuive ses achats de la dette publique, ayant annoncé leur caractère illimité. Sans attendre, elle a été très active sur le marché international du dollar, en adoptant à nouveau des mesures de swaps de devises avec les cinq plus importantes banques centrales, afin qu’elles soient en mesure de fournir des dollars sur leurs marchés respectifs. Ces accords ont même été élargis à neuf autres banques centrales, dont celles du Mexique et du Brésil. Car les entreprises non-financières européennes, japonaises, canadiennes et latino-américaines sont lourdement endettées en dollars, il faut donc qu’elles en disposent afin de soutenir par leurs remboursements son marché proprement américain.

À cette fin, la Fed a fait des banques centrales ses succursales, en quelque sorte, et assuré le rôle toujours prédominant du dollar en vertu duquel la dette américaine trouve son financement sur le marché international. Les investisseurs mondiaux et les pouvoirs publics américains se tiennent par la barbichette et aucun n’a envie de rire par les temps qui courent !

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