Ces irrésistibles nouveaux géants de la finance

Au chapitre des mutations que connait le capitalisme financier, le poids et le rôle grandissants des fonds d’investissement n’est pas le moindre. BlackRock, Vanguard et State Street jouent les vedettes, mais le premier se détache nettement. Plus particulièrement dans son cas, le phénomène est lié à l’essor d’une nouvelle classe d’actifs, la famille des Exchange traded funds (ETF) qui ont fait son succès. Cotés en bourse, ceux-ci répliquent le comportement de « paquets » d’autres actifs ou indices sans qu’il soit besoin pour les investisseurs de les posséder, et ils sont assortis de frais réduits lorsque leur gestion est « passive », c’est à dire sans intervention du gestionnaire. La fortune des fonds d’investissement a résulté de la croissance de leur marché en raison de leurs qualités.

Mais derrière ce lucratif business, somme toute innocent au regard du reste, il se profile une autre réalité. Les fonds sont eux-mêmes devenus des investisseurs et on les retrouve au capital des plus grandes sociétés, où ils jouent un rôle grandissant. La concentration du pouvoir économico-financier y trouve sa plus parfaite illustration. Cela ne s’arrête toutefois pas là, car les banques centrales leur confient certaines de leurs missions.

C’est le cas de la FED, qui sous-traite à BlackRock ses achats… d’ETF d’obligations de sociétés, au mépris de toutes les règles relatives aux conflits d’intérêt. Le résultat n’a pourtant pas tardé, les investisseurs se sont massivement portés sur ces ETF gérés par BlackRock, ayant enregistré le signal que la Fed allait en soutenir le cours en les achetant… La Fed serait-elle capable d’une telle connivence ? on laisse au lecteur le soin de trancher !

Le cas n’est pas unique, la Riksbank suédoise et la BCE ont franchi le même pas en engageant BlackRock afin que le fonds les aide à gérer leurs programmes d’achats de titres adossés à des actifs, en raison de son expertise reconnue. La tendance affirmée est en effet que les banques centrales élargissent de plus en plus leur rôle de prêteur en dernier ressort pour y adjoindre une fonction de teneur de marché de dernier recours en soutenant une palette de plus en plus grande de classes d’actifs financiers. Voilà qui à nouveau interroge, car pourquoi ces banques centrales ne se donnent-elles pas les moyens d’accomplir elles-mêmes cette nouvelle mission qui est incontestablement destinée à durer ?

Les mégabanques commerciales ne font plus comme avant la pluie et le beau temps, le fait est maintenant établi. On savait aussi que les banques centrales, en dépit de leurs prérogatives et de leurs instruments monétaires, n’étaient pas logées à meilleure enseigne et que les fonds d’investissement étaient les champions d’aujourd’hui. Combien sont-ils ? Où se trouvent-ils ? Ils ne sont qu’une poignée, d’origine américaine ayant au départ exercé leurs talents sur le plus important marché financier du monde, leurs homologues européens étant loin de peser du même poids.

Les rapports de force changent, les chefs d’État n’ont pas été les derniers à le reconnaître qui traitent comme un égal Larry Fink, le patron de BlackRock, qui se prête au jeu. On se demande bien pourquoi.

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5 réflexions au sujet de « Ces irrésistibles nouveaux géants de la finance »

  1. Donc quand le fonds spéculatif BlackRock ordonne de casser la retraite par répartition, son gouvernement régional en France s’exécute. Quand le fonds pousse Renault à délocaliser ses usines à l’étranger, le fonds autorise le gouvernement local à aboyer un peu.

    Le bon côté des choses est que contrairement à nos ainés nous ne pourrons pas dire « nous ne savions pas ».

    Vers le grand carnage économique : un cycle dépressif en phase finale
    https://yetiblog.org/archives/24980

    1. (yéti) :
      … » Car voici en vérité comment les choses vont se passer. Quand ils ne pourront plus nier la réalité du cycle dépressif, les puissants de ce monde vont se réunir, fixer de grands principes vertueux, des lignes de conduite idéales, des objectifs de reconstruction à long terme (comme lors de la COP 21, vous vous rappelez ?). Mais que feront-ils lorsqu’ils retourneront dans leurs conseils d’administration, quand ils tiendront leurs « réunions de budget » dans leurs entreprises ? Ils fixeront les objectifs pour récupérer coûte que coûte leurs dividendes prévus à la fin de l’année immédiate. Ils gratteront la bidoche jusqu’à l’os, jusqu’à ce que la bête – LEUR bête – meurre. C’est comme ça, ils sont bêtes.

      Vous ne me croyez pas ? Regardez leurs premières réactions. Lors de l’épidémie de Covid-19, constat a été fait de la désindustrialisation dramatique de la France et de la nécessité de relocaliser les activités essentielles. Et que font-ils une fois passé le virus .. :  »
       »  » « 🔴🇲🇫INFO – Selon le Canard Enchaîné, le constructeur automobile #Renault envisage de fermer 4 sites en France. L’hebdomadaire cite Choisy-le-Roi, Dieppe, les Fonderies de Bretagne à Caudan et Flins. »  »  »

      Le problème..??.. c’est que pour de nobles (autres) raisons.. j’en connais beaucoup qui vont se réjouir..

  2. Situation inouïe !
    Black Rock est le maître du monde, ou peu s’en faut.
    Est-il interdit de penser que Macron, pour ne citer que lui, ait appelé Larry Fink avant de décider d’arrêter l’économie française et de « nationaliser les salaires », qu’il lui ait demandé s’il pourrait aider l’Etat français à se financer et que l’autre, trop content de cette nouvelle et formidable extension de son pouvoir, ait répondu « mais oui bien sûr ! » ?

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