Déconcertants tours de magie qui disparaissent par enchantement

Changement d’époque, changement de ton : la formule « il n’y a pas d’argent magique » revient sur le tapis dans la bouche du ministre français de la Santé Olivier Véran. À l’écouter, on comprend que les personnels de santé qui ont besoin de gagner plus en raison de l’indigence de leur salaire, vont pouvoir travailler plus et augmenter leur temps de travail, ce qui permettra de réduire les effectifs au passage. Enfin, les 35 heures sont remises en question, ce vieux rêve devient réalité !

Cette même magie continue pourtant d’être allègrement pratiquée. En débloquant des fonds, des prêts et des garanties qui ne seront pour partie jamais recouvrés ou qui devront être actionnés. Mais aussi en assénant des montants faramineux et étourdissants qui reposent sur l’emprunt, hier dénoncée comme une traite sur le futur tirée au détriment des générations à venir. Les masques ont fourni une invraisemblable caricature de ce manège, inutiles puis utiles selon la parole gouvernementale, dans un ballet de millions d’unités dont la chorégraphie a été destinée à faire oublier le gigantesque cafouillage initial. Et l’on attend toujours les chiffres relatifs aux soignants infectés : hélas, les autorités sanitaires qui savent chiffrer les grévistes à un près se déclarent incapables de les fournir…

La magie des chiffres, c’est quelque chose ! Selon un rituel destiné à rendre crédible une promesse trompeuse de transparence, un décompte précis du nombre des personnes infectées et hospitalisées ainsi que des décès est rendu public presque tous les jours. Dans un premier temps, les décès dans les EHPAD n’étaient pas comptabilisés. Puis il est fait grand cas d’un indice, le « R0 » – le taux de reproduction de base – avec lequel est déterminé le nombre de personnes qu’un malade infecté contamine à son tour. Or, qui à l’exception des épidémiologistes sait comment il est calculé ? Ils partent des données disponibles, entachées de toutes leurs incertitudes faute de mieux, et utilisent des modèles mathématiques regorgeant de paramètres. Il a été mis en évidence, à l’arrivée, que des équipes différentes analysant une même situation ont abouti à des « R0 » très éloignés les uns des autres… La magie des chiffres a encore frappé, plus un chiffre est précis, plus il est crédible, mais plus il a de chances de se révéler faux. Se raccrocher aux chiffres permet de supporter l’incertitude.

Ce n’est pas tout, il faut faire appel aux spécialistes du genre. Au nom de leur science si souvent prise en défaut, les économistes n’arrêtent pas d’utiliser des chiffres douteux pour étayer leurs raisonnements et leurs prévisions. C’est le cas des prévisions de croissance économique à deux chiffres après la virgule publiées dans une situation de totale incertitude ! La science économique a l’étonnant privilège de ne pas vérifier ses données, de ne pas questionner ses méthodologies et de ne pas énoncer ses résultats en les accompagnant d’un « delta d’incertitude »… Peut-être parce qu’il est lui-même impossible à chiffrer ! Les exemples foisonnent de cette escroquerie intellectuelle banalisée à force d’être omniprésente. Cerise sur le gâteau, le monde financier s’est donné de discrètes et fort sélectes instances ayant tout pouvoir de définition des normes comptables ou pour décider ce qui est ou non une situation de défaut de remboursement, ces charpentes de leur monde, car dans les deux cas les incidences financières sont énormes et les choix doivent être réservés à « ceux qui savent », des savants d’un genre un peu particulier. Chacun chez soi et les moutons seront bien gardés !

La morale de cette histoire s’impose : bien que la magie n’existe pas, elle est convoquée quand cela arrange. Les illusionnistes ne révèlent pas leurs trucs, s’en serait fait du métier.

14 réflexions au sujet de « Déconcertants tours de magie qui disparaissent par enchantement »

  1. Les goûts et les couleurs ça ne se discute pas, mais je trouve que leur meilleur tour de magie est celui qui consiste à faire croire à la populace que son vote peut faire changer les choses, alors qu’il ne sert que d’onction démocratique aux décisions de l’argent.

    Création du Conseil National de la Nouvelle Résistance
    https://www.youtube.com/watch?v=Gh_RFwLAreA&feature=youtu.be

    Les Constituants
    https://www.lesconstituants.fr/

    Front populaire
    https://frontpopulaire.fr/

  2. Le contenu de votre commentaire me va droit au coeur …
    … moi qui n’arrête pas , là où je peux , de rappeler que « en gros.. on ne sait rien de précis  » sur les nombres basiques réels liés à cette pandémie , et surtout on ne saura jamais rien de vrai en calculs comparatifs vis à vis de la première phase d’introduction du virus sur aucun territoire européen , mises à part la Grèce et l’Allemagne qui ont eu « la chance » de pouvoir recevoir des avertissements scientifiquement médicalement clairs « à frais légers » leur permettant , à la première (qui « profitait » déjà d’une situation géographique auto-limitante et facilement contrôlable en entrées sur le territoire , par exemple non limitatif l’autocar touristique rempli de « maladie grave inconnue » bloqué et analysé préventivement..) d’arrêter très tôt tout « inside and from outside » … et à la seconde [[ qui a pu « bénéficier » (en toute discrétion? concurrentielle? malvenue vu la suite..) de rapports alarmants de firmes importantes différentes dont un gros paquet de personnel présentait d’un coup sec un taux d’absentéisme soudain et record ]]…lui permettant , elle , en commande complémentaire préventive urgente puis rapidement en possession de tout ce qui a manqué ailleurs.. de tester , tester , tester… etc .. etc..

    Mais le pire est à venir .
    Il en ira donc logiquement , pour la future? probable? vague , dite « seconde » , de la seule stricte décision politique , sur base des chiffres qui conviendront ( à qui? pour quels motifs? ) , d’en décider la date , la nature d’importance et …surtout…les « mesures » (sans contrôle efficace parlementaire puisque suite de la loi actuelle d’exception) d’accompagnement… bien entendu en toute « indépendance » de l’éventuelle gravité de la situation socio-économique à venir…!!!

  3. Quand j’ai vaguement entendu Véran évoquer la fin des 35 h à l’hôpital, d’abord, j’ai pensé avoir mal compris. Ensuite j’ai revu sur le Net ses propositions. Et j’ai commencé à comprendre ce qui est confirmé ici par François, en finir avec les 35 h avec une sortie sarkozienne, si absurde, si basse, si con : travailler plus pour gagner plus. Que dire ? Être atterré, indigné, écœuré ? Être étonné que ces gens ne lâcheront rien, garderont leur logiciel féroce ? Que le message de Véran passera comme lettre à la poste chez le bon peuple bfmtisé qui va retenir que par ex. les infirmières vont enfin gagner normalement la vie ─ comme en Allemagne ?
    Une solution simple et facile à mettre en œuvre rapidement : augmenter les salaires des soignants d’un % très significatif et pour 32 h/semaine, oui je dis bien 32 h!
    C’est une solution parfaite car nos soignants regagneraient deux choses : un pouvoir d’achat digne de leurs responsabilités et très important du « temps pour eux » (pour leurs proches). N’avez-vous pas envie d’être soigné par des infirmières reposées et bien sûr dans des bonnes conditions matérielles (comme en Allemagne) ?
    Pas de sous ?? Bon, inutile de développer ici…

  4. Notre Altesse, lors de sa dernière intervention télévisée a décalé sa prise d’antenne de 2 minutes afin de laisser au concert de casseroles aux fenêtres le temps d’exprimer leur soutien au personnel hospitalier.
    20h02 au lieu de 20h00. Belle considération du nouveau monde.

    Au regard des réflexions du Ministre de la Santé concernant la revalorisation de ces personnels, cela démontre à quel point ce pouvoir se fiche de la France d’en bas comme l’appelait M.Raffarin.
    Ils ne font rien d’autre que chercher à amplifier à leur profit les conséquences de cette crise, relayant les souhaits du MEDEF et de la haute finance. La « stratégie du choc  » de Naomi Klein
    https://youtu.be/2k-5pCClt0o

    Cependant le mécontentement,la crise sociale sont tels que la chaudron risque d’exploser sous peu.

  5. Selon les estimations, l’épidémie de grippe espagnole de 1910 a fait de 20 millions à 50 millions de morts, soit de 2,5% à 5 % de la population mondiale de l’époque.

    Le nombre total estimé de morts du Cov-19 est actuellement de 320.000 et la population mondiale estimée à 7,7 milliards, soit 0,0042 %

    (En 1968, la grippe de Hongkong a fait 2 millions de morts).

    1. Vous mettez en évidence la fragilité accrue de nos sociétés et, comme les climatologues la prenne en compte, la différence entre la température relevée et « le ressenti »…

  6. Merci de relancer le débat sous angle particulièrement intéressant du « ressenti ».

    Nous partageons tous le sentiment d’être entrainé par l’enjeu collectif que constitue l’agonie du néocapitalisme financiarisé. Dans ce cadre, je tenterai d’évoquer l’imposition médiatique d’un ressenti trompeur.

    Les occidentaux, hollywoodisés depuis un siècle, sont très certainement un mental fragilisé par le « ressent »i, lequel est désormais faussé par l’habitude acquise de confondre l’imaginaire et le réel. En 14-18, il y avait encore 75 % de paysans propriétaires de 2 à 12 ha. (pour l’essentiel, en 8 déciles centraux). Dans la boue des tranchées, ils mourraient pour transmettre leurs terres, et les officiers pour leurs entreprises familiales.

    Aujourd’hui, les classes populaires et moyennes sont anesthésiées par le ressenti de l’horreur pandémique médiatiquement imposé, lequel est plus qu’exagéré( j’ai 72 ans, je connais les risques de ma classe d’âge, faute de chloroquine administrée à temps et la désélection maastrichtienne imposée de nos hôpitaux)). Mais au-delà d’une classe d’âge, par le même mouvement de confinement, les classes populaires et moyennes se font assassiner sur l’atroce modèle grec, promu par la Troïka, (Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international) Syriza, Tsípras , et même Varoufakis, accompagné par l’Open Fondation Society de Soros.

    Rappelons que les prêts au peuple grec furent sont entièrement dévolus à sauver les banques européennes telles que : Hypo Real Estate (All.) [3], BNP Paribas (Fr.), la Société Générale (Fr.), le Crédit Agricole (Fr.), BPCE (Fr.), Commerzbank (All.) [4], Deutsche Bank (All.), Royal Bank of Scotland (RU) [5], ING (P-B), RaboBank (P-B), Intesa SanPaolo (Italie), Unicredit (Italie), Dexia (Belgique) [6], KBC (Belg.), KA Finanz (Autriche), Erste Bank (Autriche)…

    Sur ce modèle, suite à l’arrêt de l’économie mondiale, l’enterrement des classes moyennes occidentales s’achève par la fragilisation des trésoreries, des budgets des ménages soumis par l’emprunt, les faillites en cascade, taxes, impôts impossibles à payer, intérêt des prêts covid irremboursables, permettront leur rachat, bradé, par la classe de ceux qui appartiennent à la constellation des groupes sociaux clientèle du néolibéralisme financier.

    Dans quelles tranchées peuvent se battre les classes populaires et les classes moyennes aujourdhui? Roberto boulant en a récemment donné trois ; il y en aura d’autres ; et bien sûr, nous perdrons, car, sur la peur, le plus de gouvernance mondiale des Attali et Gates gagnera. Le monde occidental sera paupérisé et humilié par l’arrogance gestionnaire des sachants au service du 1%. La messe vient d’être dite par Greta Thundberg : «Je fais confiance aux savants ». La goujaterie des capitalistes néolibéraux nous conduit assurément à la catastrophe écologique, entre autres par la réduction de la biodiversité par l’agrochimie, par risque nucléaire civil et militaire majeur et plus encore, simple exemple, par la diffusion de microbilles de plastiques dans toutes nos cellules, etc.
    Cependant, s’il est indubitable que nous sommes confrontés à une phase de réchauffement climatique, rien d’autre que le ressenti médiatiquement imposé ne nous assure que le très faible pourcentage de CO2 d’origine entropique rémanent, soit déterminant, peut-être n’est-il au plus – au plus- de l’ordre de 2%, alors qu’il est établi que le taux de CO2 augmente considérablement,depuis toujours, avec l’augmentation naturelle de la température moyenne de la planète.
    Dans cette perspective le « green new deal » d’Alexandra Horatio Cortez (voyez le financement de sa campagne victorieuse dans le Bronx) n’est qu’une tentative de l’aile gauche des milliardaires démocrates, avides de globalisme (et donc opposé au souverainisme, relatif, de Trump) d’avancer un pas dans la reconduction de la domination capitaliste du 1% globalisé.

    Dans cette conception de l’après-covid, le peuple, des « déplorables »dès « qui ne sont rien », recevra donc des propriétaires des robots, une forme ou l’autre de revenu universel « gratuit », en contrepartie de leur embrigadement dans les escouades de nobles éco cantonniers planétaires, moralement ainsi chargés, par réciprocité, de réparer les dégâts de la concentration de la richesse.

    Comme vous venez de l’écrire dans votre billet « Quelques réflexions heureusement répandues »: « Ce qui revient à dire que de nouvelles formes de démocratie – un terme qui associe à son origine « pouvoir » et « peuple » – doivent être inventées. Inventer est d’ailleurs un bien grand mot, car des formes spontanées d’auto-organisation montrent le chemin chaque fois que l’occasion s’en présente. Le travail est une valeur, une réalisation de soi, mais à condition de ne pas être aliéné et d’être librement consenti. »

    A minima je crois, nous partageons donc un autre ressenti, l’alternative est claire, nous articulerons – souverainement – la réflexion populaire, aux niveaux de nos communes, provinces, régions pour ainsi en myriade structurée de cercles de réflexion populaire, porter notre vision au choix de la nation; je termine comme je commencais : merci François

    1. Si on peut effectivement se poser des questions sur la létalité du coronavirus et les réponses apportées par les gouvernements, c’est leur exact inverse qu’il convient de se poser concernant le réchauffement climatique.

      À savoir :

      – Pourquoi, alors que les scientifiques sont tous formels sur les causes entropiques du réchauffement climatique et la catastrophe totale qui se présente, ne faisons-nous absolument rien…?

  7. Roberto,

    Sur un autre blog, je me suis vu selon une métaphore explicite,- pendre par les pieds et éviscérer – pour avoir mis en doute l’origine entropique du réchauffement climatique.

    Comme l’énonçait Henry Poincaré :

    « La pensée ne doit jamais se soumettre, ni à un dogme, ni à un parti, ni à une passion, ni à un intérêt, ni à une idée préconçue, ni à quoi que ce soit, si ce n’est aux faits eux-mêmes, parce que, pour elle, se soumettre, ce serait cesser d’être ».
    21 novembre 1909.

    Si vous souhaitez construire un – groupe de réflexion populaire – sur ce sujet, je vous aiderais bien entendu gratuitement mantenance du site comprise, à le construire sur Tiki wiki, mais à partir des arguments des hypothèses de Gervais, et selon une discussion argumentée, documentée et structurée.

    Je vous envoie les liens de trois exposés de François Gervais, prenez le temps de les écouter 3 fois chacune, et prenez des notes précise sur les arguments, il y en a quelques dizaines ! Veuillez ensuite copier les graphiques fournis par Gervais pour que nous soyons à même de les discuter, dans leur ensemble, point à point, et par d’autres données.

    (L’origine politique des vidéos n’est ici pas à tenir en compte seul la rigueur des arguments avancés compte).

    C’est désormais le travail de votre génération.

    https://www.youtube.com/watch?v=Cbfg8EOP2aQ
    https://www.youtube.com/watch?v=HfLqliWFJx0
    https://www.youtube.com/watch?v=gfEucc2L1hM

    Bien à vous.

    1. Jean-Luce, pendu par les pieds et éviscéré ? Diantre vous n’êtes tout de même pas membre du gouvernement Macron !? 😀

      François Gervais est physicien, c’est-à-dire qu’il peut donner son avis sur le réchauffement climatique, mais n’étant pas climatologue, son avis a le même poids que celui de n’importe quel quidam.

      C’est-à-dire pas grand-chose face aux dizaines d’équipes de climatologues réparties sur l’ensemble du globe et participant au Giec. Équipes de spécialistes du climat qui sont toutes d’accord sur la trajectoire d’ensemble et sur ses causes entropiques.

      Donc oui, on trouve encore des climato-négationistes, comme près de 2.000 ans après Ptolémée on trouve encore des gens pensant que la Terre est plate.

      Analyse] du discours d’un climato-sceptique: François Gervais. (1/2)
      https://www.youtube.com/watch?v=XGq4WRTLfvc

      [Analyse] du discours d’un climato-sceptique: François Gervais. (2/2)
      https://www.youtube.com/watch?v=mqAaokrY1NU

      1. Ne vous appuyez pas sur les avis d’autorité, prenez le temps de comprendre par vous même, de comparer les arguments des contradicteurs ; c’est l’ancienne méthode qui jadis fut la raison.

        1. Où voyez-vous des arguments d’autorité dans les rapports du Giec ? Je n’y vois pour ma part que des analyses recoupées par plusieurs méthodes et équipes, des inconnues réduites peu à peu sur les projections fines et un accord unanime sur la trajectoire d’ensemble de notre climat.

          C’est ce qu’on appelle la démarche scientifique. Et dans ce cadre, je ne peux que vous renvoyer aux deux vidéos postées à 19h33 ce jour et qui démontrent la fausseté des arguments avancés par François Gervais.

          Le consensus scientifique, celui des climatologues pas celui des pâtissiers, est très clair et ne souffre maintenant d’aucun doute: le réchauffement actuel est d’origine anthropique.

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