Il va falloir tenir parole

Réputées immunisées à tort, les banques françaises donnent des signes de faiblesse, bien qu’elles soient l’objet des meilleurs attentions du gouvernement et de la Banque de France. Elles sont attaquées sur deux fronts à la fois, leurs activités de marché et celles de crédit.

Les banques ont bu un bouillon sur les dérivés d’actions en incriminant une « volatilité » du marché dont leurs concurrentes américaines ont su parfaitement s’accommoder et, à leur instar, elles ont commencé à provisionner des pertes, mais pour un modeste montant de 1,5 milliard d’euros qui ne va pas suffire, à moins de mettre les pertes sous le tapis. La banque d’investissement ne produit plus ses miracles, l’effet de levier des produits structurés fonctionnant dans les deux sens, et l’activité de crédit va connaitre les inévitables déboires d’une période de récession.

Le crédit bat son plein et les banques l’alimentent grâce à la croissance des dépôts des particuliers qui atteignent des sommets en raison du confinement et de leur épargne forcée. Elles bénéficient aussi de la garantie de l’État accordée aux prêts aux entreprises. Ce qui n’empêche pas les analystes de considérer que de nouvelles provisions pour défaut devront être passées.

En résumé, les particuliers contribuent avec leurs dépôts au financement du crédit à des entreprises dont les crédits bancaires sont garantis par l’État. Personne ne leur a demandé leur avis et ne les a informés de ce transfert. Les mêmes ne perdent rien pour attendre, car leur épargne suscite beaucoup de convoitise. Si elle n’est pas dépensée, ils vont être sollicités pour la prêter pour une grande cause, celle des finances publiques et de l’État par exemple.

L’occasion est trop belle, des sacrifices vont aussi être demandés, qui se profilent déjà : il va falloir travailler plus et de ce fait accroître encore la hausse du chômage qui s’annonce. Mais il faut d’abord « remettre la France en état de marche » comme l’ordonne le ministre Bruno Le Maire, en adoptant « une nouvelle culture du risque » ! Après avoir décidé de rouvrir les écoles pour libérer les parents, il n’y a pas mieux pour inciter à la reprise du travail que d’annoncer la réduction de la prise en charge par l’État du chômage partiel, et de laisser planer la menace des plans de licenciement. Contrairement aux entreprises, les salariés n’ont pas leur avenir garanti par l’État. Près d’un demi-million d’entre elles ont obtenu un prêt garanti, mais pour la suite, afin d’éviter un trop lourd endettement, des formes « innovantes, inventives de soutien en fonds propres » vont devoir être déployées, annonce le gouverneur de la Banque de France.

Jouer sur la peur des plans de licenciement, est-ce bien raisonnable dans le contexte de défiance qui s’est installé ?

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