Les raisins de la colère

Encore une réputation de fichue ! l’infaillible Warren Buffet vient de boire un bouillon sur les marchés, pris à contre-pied. Il a dû vendre à perte les participations de son fonds vedette dans les principales compagnies aériennes américaines et reconnaitre son erreur de jugement. Un autre fonds, Temple Bar, a connu une chute de 40% de ses actions au cours des trois derniers mois, ayant le tort de posséder des gros paquets d’action de BP et de Shell.

Ces grosses déconvenues n’empêchent pas les bonnes affaires, car acheter au plus bas, mais à bon escient, permet d’espérer de bons retours. C’est tout de même une loterie, mais les paris ne sont-ils pas le propre de l’activité financière ? Et tous les investisseurs ne perdent pas le nord, motivés par les belles opportunités qu’offrent à qui sait les saisir les crises et les guerres. À condition d’avoir le sens de l’opportunité.

À United Airlines, ils viennent de réclamer un taux de 10% pour répondre à une émission obligataire de 2,5 milliards de dollars, et la compagnie aérienne a dû au bout de trois jours se résoudre à décliner leur offre. Elle avait pourtant apporté en garantie 360 avions de sa flotte, mais les investisseurs en question n’ignorent pas que celle-ci est vieillissante, comme c’est en général le cas aux États-Unis, et que sa valeur est fort incertaine dans un monde où le transport aérien est durement éprouvé et où le retour du trafic d’avant n’est pas pour demain. Les fonds étaient recherchés afin de rembourser des prêts bancaires contractés en mars dernier, de la difficulté à faire « rouler » la dette ! United Airlines enregistre actuellement 50 millions de dollars de pertes quotidiennes, il va falloir faire quelque chose !

La société de capital-investissement de Boston Bain Capital a par contre investi sans sourciller un milliard de dollars dans Nichii Gakkan, un groupe japonais spécialisé dans les maisons de retraites, les installations accueillant les malades atteints de démence et les services à domicile. On a visiblement affaire à de fins analystes !

Si pendant les travaux les affaires continuent, le climat politique américain ne s’améliore pas. Donald Trump continue d’exercer toutes les pressions possibles pour obtenir la reprise de l’activité économique au plus vite, tandis que ses opposants démocrates réclament un nouveau plan de soutien massif en raison de l’explosion du chômage, ce qui irait contre ses objectifs. Les Républicains ne sont d’ailleurs pas prêts à adopter un nouveau train de mesures qui pourrait rajouter 2.000 milliards de dollars à une addition déjà salée de près de 3.000 milliards de dollars tout compris.

Le président américain se dit peu pressé de trouver un compromis, les américains qui tirent la langue le sont d’avantage, n’ayant pas d’autre choix que de reprendre le travail s’ils le peuvent. Devant cet attentisme, certains élus en viennent à agiter le spectre d’émeutes de la faim et font référence aux « Raisins de la colère » de John Steinbeck, d’autres évoquent les conséquences sur le système financier de la faillite de collectivités locales. Comment les classiques baisses d’impôts chères aux Républicains, ou la tentative de faire de la Chine un bouc émissaire pour détourner l’attention, pourraient-elles atténuer la profonde crise sociale qui s’est installée ?

Les États-Unis offrent désormais au plus haut point le spectacle de l’incohérence d’un système qui allie un monde financier prospère à des classes moyennes en voie de paupérisation. America First !

2 réflexions au sujet de « Les raisins de la colère »

  1. J’ai déjà employé cette image. La ressortir semble s’imposer.

    Quand les crocodiles se battent entre eux pour contrôler le marigot, peu importe l’origine du sang.
    Nous autres, observateurs pauvres, pouvons seulement souhaiter qu’ils s’étripent encore plus. Pour le bien qu’ils font.

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