Pas de quoi être surpris, aux États-Unis

Le pronostic est établi, la croissance et l’inflation vont être faibles, l’endettement très accru et la mondialisation devra être un peu remaniée. Il va falloir faire avec en s’y adaptant et vivre non seulement avec le virus mais également, pendant longtemps, avec le coût du combat mené contre lui. En attendant de mieux comprendre ce que cela présage, un coup d’œil aux États-Unis est instructif, Donald Trump et ses électeurs mis à part.

La Fed y est sous forte pression afin qu’elle accentue encore ses programmes d’achats de dettes des entreprises. L’avenir d’un grand nombre d’entre elles reste en effet en question en dépit de ce qu’elle a déjà entrepris, la taille imposante de son bilan ayant dépassé six mille milliards de dollars.

La banque centrale prétend soutenir les entreprises en toute neutralité, sans accorder de privilèges ou user de priorités, mais la suspicion s’est installée à la Chambre des représentants à majorité démocrate. Une commission y surveille l’attribution des aides et a demandé à la Fed des informations sur leur répartition et les conditions associées. Notamment concernant les licenciements, les limites données à la rémunération des dirigeants des entreprises ainsi que les consignes en termes de rachat d’actions et de payement des dividendes.

La Fed a annoncé qu’elle allait donner des détails, mais des membres du comité ont immédiatement déclaré attendre de les connaitre avant de se déclarer satisfaits. L’une des inquiétudes porte sur l’adoption comme critère de soulager les banques en achetant leurs prêts. Ou qu’il soit répondu à la demande d’élus républicains réclamant une aide particulière à l’industrie du pétrole et de l’extraction du gaz de schiste. Des élus démocrates ont également demandé que les critères d’éligibilité des municipalités soient revus, la Fed n’accordant des prêts qu’aux États et aux villes de plus d’un million d’habitants, écartant de nombreuses villes de taille moyenne. En guise de sa neutralité revendiquée, la Fed est soupçonnée de faire des choix politiques qui ne lui appartiennent pas, encore un dogme qui fait une sortie de route !

Mais il y a plus déconcertant pour les bien-pensants. À la brutale chute qui est intervenue sur le marché des actions a succédé un rebond l’effaçant pour moitié, qui les a interrogé : qu’est-ce qui peut bien susciter un marché « haussier » dans ce contexte économique désastreux ? Il n’y a pourtant aucun mystère, la Fed n’y est pas étrangère qui, selon les analystes, devrait acheter cette année pour 5.000 milliards de dollars d’obligations, plus du double de ses achats lors de la précédente crise de 2008-2009, cela comprend désormais des obligations classées « junk » par les agences de notation, c’est à dire pourries. On connait une des grandes destinations de cette manne.

Peut-on sous-estimer la résilience du système malgré l’effondrement sans précédent en cours ?

9 réflexions au sujet de « Pas de quoi être surpris, aux États-Unis »

  1. Si je comprend bien, racheter massivement de la dette d’entreprises aurait aussi pour effet d’ « alléger » ces dernières …et donc de permettre une hausse du cours des actions. Finalement avoir la main lourde sur le rachat de dettes permettrait un effet de richesse au profit des actionnaires. Merci de me donner votre point de vue.

  2. Jean-Claude Werrebrouck, et à vous tous,

    La situation est totalement écoeurante, les banques peuvent prêter à qui elles veulent bien, Air France / KLM est en quasi faillite, et les gouvernements français et néerlandais nantissent 90 % des prêts que les banques vont attribuer à KLM soit 7 milliards. Ce n’est qu’un exemple Darty Fnac 350 millions, etc.

    Privatisons les gains et socialisons les pertes, plutôt que d’attendre le règlement judiciaire de la faille pour nationaliser !

    En revanche, pour des dizaines de milliers de petits indépendants et d’entrepreneurs dont la trésorerie est à sec, les banques examinent leur bilan, et « non monsieurs vous n’êtes pas assez solide pour que nous vous prêtions ». Même garanti par l’État c’est nous qui décidons ; (la mafia des tribunaux de commerce et des huissiers se prépare au festin).

    Tout ceci n’est rien en comparaison du silence des médias à la botte de la « macronie », qui se gardent bien de nous expliquer comment nous allons nous faire plumer. Car si les États peuvent trouver sur les marchés l’argent qui leur est nécessaire à faire circuler des reconnaissances de dette sous forme d’emprunt d’État, c’est qui y a quantité de gens qui, en ce moment, ont suffisamment d’argent pour les acheter et qui comble d’hypocrisie auront encore les moyens d’acheter le collatéral, immeubles, équipement, terres, brevets, des faillis …

    Mais l’enjeu n’est pas que sur ces petits milliards, que se passe-t-il au niveau des (petro, euro exo dollard) 57 000 milliards équivalent USD , mais non garantis par le trésor américain, mais qui apparemment servent de tampons, dans les transactions internationales?

    Nous avions que l’économie néocapitaliste financiarisée dansait sur un gouffre de reconnaissance de dette, aujourd’hui, nous sommes dedans, le jeu des chaises musicales (paris sur les prix) prend fin c’est le moment ou les mieux placés s’emparent des titres de propriété des faillis, et à une échelle planétaire. : nous visons le retour au capitalisme des propriétaires, oligarques kleptocrates chinois occidentaux, même combat.

    – je me cite dans un billet de 2014) : Espirito-santo-et-la-commission-europeenne-na-rien-vu-venir

    « Les phases de crises financières ne sont-elles pas l’occasion, pour les plus malins des plus doués des banquiers, de sauver, en douce, les billes de leurs meilleurs clients ? Visiblement, l’opacité bancaire est entretenue avec un soin lucide. N’est-ce pas, comme au jeu des chaises musicales; lorsque la ronde des joueurs s’arrête, pour trouver la chaise où s’asseoir, il faut bien qu’il s’en retrouve par terre ? Et ceci amène une autre réflexion. …Ne croyons-nous pas que les mieux placés pour faire tourner le manège savent très bien quand s’arrêtera le moulin, puisqu’ils le font tourner ? »

    https://www.pauljorion.com/blog/2014/08/05

    Comment nous organiser pour contrer les médias ?

    1. Bon, comme personne ne semble vouloir répondre, je m’y colle 😉

      Comment nous organiser pour contrer les médias ?

      Les médias appartenant à 98% aux Bolloré, Pigasse, Drahi et autres Bouygues, la question peut se préciser en :
      Comment nous organiser pour contrer les milliardaires ?

      https://www.acrimed.org/IMG/pdf/mediacritiques32.pdf

      Question simple, réponse simple : on ne peut pas contrer la puissance de frappe des milliardaires.

      Question alternative : comment socialiser un État privatisé ?

      1. Comment socialiser un État privatisé ?

        En remettant en mouvement – la participation – , dont le principe fut proposé par De Gaulle, et pour laquelle il s’est fait virer par le patronat. La participation allait bien plus loin que l’intéressement aux bénéfices, car elle visait à transférer progressivement la propriété et la gestion des entreprises aux travailleurs, sans que le PC puisse nommer ses apparatchiks à la direction suite à la grève générale, suivie de nationalisations.

        (La participation touchait également à tous les niveaux de la vie publique)

        Par ailleurs, nous pouvons lutter contre les médias à la botte, mais pour cela, il est nécessaire de construire un dispositif d’information populaire, basé sur un réseau de groupes de réflexion. Pour cela, nous devons nous donner les moyens de dialoguer en rompant avec la linéarité des fils de blog , de Facebook, etc.

        Il me semble que le point clef est de construire des dispositifs permettant des discussions structurées, certains groupwares (presque gratuit) le permettent, je crois (a priori) , c’est à expérimenter…

        1. En remettant en mouvement la participation ? L’idée est excellente. On pourrait même y ajouter toutes celles qui constellent la vie politique et qui proposent de remettre la dignité humaine et la préservation de la planète au centre de nos préoccupations en lieu et place de l’argent. Soit ! Les bonnes idées ne manquent pas.

          À l’inverse des moyens de les appliquer qui eux brillent par leur absence.

          La question du comment reste donc sans réponse.

          Vous démontrez d’ailleurs vous-même dans l’exemple des réseaux que tout changement est structurellement impossible dans le système capitaliste. Le net était à l’origine un espace de liberté, un lieu où pouvait se construire la démocratie et qu’avons-nous à l’arrivée ? Facebook, avec ses vidéos de petits chats, ses photos de plats cuisinés, sa publicité omniprésente et l’accaparement de nos données personnelles. De quoi constater d’évidence que dans la lutte contre les GAFAM, la NSA et les p’tits chats, les groupwares politiques sont inexistants.

          1. Roberto,
            Es-tu familier dudit réseau social ? 😉
            Fb pourrait être un outil au service des citoyens, rien ne l’en empêche ! On peut parfaitement y poster autre chose que des vidéos de chats, J’y pose régulièrement des textes de mon cru. Il est vrai ceux que considère comme les plus aboutis sont ceux qui sont les moins lus. Les gens préfèrent ceux qui comportent une bonne dose d’optimisme. Ceci dit il y a des commentaires politiques sur fb. On dit même qu’aux US une élection a été biaisée par que des lecteurs ont été ciblés par une officine au service de Trump. Preuve qu’il s’y passe des choses…. du moins bon et parfois du bon. C’est le café du commerce version XXème siècle. Des personnes de tous horizons peuvent s’y croiser et échanger. Évidemment on sort finalement assez peu de son cercle habituel familial ou amical, mais ces cercles eux-mêmes ne sont pas homogènes. Alors rien ne serait plus faux qu’il ne s’y passe rien. Fb est ce que l’on en fait.

          2. FB est comme BFM ou France-Info, un espace de liberté où chacun est libre d’exprimer ses idées politiques.
            Nous ne sommes pas en dictature puisque nous votons et que nous pouvons nous exprimer librement. MM Macron, Trump et consorts sont donc tout à fait autoriser à dire qu’ils sont légitimes et qu’ils représentent leurs concitoyens. 😀
            Tant que nous prendrons les sabres en bois que nous tend la société du spectacle pour de véritables armes, nous resterons dans la matrice.
            FB n’est certainement pas ce qu’on en fait et les médias ne sont ni pluralistes ni indépendants. Ce sont des machines à décérébrer et à intoxiquer (cf l’épisode Cambridge Analytica).

            PS: si FB était ce que les gens en faisaient, sa valorisation boursière tendrait vers zéro.

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