Leur plus petit commun compromis

Sur quoi les dirigeants européens vont-ils parvenir à se mettre d’accord jeudi lors de leur sommet ? C’est bien parti pour qu’ils se limitent à énoncer les très grandes lignes d’un projet dont ils vont renvoyer la définition des modalités à la Commission ! L’accent sera mis sur la solidarité, mais le plan reposera de fait sur chaque État et non pas sur l’émission d’euro-obligations, qui va passer à la trappe. La proposition espagnole d’émission d’obligations perpétuelles également. Il faut garder raison !

Le mécanisme de ce projet est assez retors : la Commission européenne empruntera sur le marché, pour prêter aux États membres qui garantiront ses emprunts. Les États restent donc en fin de compte en charge de la dette. On n’en sait pas plus pour l’instant.

Le président du Conseil européen, Charles Michel, a adressé une « feuille de route » aux participants du sommet, accompagnée d’un courrier leur proposant que « nous nous mettions d’accord pour travailler sur l’établissement d’un tel fonds aussi vite que possible », en précisant que « le montant, les objectifs spécifiques, le calendrier et la nature de cet effort d’investissement doivent être définis dans le cadre d’un plan de relance global avec le budget de l’UE en son cœur. La Commission présentera des propositions à cet égard ». Autant dire que rien ne va être tranché jeudi, notamment l’articulation de ce projet avec le budget pluriannuel de la Commission. Du temps va être gagné ou perdu, selon le point de vue adopté.

Quels seront les montants dont la Commission disposera ? Sous quels délais le plan sera-t-il opérationnel ? Selon quels critères et sous quelles conditions la Commission attribuera-t-elle les crédits aux États ? Quel sera le calendrier des remboursements ? Il serait pour l’instant question de mobiliser 1.500 milliards d’euros qui seront liés au budget pluriannuel de la Commission à propos duquel il faudra reprendre la discussion.

L’Union monétaire va continuer à reposer sur l’endettement des États avec le soutien de la BCE, ce dernier recours qui seul continue de fonctionner, dans l’immédiat tout du moins. L’Italie pourrait en bénéficier en premier lieu si Giuseppe Conte, le président du Conseil, saute le pas et demande à bénéficier d’un prêt du Mécanisme européen de stabilité (MES), ce qui permettra, peut-être, dans un second temps, à la BCE d’activer son programme OMT et de soutenir l’État italien en achetant sa dette.

Demain sera un autre jour devrait être la maxime favorite des dirigeants européens. Ils renvoient en commission ce qui les divise, ce grand classique, et le compromis qu’ils parviendront sans doute péniblement à adopter repoussera à plus tard les problèmes, quand les emprunts devront être remboursés. L’hétérogénéité de la zone euro se sera entretemps renforcée, la chute du PIB s’étant plus accentuée dans certains pays, leur endettement également. Et la propagation de la crise se poursuivra en atteignant sa dimension politique, ce qui n’est pas le moins à redouter.

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8 réflexions au sujet de « Leur plus petit commun compromis »

  1. Donc si je résume :
    – Les LeMarché transforment les peuples en serfs, condamnés à rembourser une dette éternelle,
    – Les peuples se vengent en votant pour les extrêmes-droites,
    – Les extrêmes-droites font la guerre à leur peuple pour le plus grand profit des super-riches,
    – Une fois les peuples écrasés, les problèmes économiques et écologiques s’étant accentués au-delà de toute mesure, les extrêmes-droites se font la guerre entre elles.

    Imparable.

      1. Le socialisme ou la mort !

        Les chiens de gardes vous remercient, plus personne ne croyant en l’idéologie du libre-marché-efficient, leur reste la peur pour se maintenir. Et celle du camarade Lénine est encore certainement aussi efficace que celle des LBD40 pour faire comprendre aux gueux que la démocratie étant impossible, le seul choix restant est de choisir entre le servage et le knout.

        Les LeMarché allument donc en remerciement une bougie sur la momie du camarade Lénine.

        1. Roberto, la démocratie c’est le socialisme et le socialisme c’est la démocratie.

          Désolé de vous souligner ce qui pour beaucoup d’esprit éclairé est une évidence.

          Il serait temps pour vous de réussir à garder votre calme.

          1. Socialisme et démocratie ont effectivement énormément de points communs mais les champs recouverts par chacune de ces doctrines ne se recoupent pas exactement. La démocratie englobe et dépasse le seul champ de la propriété des moyens de production, mais surtout, elle est le reflet de la volonté générale et non celle d’une « élite », forcément éclairée cela va sans dire.

            Et nos lecteurs auront notés que vous classez ceux qui ne partagent pas vos idées dans la catégorie quasi-pathologique de ceux qui ne savent pas garder leur calme. Dit autrement, les gens instruits et intelligents ne peuvent que partager vos idées et les autres relèvent au mieux de la rééducation, au pire de la psychiatrie.

      2. « Le Socialisme ou la mort. »

        Pour les besoins de la démonstration, on va admettre que ‘socialisme’ fait référence à 1917:Russie, 1919:Hongrie, 1923: Allemagne, 1932:Chine, 1936:Espagne, 1945:Roumanie, Hongrie, Pologne, est de l’Allemagne, Corée du Nord etc…, 1949:Tchécoslovaquie, Chine, Nord-Vietnam etc…, 1956:Hongrie, et pour finir 1968:Tchécoslovaquie.

        En résumé: Malgré la revendication initiale, pas de socialisme et beaucoup de morts.
        Des morts en masse, en pagaille, des montagnes de morts, innombrables. Et toujours pas de socialisme.

        Je vous propose d’appliquer votre mot d’ordre à vous même. L’avant-garde se doit courageusement d’être en première ligne.
        Et je vous dirais: « Après vous cher ami ».

        1. Les Saint Jean bouche d’or qui prêchent le martyre le plus souvent d’ailleurs, s’attardent ici-bas. Mourir pour des idées, c’est le cas de le dire c’est leur raison de vivre, ils ne s’en privent pas Dans presque tous les camps on en voit qui supplantent bientôt Mathusalem dans la longévité.

          https://www.youtube.com/watch?v=JDudfuDP7IQ

          Toutefois nous aurions tort de prendre les Saint-Jean bouche d’or pour des illuminés délirant seuls dans leur coin. S’ils ne sont effectivement qu’une poignée, ils peuvent être très utiles aux néolibéraux. Pour le pire. Car si à chaque fois qu’un krach se produit les politiciens professionnels deviennent tous marxistes pour calmer la colère des gueux – avant de leur faire payer l’addition – l’impact du Covid-19 est tel sur des économies déjà asphyxiées par la financiarisation, que des mesures coercitives se révéleront sans doute nécessaire pour maintenir le système dans une société en voie de paupérisation massive.

          Partant du principe que l’on réduit toujours les libertés à contrecœur et temporairement pour assurer la sécurité de la population, quel meilleur prétexte qu’un attentat pour mettre en œuvre les lois d’exception intégrées par la législature Hollande dans la loi ordinaire ?

          Législativement, légalement, tout est déjà en place, ne reste plus qu’à appuyer sur le bouton. Et pour ce faire il n’est pas nécessaire que les imbéciles utiles soient très nombreux, l’équivalent d’une cabine téléphonique suffit amplement pour passer du LBD40 au fusil d’assaut.

    1. Soyons confiants !
      Le salut de l’Humanité devrait pouvoir compter sur l’entrée en rébellion de toutes les maternelles européennes.

      Entendez-vous les cris des nouveaux nés mugir dans nos campagnes ?!…

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