La suite promet n’être qu’avatars pour les biens pensants

Le sommet du 26 avril se rapproche et les tractations vont bon train. Un compromis est activement recherché mais le pire est à craindre. Celui qui avait été arraché lors du dernier Eurogroupe – qui demande encore à être adopté – justifie une telle appréhension. Les congratulations de rigueur ont alors dissimulé qu’une limite irréaliste à hauteur de 2% du PIB de chaque pays leur était imposée pour emprunter au MES. Les dirigeants espagnols n’ont pas tardé à faire les comptes, elle ne leur permettrait d’emprunter que 25 milliards d’euros, ce qui est totalement hors de proportion avec leurs besoins de financement. Après l’Italie, l’Espagne pourrait décider de ne pas utiliser ce qui a été présenté comme un soutien majeur à la lutte contre les effets de la pandémie.

Un même avatar se profile dans le cadre de la préparation du sommet, qui aboutira à un même rideau de fumée. C’est le prix du compromis inconsistant permettant de sauver la face et d’affirmer une solidarité de façade. Cela démarrera avec le montant du fonds de relance, qui se rétrécit comme une peau de chagrin. Mais le débat porte aussi sur le partage des responsabilités, en d’autres termes la question clé de la mutualisation. Celle-ci serait partielle, aux modalités encore non totalement arrêtées, ce qui amoindrira la portée du dispositif. En quoi consistera le nécessaire transfert financier, le fait qu’il s’agira de dons et non plus de prêts n’y changeant rien ?

C’est le ministre français Bruno Le Maire qui a mangé le morceau lors d’une rencontre avec des journalistes dont rend compte le journal grec Ekathimerini. Il n’est pas à cela près de contorsions quand on l’entend expliquer « la réalité de la crise ce n’est pas un modèle économique qui aurait échoué ou un autre qui aurait réussi, c’est une économie qui est à l’arrêt en raison d’une pandémie mondiale. »

L’avenir ne se présente donc pas sous le meilleur jour, ce qui renvoie aussi au recours à la BCE par défaut. Patrick Artus, l’économiste en chef de Natixis, abonde dans ce sens dans Les Échos : « que pourrait faire la BCE de plus si la zone euro était encore plus en difficulté, si des tendances déflationnistes apparaissaient à nouveau ? Elle pourrait s’émanciper encore plus de la « rigueur » de l’orthodoxie en achetant des actifs risqués ou en passant à l’« helicopter money », c’est-à-dire la distribution de monnaie aux agents économiques sans contrepartie. » Puis, il conclut : « mais il faut comprendre que face à une crise de successions de chocs défavorables (la crise des subprimes, puis la crise de la zone euro, puis la récession industrielle en 2019, puis la pandémie), la BCE n’a pas d’autres choix que de s’éloigner de plus en plus de l’orthodoxie. »

Alain Minc surprend quant à lui son monde en se ralliant à l’émission d’obligations perpétuelles (ou au moins à 50 ou 100 ans), bravant comme il l’écrit « les cris d’orfraie » et concluant sa tribune dans Les Échos ainsi  : « Mais, de même qu’hier iconoclaste, la monnaie hélicoptère s’est imposée, la monétisation de la dette suivie d’une annulation partielle de sa part publique, ou de son report aux calendes grecques, va devenir le cœur du débat macroéconomique.  »

À suivre…

7 réflexions au sujet de « La suite promet n’être qu’avatars pour les biens pensants »

  1. La bien pensance, tout un programme…

    Natixis, quel cours de bourse ? 2 Euro environ. Evolution ? moins 50 % en 4 mois. On peut toujours se dire que son économiste en chef est peu écouté. Pourquoi devrions nous prendre ses vocalises verbales pour paroles d’or ?

    Alain Minc ? J’abandonne pour trop plein. N’en jetez plus, la cours est pleine.

    Les biens pensants sont immortels, quoiqu’il arrive. Ils n’ont rien oubliés, ils n’apprendront rien.

  2. Donc pas de solution: dans un cas la population sera encore plus asujettie aux variations de l’économie, 1500 € la première année, 1700€ la suivante, 500 € la troisième; dans l’autre, je n’y connais rien en obligations perpétuelles( même en obligation tout court) mais il se pourrait que si les intérêts ne peuvent être versés l’état devra hypothéquer ses derniers bijoux de famille aux prêteurs, l’Elysée, l’armée de l’air, et le Louvre iraient à des intérêts privés ?

    On est dans un drôle de pétrin. Il me semble que sans concertation internationale sinon européenne rien n’avancera. Il faudra que Trump soit vaincu, quand bien même une instabilité politique aux US risque de s’ensuivre … on en a pour un bon moment.

    1. La mal nommée Union européenne est bien là pour prouver que même avec une monnaie unique, chacun défend avec acharnement son pré carré contre les autres pays. Si l’Allemagne se refuse à toute mutualisation de la dette, c’est bien que ses intérêts de prêteurs (8% de son PIB annuel suivant l’économiste David Kayla) sont contradictoires de ceux des emprunteurs des pays du sud de l’Europe. Qui plus est, l’Allemagne a depuis près de 20 ans encouragé fortement la retraite par capitalisation, ce qui en cas de mutualisation des dettes signifierait très directement une perte de pouvoir d’achat pour sa population vieillissante. Il s’agit donc de sa part d’un double Nein, économique pour ne pas dire idéologique, mais surtout politique tant la mutualisation serait un véritable suicide électoral pour la coalition au pouvoir.

      Et puis comment imaginer l’unanimité des 27 pour changer les traités sur un point tellement essentiel ?

      Même constat pour les USA. Remplacer Trump ne signifie pas changer les intérêts du pays. Son éventuel successeur démocrate serait sans doute beaucoup plus policé dans ses manières (quoique sa santé mentale interroge aussi, mais d’un point de vue médicale et non psychologique comme pour celle de Trump), mais il agira toujours dans un système économique à somme nulle où ce qui est gagné par les uns est perdu par les autres.

      Le capitalisme en est à peu près au même point que l’astronomie du 16ième siècle dominée par le géocentrisme et obligée de rajouter sans cesse de la complexité à des postulats aberrants pour essayer de coller à la réalité.
      D’un autre côté, un système totalement dysfonctionnel et construit pour ne pas pouvoir être modifié ne laisse guère d’autre perspective que son autodestruction. Un pronostic tout aussi valable pour l’UE.

  3. Qui paye ses dettes s’enrichit.

    Qui s’endette…

    Quand des forces politiques progressistes dans le pays vont elles revendiquez le pouvoir … immédiatement ?

  4. Roberto,

    Vous écrivez :

    “Si l’Allemagne se refuse à toute mutualisation de la dette, c’est bien que ses intérêts de prêteurs (8% de son PIB annuel suivant l’économiste David Kayla)”

    Voudriez-vous nous donner une référence, ou une explication, (je ne comprends pas) ?

    1. David Kayla (à 18’58’’) part de la proposition de Jean-Luc Mélenchon qui consiste en une annulation de fait des dettes souveraines par une BCE achetant des titres perpétuels à taux négatif (qui s’éteindront donc ‘naturellement’). C’est une proposition extrême qui ne peut qu’être refusée par les pays structurellement créanciers comme l’Allemagne.

      Mais même dans le cas de la proposition moins extrême qui consiste à mutualiser la dette, donc à faire baisser son coupon, l’économie allemande qui place l’équivalent de 8% de son PIB chaque année à l’étranger à encore beaucoup trop à perdre.

      https://www.youtube.com/watch?v=5s7vRR6O6es

      1. Et puis ce n’est pas moral.

        Que les gouvernements en difficultés commencent à faire payer leur propre bourgeoisie à travers un impôt exceptionnel.

        On nous dit que nous sommes en guerre, mais jamais une guerre n’a été menée sans un effort de guerre.

        A quoi assistons nous ?

        Des gouvernements bourgeois, soutenues par une opposition du prince, refusant par principe d’exiger un moindre effort financier aux grandes fortunes.

        C’est le chemin le plus court vers un krach monétaire, krach monétaire qui ruinera cette même bourgeoisie des grandes fortunes.

        Par bêtise la bourgeoisie est entrain de se creuser un trou profond où elle va être ensevelie, elle et tous les peuples hélas.

        Rien de pire dans l’histoire des civilisations qu’une monnaie douteuse !

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