Il n’y a pas que les coronavirus dans la vie, par Robert Boulant

Pendant la pandémie et malgré la paralysie de l’économie mondiale, n’oublions pas que le réchauffement climatique se poursuit. Et l’inertie du système atmosphérique est telle, que même si les 7,7 milliards d’homo-sapiens disparaissaient subitement, les températures continueraient à croitre durant les deux prochains siècles. Pour information, ce mois de mars 2020 se classe à la quatrième place des mois de mars les plus chauds depuis que les relevés météos existent.

Malgré leur Premier ministre, les Australiens sont maintenant au courant qu’il existe un lien direct entre réchauffement climatique, fréquence et violence des incendies. Et c’est maintenant au tour des climato-sceptiques ukrainiens de vérifier ce lien, avec le gigantesque incendie qui s’est déclaré le 4 avril dernier dans la zone d’exclusion de 30 kilomètres autour de la centrale de Tchernobyl et dont les flammes ont été arrêtées (apparemment), à quelques centaines de mètres du sarcophage recouvrant les entrailles radioactives de la catastrophe.

Dès lors, quelques questions se posent quant aux conséquences prévisibles de l’incendie et qui malheureusement ne trouveront aucune réponse dans la communication gouvernementale. Car si le n’importe-quoi officiel avait déjà était placé à un très haut niveau en 1986 avec le fameux nuage qui s’arrête aux frontières, le mur du çon a depuis été pulvérisé à de nombreuses reprises. Ce fut même ces derniers mois un véritable festival ! De l’usine Lubrizol qui en septembre dernier vaporisa sur Rouen et sa région un nuage où des cocktails chimiques très toxiques se mélangeaient à des fibres d’amiante, et dont on nous assura le plus sérieusement du monde que tout cela n’était guère plus dangereux qu’un incendie domestique, jusqu’à la catastrophique (et criminelle) com’ gouvernementale nous assurant que le covid-19 resterait cantonné à la Chine mais que tout était prêt et que les masques ne servaient à rien. Mme Sibeth Ndiaye décrochant le Clown d’or (l’équivalent des Césars, mais pour le théâtre politique), pourtant si âprement disputé, en nous disant que de toutes les manières les Français étaient trop bêtes pour savoir porter correctement un masque.

Donc, si des questions se posent, nombreuses, elles ne ont surtout pas adressées au gouvernement ! (d’ailleurs si ses membres pouvaient s’abstenir de communiquer au sujet de l’incendie ukrainien, nous serions probablement des dizaines de millions à leur en être gré).

Sans prétendre à l’exhaustivité en voici quelques-unes parmi les plus importantes :

– Concernant la centrale elle-même : les alimentations électriques indispensables à la sureté des restes du réacteur n°4 et des sites d’entreposage des combustibles irradiés ont-elles été préservées ? Comment a réagi la structure métallique recouvrant le réacteur éventré à la chaleur des incendies ? Il n’est pas nécessaire d’avoir un doctorat en métallurgie pour savoir qu’une telle structure résiste très mal (vraiment) aux flammes.

– Concernant l’incendie : avec une telle sècheresse, le feu peut couver pendant des jours, ce qui nécessite un arrosage constant de la zone. Les pompiers ukrainiens ont-ils les moyens humains et matériels de couvrir l’ensemble du périmètre, jour et nuit H24, le temps nécessaire d’écarter tout risque de reprise de l’incendie ?

– Concernant les pompiers qui ont combattu l’incendie : quels étaient leurs moyens de protection ? Un tel incendie, au milieu d’une végétation et de sols encore très contaminés, remet en suspension dans l’air des poussières et des résidus chargés de joyeusetés comme le césium 137, le strontium 90, le cobalt 60 ou le plutonium 239. Si pour les premiers éléments cités un appareil respiratoire en circuit fermé et une combinaison étanche sont nécessaires, la seule manière de se protéger efficacement du plutonium 239 consiste à limiter drastiquement le temps de présence sur zone. Limitant d’autant l’efficacité de la lutte contre l’incendie.

– Concernant les populations locales : quid de leur exposition ainsi que celle des zones agricoles et maraichères ? Les autorités ukrainiennes, sans oublier celle du Belarus voisin,  disposent-elles des moyens nécessaires pour surveiller les seuils de contamination des terres, des zones urbaines, mais également de l’air (les nanoparticules sont très difficiles à piéger dans les filtres à aérosols tout en pouvant être contaminées).

– Concernant les pays immédiatement limitrophes, ou plus lointains comme la France : quels sont les niveaux des retombées sachant que le ruissellement des pluies peut concentrer les radioéléments, comme l’avaient malheureusement constaté à leur dépens les Corses en 1986 avec une augmentation significative de certains cancers ?

Malgré tout, restons tout de même optimistes. Au vu de notre éloignement, l’augmentation de la radioactivité devrait être très modérée et comme en plus nous sommes pratiquement tous confinés, nous avons peu de chance d’être trempés par une pluie chargée en radio-isotopes. Sachons donc profiter de l’instant : nos centrales nucléaires sont encore intactes, les températures encore supportables et les virus version 2019 ne sont pas encore suffisamment agressifs pour stopper notre approvisionnement alimentaire.

Jusqu’ici tout va bien.

7 réflexions au sujet de « Il n’y a pas que les coronavirus dans la vie, par Robert Boulant »

  1. Très bien.
    Ne pas oublier cependant que ce qui tombe du ciel, actuellement en Ukraine, ce sont des obus. Et qu’ils tuent et blessent.
    C’est une guerre civile qui n’a pas de sens.

    1. Puisque vous parlez de guerre il est à noter la très grande vulnérabilité des installations nucléaires civiles. L’impact d’un missile de croisière supersonique lancé depuis un sous-marin (délai de détection et de réaction très courts, voire inexistants) sur les énormes piscines de la Hague où sont stockés les combustibles irradiés provoquerait une sévère pollution radioactive des bassins de populations parisien et londonien. D’une pierre deux coups avec la quasi-paralysie de deux des plus puissantes économies européennes.

      Comme la riposte ne manquerait pas d’être nucléaire, nous sommes bien obligés d’admettre que la seule présence des installations civiles constitue un facteur aggravant lors d’un conflit, pouvant mener à une escalade de violence incontrôlée. Scénario imaginable également en cas d’erreur de ciblage ou de faute provoquée par le stress du combat des échelons subalternes du commandement qui possèdent l’autorité sur les feux classiques (pouvant eux-mêmes provoquer une énorme pollution radiologique, où quand l’armement tactique devient stratégique).

      À l’heure où nous avons définitivement enterré l’organisation mondiale post-1945, où l’ensemble de la scène géostratégique se réorganise sur un mode chaotique, nous n’avons pas fini de découvrir nos énormes vulnérabilités.

      1. Votre tableau est encore plus effrayant si on se rappelle que, la Hague étant une usine de séparation chimique de combustible nucléaire, elle accumule des dizaines de tonnes de plutonium Pu.
        2 masses de 7 à 8 kg de Pu vivement rapprochées l’une de l’autre suffisent à créer une bombe nucléaire. Si elles sont rapprochées lentement, on obtiens une machine à irradiations, intenses et à longue distance.

        1. « 2 masses de 7 à 8 kg de Pu vivement rapprochées l’une de l’autre suffisent à créer une bombe nucléaire. »

          Rendons hommage aux mânes, légèrement radioactives, de Louis Slotin qui mourut d’un syndrome d’irradiation aigüe en 1946 à Los Alamos, où à la suite d’une erreur de manipulation il provoqua le rapprochement fatal de deux masses subcritiques de plutonium (il sacrifia volontairement sa vie, et calmement d’après les autres personnes présentent dans le laboratoire, en écartant à mains nues les deux masses de Pu239 !). En anglois la chose se dit jouer avec le cœur du démon (Demon core), en français jouer avec la queue du dragon et en langage courant tu l’as bien cherché !

          La première bombe A, si on excepte Trinity (pas celle de Matrix, l’autre bombe, celle du Nouveau-Mexique), était d’ailleurs basée sur le principe extrêmement simple – mais ô combien dangereux – qui consistait à l’aide d’explosifs classiques à précipiter deux masses subcritiques l’une contre l’autre. Si Paul Tibbets le commandant de l’Enola Gay avait foiré son décollage en se crashant en bout de piste, il n’est d’ailleurs pas certain que Little Boy, même armé qu’une fois en vol, n’aurait pas explosé.

          Bon voilà, c’était mes deux minutes de pédanterie.

  2. “ce mois de mars 2020 se classe à la quatrième place des mois de mars les plus chauds depuis que les relevés météos existent.”

    Bonjour,
    Oui, le réchauffement se poursuit et paradoxalement l’épisode Covid19 sera particulièrement instructif quant aux conséquences de la réduction de la pollution sur les températures.
    La réduction au niveau mondial des particules en suspension devrait favoriser le rayonnement solaire et donc les températures relevées durant cette période devraient être hors normes. Nous verrons bien ce qu’il en sera pour les mois à venir même si toute conclusion serait hâtive compte tenu des incertitudes liées à l’étroitesse de la période considérée.

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