La dislocation de l’Europe fait un grand pas

Un rebondissement est-il possible ? Rien n’y a fait, les ministres de l’Eurogroupe se sont séparés au petit matin sans avoir rapproché les bords de la plaie. Le représentant du gouvernement hollandais a fait échouer la référence à l’émission d’euro-obligations qu’exigeait son collègue italien ainsi que la suppression de toute conditionnalité attachée aux prêts du Mécanisme européen de stabilité.

Même la vague référence à des « instruments financiers innovants » à laquelle le représentant du gouvernement allemand Olaf Scholz était prêt à se rallier s’est révélé inacceptable, trop explicite pour le ministre hollandais Wopke Hoekstra, trop peu pour le représentant italien Roberto Gualtieri. Quoi que l’on puisse penser de la solution des euro-obligations, qui ne sont que des traites sur l’avenir, l’échec de cette réunion de l’Eurogroupe sur fond de désastre économique va avoir de très lourdes conséquences.

Ne se résolvant pas à l’échec, Mario Centeno qui préside l’Eurogroupe a annoncé que sa réunion reprendrait jeudi et qu’elle n’était que « suspendue ». Il tente de sauver la création d’un « filet de sécurité » a minima en attendant de définir « un plan de relance important ». Bruno Le Maire, le ministre français, a appelé à « être à la hauteur des enjeux exceptionnels », tout en proposant un « fonds de relance » émettant de la dette commune mais qui ne pourrait financer que l’essentiel, la santé et les filières menacées. De son côté, Olaf Scholz, maintenant son refus catégorique des euro-obligations, s’est déclaré en faveur d’un « bon compromis ».

Les chefs d’État et de gouvernement, qui manœuvrent en coulisses en attendant de se réunir en sommet, en sont pour leurs frais, la situation leur échappant des mains. Quel peut être l’épisode suivant s’ils ne montent pas sur le pont, arrachant entre eux un compromis qui ne répondra pas aux exigences économiques mais aussi politiques de la situation ?

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3 réflexions au sujet de « La dislocation de l’Europe fait un grand pas »

  1. Au point où nous sommes rendus, l’organisation européenne apparaît comme un obstacle à une action collective rationnelle.

    Plus, elle est non-réformable, incapable de peser ses responsabilités, un cul de plomb sans espoir. Une belle machine bureaucratique, il faut lui reconnaître cette qualité. Mais sans rendement.

    L’intérêt collectif serait peut-être qu’elle disparaisse rapidement et sans drame. Ou bien la soumettre à une cure d’amaigrissement sérieuse, qu’elle reste un organisme normatif et consultatif sans objectifs politiques qu’elle usurpe actuellement. Dégraisser le mammouth européen pourrait devenir un mot d’ordre politique populaire.

    Des élus, hommes et femmes de bonne volonté animés d’un esprit de coopération, dans une organisation informelle, en tout cas légère, obtiendraient de meilleurs résultats.
    Ce type d’organisation non bureaucratique était justement l’idéal de Jean Monnet. Il l’a défendue et mise en pratique avec succès durant toute sa vie publique.

  2. Cela étant, les Banques Centrales achètent chacune à tour de bras les dettes des autres pays européens, dans le cadre d’un accord stabilisant les spreads. Chacun peut donc émettre de la dette de son côté, que les autres achètent au gré de leurs envies et besoins d’unifier leurs paquets de dettes des autres mélangées aux leurs. Chacun affiche donc en public une façade bien rigide qu’il s’empresse d’enjamber en privé. Ça revient au même. Par contre, l’effet de levier individuel est bien moins important que s’il était collectif : le prix de la dette est plus élevé, et encore cela reste à prouver… au final tout le monde paye. Ne parlons pas de l’impact d’image qui est désastreux et qui laissera des traces. Mais c’est ainsi : unis en coulisse, désunis en public.

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