Quand le pétrole ne se porte pas comme un charme

L’attention est focalisée sur le très bas prix du pétrole sur le marché mondial, un indicateur de toujours, mais le pire est-il intervenu ? Un rebond a certes salué les démarches de Donald Trump qui cherche à obtenir une baisse de la production pour faire remonter les cours. Il était sous la pression d’une intense campagne de lobbying qui réclamait des sanctions contre Riyad et Moscou, mais leur résultat se fait attendre. En tout état de cause, la médiation ne sera pas suffisante pour calmer le jeu étant donné l’ampleur de la chute de la demande.

La guerre des prix engagée par ces deux grands acteurs du marché afin de prendre à contrepied les exploitants de gaz de schiste américains lourdement endettés n’est pas seule à l’origine de la baisse brutale des prix, il s’en faut. L’écroulement de la demande dû à la forte diminution des activités économiques n’avait pas été prévue par ses initiateurs. Les producteurs américains ont bien tenté de compenser la baisse des prix en augmentant le volume de leur production, afin de contenir la diminution de leurs ventes et de leurs rentrées, mais rien n’y a fait. Ils sont pris à la gorge, le prix du pétrole étant inférieur à leurs coûts d’extraction et ils doivent être financièrement soutenus. Dans le monde entier, les producteurs sont engagés dans un même bradage. Certaines qualités de pétrole ont même connu des prix négatifs, les exploitants incités à payer pour céder leur production…

Sans en arriver jusque-là, ils vont néanmoins rencontrer à court terme un sérieux problème : la pénurie de moyens de stockage pour leur production qui ne trouve pas preneur, y compris en utilisant la flotte de tankers. Afin de faire face, celle-ci devrait être réduite de plus de 20 millions de barils par jour, soit le total de la production de l’Arabie saoudite et de la Russie, selon Goldman Sachs. Mais la question est posée, que vont bien pouvoir faire les exploitants sinon finir par stopper leurs extractions ?

N’est-ce qu’un mauvais moment à passer pour l’industrie des hydrocarbures ? Comme toujours, il ne manque pas d’experts pour l’affirmer, mais ils ne sont pas en mesure de déterminer combien de temps il va durer ni les conséquences qui résulteront de la chute des recettes budgétaires. Celles-ci s’effondrent dans de nombreux pays où elles sont essentielles. Algérie, Venezuela, Angola, Nigeria, Iran, Irak, Équateur… la liste en est longue. Le FMI et la Banque mondiale vont avoir fort à faire. Mais, encore une fois, les prêts qui seront consentis devront être un jour remboursés.

Voilà qui donne un aperçu des situations inédites dans lesquelles le monde est plongé. Avec à la clé, dans tous les secteurs économiques, une même question : combien de temps faudra-t-il, le moment venu, pour remonter la pente ? On sait déjà que des secteurs particulièrement touchés, comme le tourisme et les loisirs, ne se rétabliront que très progressivement, au rythme des étapes du déconfinement quand il débutera. Dans l’immédiat, l’objectif n’est plus de protéger l’économie dans son ensemble mais de garantir les services essentiels, plus facile à faire dans les pays « développés » que dans les autres !

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23 réflexions au sujet de « Quand le pétrole ne se porte pas comme un charme »

  1. Tous les États emmenés par de clairvoyants leaders mutualisèrent alors leurs ressources pour, profitant de la crise, sortir de la civilisation du pétrole en investissement massivement dans les énergies renouvelables. Le chantier fut planétaire et dura plusieurs décennies, mais il en sortie une civilisation nouvelle, celle d’une Humanité unifiée.

    Sauf que nous sommes sur la planète des Shadocks. Nous allons donc, – quoi qu’il en coûte – tout faire pour recommencer à pomper comme avant et voir grimper à nouveau les bénéfices des majors pétrolières et la température globale.

  2. Vous êtes dans l’immédiat, et que vous dire sinon que les armées ne se meuvent pas à l’éolienne !

    Trump n’a pas été à Ryad en  » médiateur « , ce n’est pas le genre de la maison, il a été , comme toujours pour l’impérialisme US, mettre certain points sur les i vis à vis de ce vassal turbulent.

    Les cours du pétrole sont entrain de remonter.

    La prochaine fois, ce n’est pas lui qui se déplacera, mais ses armées…

    Aucune civilisation ne se détruit par elle-même.

    La,civilisation du pétrole a de beau jour devant elle.

    L’age d’or du genre humain sera le jour où le pétrole n’aura plus de valeur.

    1. Effectivement, nous savons depuis Clemenceau que le pétrole est le sang des armées. Mais en quoi cette évidence doit-elle nous empêcher de décarboner de toute urgence notre agriculture, nos industries, nos moyens de transport et de production d’énergie ?

      Quant à dire qu’aucune civilisation ne se détruit pas elle-même je vous trouve bien optimiste. Nous avons tous commencé à sentir les effets du changement climatique au travers des modifications de notre environnement proche et de la baisse drastique de la biodiversité. Et si nous sommes, ici en Europe, confinés chez nous en cet instant même, n’est-ce pas à cause de la déforestation qui à l’autre bout du monde à détruit l’habitat des animaux sauvages et de ce fait, favorisée la circulation et la mutation de nouveaux pathogènes ?

      Alors oui, aucun doute que notre civilisation survivra au Covid-19. Mais je ne pense pas qu’elle puisse survivre dans un monde à +5 ou +7° Celsius.

      Heureusement, comme vous le faite remarquer très justement, les armées seront là en dernier recours pour abréger nos souffrance dans le cadre de la lutte du tous contre tous pour le dernier point d’eau potable.

      En bon Shadock, continuons donc à pomper. Ça ne fonctionne absolument pas, c’est même parfaitement suicidaire, mais comme nous ne savons pas faire autre chose…

        1. Toute notre société est effectivement basée sur le pétrole. C’est le point Un.

          L’extractivisme forcené, et pas uniquement celui du pétrole, nous conduit à un monde invivable. C’est le point Deux.

          Certaines des plus récentes projections du GIEC nous situent seulement à une poignée d’années de l’entrée du système climatique en territoires inconnus. Les fameux points de basculement où le climat pourrait s’emballer en rendant impossible l’agriculture sur de larges portions de la planète. Le temps compté est donc le point Trois.

          Alors comme aucune armée ne peut vaincre les lois de la thermodynamique, qu’aucun Parlement ne peut les amender et que je crois savoir que vous appréciez les citations, je vous propose celle-ci :

          Même si le combat est sans espoir l’espoir réside quand même dans le combat.

          1. Corona virus war, drug war, petrol war.

            Mercredi dernier la Maison-Blanche a tenu un « Full White House briefing » de près de 2H. sur le thème : – coronavirus task force –

            https://www.youtube.com/watch?v=AEEamSWwynE

            Confortant l’annonce de Donald Trump, Marc Milley, (Général en chef de l’armée américaine depuis septembre dernier) vient de lancer une très importante opération aéronavale antivirus et antidrogue dans les caraïbes et dans le Pacifique.

            Le ton de Milley est radicalement martial, et Mark Esper désigne explicitement Maduro comme responsable du trafic de drogues.

            https://www.youtube.com/watch?time_continue=42&v=Z6TiLu_Aimc&feature=emb_logo

            Je suis un peu étonné de l’ampleur du dispositif militaire mis en place pour lutter contre les cartels et le coronavirus …
            ( Faut-il mettre en parallèle le fait le Venezuela détient les plus grandes réserves de pétrole encore inexploitées de la planète, alors que d’évidence l’effondrement de la pyramide Ponzi du shale oil (bien analysée depuis au moins trois-quatre an) est avérée ?

            Dans les premières minute, de façon totalement en apprence hors propos, le conseillé à la sécurité o’ Brien déclare : « We will work with the world’s largest oil producers to adress volatily in global oil markets »

            PS . Si l’un d’entre nous a accès à une version écrite de cette conférence, je pense ce que serait bien de la mettre en ligne pour y voir plus clair. (Trump réaborde la question du pétrole à 58.40)

          2. Remarks by President Trump, Vice President Pence, and Members of the Coronavirus Task Force in Press Briefing
            https://www.whitehouse.gov/briefings-statements/remarks-president-trump-vice-president-pence-members-coronavirus-task-force-press-briefing-16/

            La première impression est que tous ces braves gens récitent leur petit bréviaire du capitalisme du désastre. La moitié de la planète étant confinée, toute son attention portée sur son nombril, c’est donc le moment de pousser ses pions pour chasser Maduro du pouvoir.

            Vont-ils aller jusqu’à nous faire un remake de « l’attaque du golfe du Tonkin » en 64 en provoquant les forces armées vénézuéliennes, voire en activant des partisans anti-Maduro sur place ?

            Comme l’avait fait remarquer très justement un membre de l’administration Bush Junior, attaquer l’Irak au prétexte du 11/09, c’est comme si les États-Unis avaient envahi le Mexique au lendemain de Pearl-Arbor. Alors pourquoi se priver et ne pas recommencer avec le Venezuela au prétexte de guerre contre la drogue ?

            Pas évident de se mettre dans la tête des sociopathes, mais peut-être certains pensent-ils qu’une guerre facile et rapide (comme le Viêt-Nam, comme l’Afghanistan, comme l’Irak, etc) contre les cocos basanés vendeurs de drogue, aidera à oublier quelque peu la dépression économique et la catastrophe sanitaire qui s’annonce ? Après tout, même si la campagne électorale est quasiment suspendue, les élections arrivent très vite.

            Yipeekaï…..

            PS : Quels sont les effets du Covid-19 sur un bâtiment de guerre où les personnels vivent et travaillent avec une « distanciation sociale » de quelques centimètres ?
            https://www.courrierinternational.com/article/sanction-covid-19-bord-dun-porte-avions-americain-le-capitaine-lanceur-dalerte-releve-de-ses

          3. C’est au plus étroit du défilé que la vallée commence.

            Nous n’y sommes pas !

            La tâche du moment est de regrouper une avant garde communiste, forte de ses différences.

          4. Si l’avant garde communiste forte de ses différences peut abolir les lois de la thermodynamique, c’est d’accord pour moi !

  3. Merci Roberto,

    Encore quelques semaines et nous verrons à quel « deal » rêve Trump.

    Je cite le passage du texte de la conférence :

    « I’m going to meet with the oil companies on Friday. I’m going to meet with independent oil producers also on Friday or Saturday, maybe Sunday. But we’re having a lot of meetings on it. I think I know what to do to solve it. But if — if they’re unable to solve it, then I think I know what to do to solve it.

    Q Can you give us a glimpse of what direction —

    THE PRESIDENT: We won’t mention it now, but it’s tough. I think I know what to do to solve it. We don’t want to lose our great oil companies. You know, we’re the number one producer of oil in the world. And a month ago, when you said that, it was great. Today, when you say it, it’s not so meaningful.
    But I do believe there’s a way that that can be solved or pretty well solved. And I’d rather not do that. I think that Russia and Saudi Arabia, at some point, are going to make a deal in the not-too-distant future because it’s very bad for Russia. It’s very bad for Saudi Arabia. It’s very bad. I mean, it’s bad for both, so I think they’re going to make a deal.
    You know, the free market is a wonderful thing. It’s amazing how it can work. But I think they’re going to make a deal. »

    Commentaire:
    Sur le plan « pétrole », je ne vois plus ce que Trump peut encore négocier avec Putin, puisque le -Nord Stream II – est désiré par les Allemands et qu’il sera achevé dans l’année. Selon diverses analyses, même avec des prix très bas pendant cinq ans, les oligarques russes du pétrole, Rostnefr,Gazprom, Lukoil et les autres , s’en sortiront mieux que l’industrie pétrolière US.

    1. I think I know what to do to solve it, nous dit le Donald. Et aussi terrifiant que cela soit, il dit peut-être la vérité pour une fois.

      En effet, il n’est pas certain que la Russie, meilleure ennemie certifiée d’utilité publique depuis 1917, soit vraiment le problème dans ce cas précis.

      C’est plutôt MBS (le Saoudien, pas les créances hypothécaires titrisées) qui marque la véritable rupture, celle de l’accord pétrole contre sécurité passé entre Roosevelt et Ibn Saoud en 45 sur l’USS Quincy. Chose incroyable, un des pires régime politique de la planète mais qui a le bon gout d’être assis sur de gigantesques réserves pétrolières et d’acheter des armes dont il ne sait que faire (ni utiliser correctement d’ailleurs), n’obéit plus aux intérêts géostratégiques américains et pire, lui déclare la guerre des prix avec la quasi-complicité de la Russie.

      Pour le coup, on peut vraiment dire que l’ordre mondiale post-45 est définitivement mort et enterré. Que reste-t-il comme alliés fiables aux États-Unis à part la poussière des émirats locaux ? Ils ont perdu l’Iran en 1978 et détruit méthodiquement l’Irak depuis 1991.

      Alors ?

      Alors Trump est coincé. Il sait qu’il ne peut pas sauver son pétrole de schiste, si Russie et Arabie Saoudite s’allient de concert contre lui.

      Est-ce là alors l’origine des soudains bruits de bottes en Amérique latine, faire tomber le Venezuela et ses gigantesques réserves pétrolières dans l’orbite américaine ? Remplacer l’allié Saoudien par le Vénézulien ? Une carte maitresse, car l’alliance de la carpe russe et du lapin saoudien ne devrait pas tenir plus de 4/5 ans avec un prix du baril aussi bas.

      En tout cas une chose est certaine, non seulement les réserves vénézuéliennes sont probablement plus importantes que les saoudiennes, mais en plus tout l’appareil de production est complétement obsolète et nécessite d’être refait totalement.

      Peut-être qu’à Dallas et à Washington beaucoup se disent que cela vaut bien une « petite » guerre. Pardon, une intervention pour rétablir la démocratie.

      JR doit en faire des loopings dans sa tombe !

          1. Le Venezuela est dans l’arrière-cour américaine mais clairement en dehors de la zone de projection de la Russie. Qui plus est, Moscou se sait depuis des siècles une puissance pauvre et sait agir en conséquence. Agir frontalement si loin de ses bases, contre ce qui reste, et de loin, la première puissance militaire mondiale serait, outre le risque d’une escalade incontrôlée, l’assurance de subir une véritable humiliation.

            Par contre il est certain que Maduro chassé du pouvoir et remplacé par un régime soumis à Washington, les rôles s’inverserait et Moscou remplacerait au pied levé la CIA dans le rôle du déstabilisateur en chef.

  4. « …Si l’avant garde communiste forte de ses différences peut abolir les lois de la thermodynamique, c’est d’accord pour moi !… »

    Le marxisme n’est pas charlatanisme Roberto, un programme révolutionnaire conséquent n’a pas pour objet de promettre d’abolir quoi que ce soit.

    Le déterminisme historique ce n’est pas ça, c’est la certitude que même si le combat est sans espoir, l’espoir réside quand même dans le combat.

    Bon week end dans une planète un peu plus propre depuis quelques semaines.

    Les décroissants en rêvaient, ce coronavirus leur offre une victoire à la Pyrrhus !

    1. Eninel je suis heureux que ma citation vous ait plu.

      Mais l’avant-garde éclairée et internationaliste, nous l’avons déjà au pouvoir. L’International des riches, ça marche (enfin, jusqu’à présent).

      Qui d’autres que les milliardaires ont une meilleure conscience de classe, qui d’autres que la finance mondialisée se moquent des frontières ? (regardez la liste des Panama papers et vous verrez que l‘argent y vient de tous les continents, que le Texan y côtoie le parisien mais également le moscovite).

      Quel intérêt pour l’Humanité de remplacer une soi-disant élite, en clair des criminels, par une autre ?

      Mais ne vous méprenez pas, je vous fais crédit sans aucune arrière-pensée de votre sincérité. Simplement nous devons faire avec ce que nous sommes et non pas avec ce que nous rêvons d’être…

      En clair, le pouvoir est un poison pour nous autres primates sociaux. Sans verser dans le religieux, on peut même parler de malédiction. Ça n’est pas pour rien que le vieux Gandalf a refusé
      la proposition de Frodon de porter l’Anneau de pouvoir. Il savait qu’aussi fort et sage fût-il, il n’y résisterait pas et qu’il finirait par faire passer Sauron pour un hippie fumeur de joints 😉

      Et puis vous pouvez considérer que je vous sauve peut-être la vie ! En notre époque incertaine où l’improbable peut arriver (la chiure de chauve-souris qui paralyse l’économie mondiale et emmure la moitié de la planète), vous pouvez rêver de prendre le pouvoir ici ou ailleurs. Et dans ce cas, extraordinaire mais pas impossible, en tant qu’honnête révolutionnaire communiste, vous serez – loin devant les capitalistes – le principal ennemi à abattre pour ceux de vos « compagnons » qui veulent le pouvoir pour le pouvoir.

      Donc, frappées de l’étoile rouge, du dollar ou du donut cosmique, les zélites, non merci !

  5. Merci pour cet article. Merci aussi d’accueillir un point de vue un peu différent.
    La demande de brut ne pourra pas reprendre avant un délai très long. Même si une reprise se manifeste elle se fera avec des secousses car les diverses zones économiques seront sur des temps différents. Les différents instruments de l’orchestre de la mondialisation dite « heureuse » étaient dans la concordance imposée par le zéro stock et le zéro délai. Après la crise, les joueurs devront s’ajuster et cela demandera du temps. Au delà, ll y a, et il y aura des stocks gigantesques de brut et produits raffinés que l’on continue d’accroitre, comme on peut, en mobilisant tous les « récipients » possibles. L’effondrement est donc durable.
    Toutefois je me pose une question. Dans les années 70, après 25 années de parfaite stabilité d’un prix mondial administrativement fixé depuis le golfe du Mexique, il a semblé qu’il n’y avait plus de limite à la hausse de la rente pétrolière. Aujourd’hui il n’y a plus d’oligopole coordonné et les pays producteurs sont à priori tous victimes d’un marché durablement amoindri. Tous ont construit un Etat dépensier à partir de la rente….sauf les USA devenus premier producteur mondial en quelques années. Dans les années 70 le gouvernement fédéral taxait les « windfall profits » (profits tombées du ciel) des pétroliers américains, gouvernement qui taxait ainsi la rente différentielle entre le cours mondial du brut et les couts des gisements américains.
    Ne peut-on imaginer un gouvernement fédéral protégeant des pétroliers américains en imposant un prix de vente permettant de couvrir l’ensemble des couts, soit entre 30 et 35 dollars le baril? De quoi ne pas tuer cette industrie disposant d’un très large marché intérieur et qui jusqu’ici n’exportait que fort peu?
    Comprenons bien que les autres pays producteurs ne pourraient en aucune façon dupliquer une telle politique puisque le surplus impérativement exportable ne serait pas agrandi pour autant. Il faudrait retrouver le monopole coordonné…au prix d’une augmentation prévisible des parts de marchés de l’huile américaine qui deviendrait trop compétitive à l’exportation pour ne pas grignoter les accords au sein du monopole coordonné…
    Il y a je pense dans cette question pétrolière une asymétrie importante qui fait que la rente disparait chez tous les pays producteurs…sauf un qui n’en jouissait pas, les USA. En sorte que la crise est gérable pour les USA et beaucoup plus complexe pour les autres. Ce qui fait aussi imaginer que la crise pétrolière pourrait être agent catalyseur de la démondialisation

    1. Les producteurs de gaz de schiste américain auront dans l’immédiat le soutien financier qui leur permettra de ne pas sombrer, en espérant des jours meilleurs et en les attendant…

  6. Jean Claude

    Votre réflexion oblige à élargir l’approche sur un mode plus « systémique », puisqu’il est vrai que les USA sont autosuffisants en pétrole. Dans ce cadre en effet, l’industrie du schiste peut être sauvée, de l’intérieur pour l’intérieur, par une « modeste » subvention qui permettrait de maintenir les puits en activité à leur prix d’extraction.

    Michel DELARCHE exposait la complexité de l’appréciation du prix d’extraction dans une série de trois billets parus dans Médiapart (les liens sont donnés ci-dessous, accompagnés de leur « abstract »).

    Vous prenez pour hypothèse que ce coût se situerait entre 30 et 35 dollars, or il y a plusieurs façons de calculer ce prix soit en instantané, soit sur l’ensemble de la durée du cycle. M Delarche avance une fourchette se situant entre 60 et 90 dollars, même si certains sites privilégiés ont un coût marginal « instantané » entre 10 et 35.

    À ceci s’ajoute un fait nouveau : les puits ont un rendement rapidement décroissant, ce qui exige de creuser « à côté » et a pour effet de diminuer le rendement du premier. Un troisième facteur est qu’à l’inverse des techniques conventionnelles pour lesquelles « quand c’est creusé ça rend longtemps), le shale oil demande de poursuivre l’investissement tout au long de l’exploitation du gisement, et donc de réunir du capital à risque, lequel sera nécessairement plus cher dans la phase actuelle.

    ARTICLES DE M. DELARCHE

    Le pétrole de schiste est-il rentable ? (1/3)

    Un récent article de Martine Orange ayant provoqué des échanges contradictoires quant à la rentabilité économique de l’extraction du pétrole de schiste, voici quelques éléments permettant de mieux appréhender de quoi on parle et de prendre conscience de la complexité du sujet.
    https://blogs.mediapart.fr/michel-delarche/blog/150719/le-petrole-de-schiste-est-il-rentable-13

    Le pétrole de schiste est-il rentable ? (2/3)

    L’évaluation de la rentabilité de l’extraction non conventionnelle est compliquée par le caractère non linéaire du rendement des forages horizontaux et de la fracturation. En exploitation traditionnelle, le débit d’un puits décroît linéairement avec le temps.

    https://blogs.mediapart.fr/michel-delarche/blog/150719/le-petrole-de-schiste-est-il-rentable-23

    Le pétrole de schiste est-il rentable? (3/3)

    Aux cours actuels du pétrole, la rentabilité de ce type d’extraction reste négative ou au mieux faiblement positive et la prochaine crise financière risque de démontrer la fragilité d’une industrie qui repose encore sur une montagne de dette.

    https://blogs.mediapart.fr/michel-delarche/blog/160719/le-petrole-de-schiste-est-il-rentable-33-3

    §§§
    Commentaire : (pour la suite, je ne plongerai pas dans le détail des analyses de M. Delarge) ; un second niveau d’incertitude serait de savoir si l’entourage de Trump l’informe correctement de la complexité situation pétrolière/financière intérieure et s’il est vraiment prêt pour le « deal » de la semaine prochaine. J’ai le sentiment que le miracle économique Trumpien repose sur le ponzi du gaz de schiste.

    Question : le Capital est-il proche de sa Roche Tarpéienne, je me demande bien comment les USA ont épongé le programme TARP $21 Billions en 2013 ?

  7. Je crois que cette crise pétrolière va nous faire devoir modifier nos réflexes les mieux ancrés…

    Dans ce cas d’espèce, les USA n’exportent pas ou peu et continuent d’importer marginalement du pétrole lourd.

    La situation de la Russie et de l’Arabie Saoudite sont, en première analyse, identiques : exportateurs enragés. Outre gagner des parts de marché, ils ont un objectif commun : tuer le pétrole de schiste US, déjà déficitaire et en survie économique depuis quatre ans environ. On peut sans doute avancer que l’objectif interne des Russes est de punir les USA des sanctions anti-russes prises par les USA bien avant la mainmise sur la Crimée. Les prédictions sur la réélection de Trump sont trop indécises pour s’y hasarder, influences russes indirectes ou pas.

    Dans ces conditions, ce que font ou ne font pas les USA n’a pas grande importance, sauf s’ils en viennent à leurs solutions habituelles : coup d’état et guerre. Pour l’instant, elles peuvent être écartées comme improbables. Et c’est naturellement souhaitable. Ils peuvent encore agir sur l’Arabie Saoudite. Cependant, cette alliée semble rétive à sacrifier ses espoirs de gain au profit des USA. De même il ne semble pas que les contacts entre Mnuchin et Trump avec leurs interlocuteurs russes soient productifs.

    Reste à savoir qui aura la plus grande résilience. Les Russes proclament qu’ils ont tous les atouts. Selon eux, la baisse du rouble, actée par eux et non par lemarché, et leur réserve leur assurent de 6 à 10 ans d’autonomie sans sacrifier les investissements, y compris sociaux. Ils ont en outre avec la Chine un puits sans fond désireux d’absorber une grande partie de ce qui est extrait du sous-sol russe.

    L’Arabie Saoudite ne semble pas dans une situation aussi favorable. Pas du tout. De toute façon, il faudra que la production s’adapte aux volumes de la demande, en baisse, pour d ‘évidentes raisons. Ce pays en sera d’autant plus pénalisé.

    En ce qui concerne le pétrole, l’équation est politique, la finance n’intervenant que comme outil annexe. Dans ce jeu, les USA sont menés à la marque. Ils ont trop de points faibles. Il va falloir faire son deuil des USA comme acteur mondial, au moins pour le pétrole et pour le proche avenir.
    De là, l’amorce d’une dé-mondialisation? C’est, peut-être, un indice.

    1. …. »  » ce que font ou ne font pas les USA n’a pas grande importance, sauf s’ils en viennent à leurs solutions habituelles : coup d’état et guerre. Pour l’instant, elles peuvent être écartées comme improbables . »  » …
      A noter , au cas où , cette juxtaposition d’information issue du blog-« père » : ((Jacques Seignan 4 avril 2020 à 13 h 50 min))
       » Parfois nous avons tous les éléments sous les yeux mais nous ne savons pas les associer en conséquences possibles pouvant devenir, rétrospectivement, tellement évidentes.  » :
      1) – Maduro inculpé pour trafic de drogue par les É.-U.
      https://www.courrierinternational.com/article/venezuela-nicolas-maduro-inculpe-de-trafic-de-drogue-aux-etats-unis
      2) – Trump envoie une partie de sa marine de guerre dans les Caraïbes.
      https://www.20minutes.fr/monde/2753307-20200402-etats-unis-donald-trump-annonce-vaste-operation-antidrogue-amerique-latine

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