Économie de guerre en temps de paix

La progression de la pandémie est selon l’OMS exponentielle malgré les mesures de confinement qui concernent maintenant la moitié de la population mondiale. Aux États-Unis, l’activité économique chute comme une pierre et dix millions d’américains se sont inscrits au chômage en deux semaines. Faut-il en rajouter pour souligner que nous vivons une économie de guerre en temps de paix ? D’où l’appel de plus en plus entendu au lancement du « plan Marshall » de l’après-guerre.

Le chômage de masse devient à son tour une menace économique en raison de la chute de la consommation qui en résulte, et donc du PIB, ainsi que de ses effets sur les budgets des États et leur endettement. Les économistes ont habituellement le choix entre les chocs d’offre et de demande, or les deux sont en train de s’effondrer simultanément.

Joseph Schumpeter a théorisé la « destruction créatrice » en référence au processus de disparition de certaines activités et d’apparition d’autres en remplacement, mais la destruction en cours n’a rien de créatrice. Rien ne sert de se raccrocher à l’espoir d’une crise rapide en « V », ou de croire que l’appareil de production est simplement gelé, et qu’il suffira que le dégel intervienne.

Une stratégie de déconfinement est requise, la relance de l’activité ne va pas aller sans mal et sera également progressive. Et s’il est possible d’établir des scénarios mesurant l’importance de la récession, trancher entre ceux-ci ne l’est pas. Cela dépend d’une inconnue, la durée de la pandémie, ainsi que d’un autre facteur temps, celui nécessaire à la relance pour retrouver un régime d’activité « normal ». Et, dans l’immédiat, il est à craindre que certains pays ne s’effondrent littéralement, et que dans d’autres le maintien des activités dites « essentielles » soit compromis. Ainsi que l’apparition de la famine si la rupture des chaînes d’approvisionnement alimentaire intervient.

S’il devient difficile de mesurer la résistance du système financier au choc d’une profonde récession mondiale, même en tenant compte du soutien massif des banques centrales (*), il est acquis que l’endettement global va s’approfondir, en particulier celui des États. Il sera de moins en moins soutenable et les efforts déployés par les banques centrales pour contenir les taux seront soumis à rude épreuve.

Le débat se développe à propos de la nécessité de recourir à la monétisation de la dette, mais en réalité elle est déjà en cours avec les achats obligataires des banques centrales ! Celles-ci ont pénétré dans des territoires inconnus et s’y enfoncent, l’adoption de taux négatifs par certaines n’était qu’une entrée en matière. Le système financier était déjà hypertrophié, une part grandissante des actifs va désormais être détenue par les banques centrales, à la japonaise. Nul ne sait où cela peut mener.

Une restructuration d’ampleur de la dette sera-t-elle évitable ? Où placer le curseur si c’est le cas ? comment déterminer ce qui ne sera pas remboursé ? Quels créanciers en feront les frais ? Le système financier pourra-t-il s’en accommoder, ou faudra-t-il que les banques centrales prennent à leur compte les titres sélectionnés et les échangent avec des nouvelles obligations éternelles et sans intérêt ?

Question annexe : quelles seront les conséquences politiques de ce qui se prépare ?

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(*) Après avoir ouvert des lignes de swap aux grandes banques centrales étrangères afin qu’elles puissent fournir des dollars, la Fed intervient désormais mondialement en plus grand. Les institutions internationales en compte vont pouvoir échanger leurs titres du trésor américain contre du cash. Ce qui va leur permettre de se désengager de la dette américaine, la Fed augmentant d’autant la part de la dette américaine qu’elle détient. On y reviendra.

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