BlackRock et la Fed ont de puissants intérêts communs, offrant un éclairage saisissant

Il ne faudrait pas que le système financier passe à l’as dans tout cela. Les impressionnants soubresauts des places boursières momentanément calmés, tout n’est pas réglé en son sein pour autant. À l’habitude, la Fed a répondu à la crise de liquidité en injectant massivement des capitaux, mais la contagion de la crise économique à l’activité financière grandit, alors que les risques financiers se manifestent sur un mode qui n’est pas identique à la fois d’avant.

La Fed les suit au plus près et vient de faire coup double en s’associant avec BlackRock, le méga fonds d’investissement qui gère 7.000 milliards de dollars d’actifs. D’une part, elle manquait de savoir-faire pour exécuter en minorant les risques un pan de son nouveau paquet de mesures concernant ses trois programmes d’achat, ceux d’obligations des entreprises, de Mortgage-backed Security (MBS), les titres de la dette hypothécaire. Et BlackRock, qui n’est pas manchot en la matière, était un partenaire en quelque sorte naturel pour la conseiller. D’autre part, elle va soutenir indirectement BlackRock, qui n’a pas accès à ses guichets, par ses achats d’Exchange Traded Funds (ETF) émis par les soins du fonds.

Il y a du sauvetage déguisé dans l’air, car si BlackRock devait faire face à un retrait massif des investisseurs devant la baisse des cours d’ETF qui répliquent le comportement de leurs sous-jacent – des actions d’entreprise en chute libre par exemple – il y aurait du souci à se faire. Ses disponibilités pourraient ne pas être suffisantes, ce qui l’obligerait à vendre en catastrophe ses actions dans les grandes entreprises, accentuant en retour la baisse de leur cours. Vu les volumes potentiels, l’engrenage serait redoutable, les banques étant touchées au passage.

En défense de l’accord passé la Fed mobilise à ses côtés le Financial Market Advisory, la structure de BlackRock spécialisée en conseil et qui en a déjà prodigué à la BCE et au Trésor britannique, et cela fait jaser. Les concurrents du fonds dénoncent le conflit d’intérêt potentiel. Qu’est-ce qui, dans ces conditions, empêchera BlackRock de conseiller à la Fed d’acheter ses propres ETF, sur les premiers et second marché comme annoncé, au détriment de ceux qu’ils ont eux-mêmes en gestion ? De fait, ils n’ont pas vraiment tort si l’on observe la hausse subite de certains ETF phares de BlackRock.

La morale de l’histoire s’impose. Lors de la précédente crise il fallait sauver à tout prix les mégabanques en raison de leur grande systémicité, puis elles ont été régulées (les assouplissements sont en cours aux États-Unis et en Europe) ; dans le cadre de l’actuelle, les grands fonds d’investissement représentent le risque principal, et ils ne sont pas régulés après avoir tout fait pour l’éviter. On ne parle plus du « shadow banking » et de ses dangers, or ils en sont devenus de loin la plus grosse composante.

Donc, merci la Fed !

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