La cigale et la fourmi, nouvelle saison

Les pays européens sont désormais rangés en deux camps opposés, ceux qui appellent à l’émission de corona-obligations et ceux qui s’y refusent. L’argument massue de ces derniers était qu’il fallait être comme eux prévoyant et disposer de ce fait de réserves, ce qui nous rappelle une certaine fable. Tandis que ceux qui veulent aller de l’avant avancent des considérations morales et font valoir que si aucun pays n’est responsable du choc actuel, tous en subiront les conséquences.

Ces camps sont-ils irréductibles ? Jusqu’où chacun d’entre eux est-il prêt à aller ? Les neuf gouvernements signataires de l’appel pourraient décider d’entamer une coopération rapprochée entre eux, émettre en commun des obligations et demander à la BCE de s’en porter acquéreur, mettant celle-ci dans une position intenable. Une dynamique serait engagée qui pourrait, en cas de vive réaction de l’autre camp, aboutir à un éclatement de la zone euro.

Devant une telle perspective, les choses ne devraient pas en venir à de telles extrémités. Les « Neuf » pourraient se contenter de prendre date et les deux camps adopter un compromis tournant autour d’une activation du Mécanisme européen de stabilité (MES). Une mesure qui serait plus ou moins redondante avec le programme d’urgence que celle-ci a adopté, et qui de surcroît laisserait intacte la menace représentée par l’Italie, avec le risque pour les investisseurs qui répondraient aux émissions obligataires du MES de boire le bouillon, ce qui pourrait les faire réfléchir avant de s’engager ! À moins que les plus hautes autorités ne parviennent… à rien du tout.

Mario Draghi sort de sa retraite dans les colonnes du Financial Times, qualifiant la pandémie actuelle de « tragédie humaine aux proportions quasiment bibliques ». Sans évoquer l’émission d’obligations communes, il expose toute la palette des moyens disponibles et n’y va pas par quatre chemins. Il prévoit en conséquence une forte augmentation de la dette publique ainsi qu’une annulation réservée à la dette privée, faisant remarquer qu’une « destruction permanente de la capacité de production (…) serait beaucoup plus préjudiciable à l’économie et éventuellement au crédit public. » Mais ses audaces ne le conduisent pas à aller plus loin, car il craint une dynamique d’éclatement qu’il n’entend pas favoriser, à savoir si son calcul tiendra !

Le débat sur les euro-obligations était jusqu’à maintenant confiné aux cercles académiques, il oppose désormais ouvertement les dirigeants politiques européens. Vont-ils décider d’en rester là pour le contenir et désormais se regarder en chiens de faïence ? De mauvaises graines sont semées…

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3 réflexions au sujet de « La cigale et la fourmi, nouvelle saison »

  1. …  »  »  » Les neuf gouvernements signataires de l’appel pourraient décider d’entamer une coopération rapprochée entre eux, émettre en commun des obligations et demander à la BCE de s’en porter acquéreur, mettant celle-ci dans une position intenable. Une dynamique serait engagée qui pourrait, en cas de vive réaction de l’autre camp , aboutir à un éclatement de la zone euro.  »  »  » …

    Chiche…!… ( Nommez-moi Ministre.. ^!^.. )

  2. L’UE et sa zone euro risquent de paraitre quelque peu mesquin puisque le G20 va injecter 5 000 milliards de dollars dans l’économie mondiale.

    Le Monde – aujourd’hui 26 mars à 16h37: Les pays membres du G20 ont annoncé leur intention d’injecter « plus de 5 000 milliards de dollars » dans l’économie mondiale, lors d’un sommet virtuel d’urgence jeudi. La mesure vise à « contrer les répercussions sociales, économiques et financières de la pandémie » du nouveau coronavirus.

    Pris d’un doute (un journaliste qui aurait été touché par la fièvre, sait-on jamais) j’ai vérifié et constaté que non, Le Figaro, La Croix et d’autres affirmaient la même chose.

    Bon, quand on aime on ne compte pas (les zéros) mais ces dollars, forcément immatériels et virtuels, vont circuler quand, comment et dans quels mystérieux tuyaux ?

    1. Quoi ? Comment ? Qu’est-ce ? « L’argent magique » dont notre bon Suzerain réfutait l’existence existerait finalement ?

      Macron à une infirmière en 2018 :
      Infirmière : « Il faut des lits, il faut du personnel »
      Macron : « Il n’y a pas d’argent magique »

      Heureusement que la justice à l’égal des impôts est réservée à l’usage exclusif des gueux.

      « Il n’y a pas d’argent magique » répond le Président à une salariée qui déplore le manque de moyens des hôpitaux
      https://www.atlantico.fr/video/3355882/-il-n-y-a-pas-d-argent-magique-repond-le-president-a-une-salariee-qui-deplore-le-manque-de-moyens-des-hopitaux

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