Entre protection sanitaire et de l’économie, un arbitrage effectué dans la confusion

De la récession à la dépression, il n’y a qu’un pas et il va être franchi, c’est désormais largement admis. Mais le constat ne s’arrête pas là, vu le chômage grandissant qui va s’en suivre. La consommation appelée à faiblir, la dépression s’approfondira. Pour toute réaction, un G20 virtuel convoqué aujourd’hui pour frapper les esprits annonce 5.000 milliards de dollars de mesures. C’est l’addition des plans existants et le chiffrage de mesures de toutes natures, dont des garanties de prêts. Aucune nouvelle mesure n’a été prise, cela porte un nom, l’esbroufe !

Dans l’immédiat, les plus hautes autorités sont confrontées à des arbitrages et y apportent des réponses dissonantes. Qui faut-il protéger à tout prix, les personnes ou l’économie ? Pour soutenir cette dernière, est-il plus efficace de privilégier les aides aux entreprises ou aux travailleurs ? Quelle génération doit être préservée en priorité, l’actuelle ou les suivantes ? Gouverner, c’est prévoir, mais on pourrait aussi dire que c’est choisir. Ceux qui sont « en responsabilité », comme ils affectent de le dire, ont l’embarras du choix.

Donald Trump, dont la réélection risque à force de ne plus être un boulevard, a dû changer son fusil d’épaule après avoir tenté de nier la pandémie comme il l’avait déjà fait pour le réchauffement climatique. Mais sa nature est plus forte, le conduisant à s’exclamer que « notre pays n’a pas été construit pour être mis à l’arrêt », et à comparer le nombre à venir des victimes de la pandémie avec ceux qui se suicideraient alors, confondant la dépression économique et celle des salariés. Pour ne pas être en reste, le directeur de l’Agence de la santé publique, Johan Carlson, a prétendu qu’un arrêt de l’activité aurait des effets bien plus dévastateurs sur la santé publique que la pandémie.

Dans la même veine, le gouvernement suédois freine des quatre fers les mesures destinées à le ralentir. Encouragé par les milieux d’affaires qui brandissent le spectre d’un arrêt de l’économie et du chômage de masse qui en résulterait et font référence aux années 30 pour effrayer. Ils prétendent possible de conjuguer le maintien de l’activité économique et la lutte contre la pandémie. «  Il doit y avoir des moyens plus efficaces pour limiter l’engorgement des hôpitaux que d’arrêter une économie entière », a déclaré Kerstin Hessius, qui préside un des plus gros fonds de pension du pays. Le gouvernement s’en tient en conséquence et pour l’essentiel au civisme de ses concitoyens.

Les autorités italiennes ont adopté une attitude radicalement opposée en décidant de fermer « toute activité productive qui n’est pas strictement nécessaire, cruciale, indispensable pour garantir les biens et les services. » Appuyées en ces sens par des chercheurs en pharmacologie qui estiment qu’il faut tout arrêter pour « regarder l’économie à long terme et non à court terme ».

Un tout autre son de cloche est entendu des autorités françaises. Le ministre Bruno Le Maire se refusant à prendre des mesures « administratives » en définissant les entreprises qui devaient fermer, et s’en remettant à leurs dirigeants pour appliquer les mesures de protection sanitaires, car l’objectif est de « nous faire rebondir le moment venu ». Pour Emmanuel Macron, « On peut confiner une ville, des quartiers, mais un pays complet c’est compliqué, car il faut savoir définir ce que sont des activités non essentielles ». Utilisant comme point d’appui la préservation des libertés publiques, un point sensible, afin de justifier le maintien de l’activité à l’opposé du modèle chinois.

Pour simplifier la question, il pourrait s’inspirer de la méthode utilisée par les autorités italiennes. Elles ont établi la liste par secteur des entreprises devant s’arrêter à la faveur d’une négociation avec les centrales syndicales. Et celles-ci, qui n’ont pas entièrement obtenu gain de cause, menacent maintenant d’appeler à la grève générale… On comprend qu’il n’en soit pas question en France.

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3 réflexions au sujet de « Entre protection sanitaire et de l’économie, un arbitrage effectué dans la confusion »

  1. C’est pas une blague, c’est la traduction d’un article du Guardian.

    https://www.theguardian.com/world/2020/mar/24/older-people-would-rather-die-than-let-covid-19-lockdown-harm-us-economy-texas-official-dan-patrick

    Les gens agés devraient choisir de mourir plutôt que laisser covid-19 nuire à l’économie américaine

    Dan Patrick, le Lieutenant gouverneur du Texas [la seconde plus haute fonction exécutive du gouvernement], déclare sur Fox News [la chaine préférée de Donald Trump]: « devons nous arrêter le pays tout entier pour ça? Je pense que nous devons nous remettre au travail »
    Alors que Donald Trump voudrait redémarer l’économie américaine d’ici quelques semaines plutôt que quelques mois, le lieutenant-gouverneur du Texas est allé sur Fox News pour dire qu’il préférerait mourir plutôt que de voir les mesures de santé publique nuire à l’économie américaine et qu’il pense que « beaucoup de grands-parents » dans tout le pays seraient d’accord avec lui.

    « Mon message : retournons au travail, retournons à la vie, soyons intelligents, et nous qui avons plus de 70 ans, nous prendrons soin de nous », a déclaré le Lt Gouverneur, un républicain de 69 ans, à l’animateur de Fox News, Tucker Carlson, lundi soir.

    « Ne sacrifiez pas le pays », a déclaré Patrick. « Ne faites pas ça. »

    Patrick dit qu’il craignait que les restrictions relatives à la santé publique visant à se protéger du coronavirus ne mettent fin à la vie des Américains telle qu’il la connaîssent, et qu’il était prêt à risquer la mort pour protéger l’économie au profit de ses petits-enfants.

    « Vous savez, Tucker, personne ne m’a contacté pour me dire : « En tant que personne âgée, êtes-vous prêt à risquer votre vie en échange de la conservation de l’Amérique telle que tous les américains l’aiment, pour vos enfants et petits-enfants ? Et si c’est soit l’un soit l’autre, je suis partant. »

    « Cela ne fait pas de moi un homme noble ou courageux ou quoi que ce soit de ce genre », a-t-il ajouté. « Je pense juste qu’il y a beaucoup de grands-parents comme moi dans ce pays. »

    Lors du briefing de la Maison Blanche sur le coronavirus lundi soir, la coordinatrice de l’administration pour la réponse aux coronavirus, le Dr Deborah Birx, a déclaré que les nouvelles données en provenance d’Europe suggéraient que 99% des décès dus aux coronavirus étaient des personnes de plus de 50 ans, et que beaucoup d’entre elles avaient des problèmes de santé préexistants. Cela « ne change pas la nécessité de protéger les personnes âgées », a ajouté Mme Birx.

    M. Trump, qui s’est dit préoccupé par les dommages que les mesures de prévention du coronavirus causent à l’économie américaine, a déclaré qu’il était impatient que le pays retrouve une situation normale le plus rapidement possible, et a laissé entendre qu’une crise économique pourrait entraîner plus de décès, par suicide qu’une pandémie mondiale.

    Il n’a pas répondu aux questions des journalistes qui lui demandaient s’il se conformerait à l’avis des experts en santé publique s’ils lui disaient la semaine prochaine que le gouvernement devait maintenir des mesures restrictives à long terme pour empêcher la propagation du virus.

    Patrick, un républicain du Texas, a loué l’attention portée par le président à l’économie lundi et a déclaré que cela lui avait « remonté le moral ».

    « Je ne veux pas que le pays tout entier soit sacrifié. J’ai parlé à des centaines de personnes … et tout le monde dit à peu près la même chose : nous ne pouvons pas perdre notre pays tout entier. Nous sommes en train de vivre un effondrement économique. Nous aurions affaire à un effondrement total, une récession, une dépression, un effondrement de notre société si cela continuait encore pendant plusieurs mois. Comme l’a dit le président, le taux de mortalité est si faible. Devons-nous arrêter tout le pays pour cela ? Je pense que nous pouvons nous remettre au travail ».

    Patrick a précisé qu’en tant que personne qui va avoir 70 ans la semaine prochaine, il faisait partie du groupe à haut risque, mais qu’il était prêt à renoncer à sa vie pour ses six petits-enfants. « Écoutez, je vais faire tout ce que je peux pour vivre », a t’il dit. « Si je tombe malade, je vais essayer de guérir, mais si je n’y arrive pas, tant pis. »

    Traduit avec http://www.DeepL.com/Translator (version gratuite, quelque peu aidée par un humain.)

    Bon, « everything is bigger in Texas », mais quand même!

  2. Le cri de colère, littéralement de rage, d’un psychologue de l’hôpital de Mulhouse:

    J’ai la rage
    https://www.liberation.fr/debats/2020/03/24/j-ai-la-rage_1782912

    Ce monsieur devant les terrifiants résultats de la volonté de nos gouvernants de détruire notre système de santé afin de mieux le privatiser, réclame… justice !

    Qu’il se rassure.

    Il va y avoir une commission d’enquête parlementaire (si, si, du même bois que celle qui a fait trembler de peur M Benalla) chargée de réprimander d’aussi éventuelles qu’hypothétiques menues négligences gouvernementales.

    Encore mieux ! La Cour de justice de la République va se saisir des plaintes déposées contre M Philippe et Mme Buzyn. Rappelons que la CJR est en charge de juger les membres du gouvernement, la justice du commun ne pouvant s’appliquer à nos élites, et que ses membres sont nommés en toute indépendance. Il suffit pour s’en convaincre de voir qui les élit :

    https://www.courdecassation.fr/autres_juridictions_commissions_juridictionnelles_3/cour_justice_republique_616/composition_cour_justice_republique_8502.html

    De voir la sévérité des peines qu’elle prononce. (paragraphe Affaires jugées):

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Cour_de_justice_de_la_R%C3%A9publique#Arr%C3%AAts_de_la_cour

    Bref, un mutilé jiléjône a encore plus de chance de voir (façon de parler) un policier désigné coupable par l’IGPN, qu’un ministre envoyé derrière les barreaux par la CJR. C’est dire.

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