Une nature à forcer pour sortir d’un cadre convenu dans un contexte qui ne le permet plus

Imprégnés par leur conformisme et leurs dogmes, nos édiles ont bien du mal à sortir de leur cadre et ne s’y prennent qu’avec retard, forcés et contraints. Prendre la mesure exacte de la situation pour en tirer les conséquences implique d’abandonner leurs certitudes et cela ne va pas sans mal, quoiqu’ils en disent !

Ne parlons pas de ceux qui, dans un premier temps, ont voulu écarter ce qui les dérangeaient en niant purement et simplement l’existence de la pandémie, à la manière de Donald Trump. Ou de ceux qui ont joué ou jouent encore avec la vie de centaines de milliers de leurs citoyens, en pariant sur l’extinction « naturelle » de l’épidémie grâce à sa propagation à grande échelle. Si les autorités hollandaises persistent dans leur laisser-faire criminel, les britanniques en reviennent un peu, mais sans se résoudre à procéder par interdiction, car dans leur esprit seul le marché peut dicter sa loi, pas l’État. Et les mesures qu’elles prennent ont d’abord pour objet de protéger les entreprises et non les citoyens.

En moins caricatural, la même optique prévaut dans le reste de l’Europe, au prétexte qu’il faut préparer le retour ultérieur à une activité économique « normale » – seul le gouvernement italien a sonné dans ce domaine un coup d’arrêt – et ceux qui doivent aller au travail sont peu protégés et s’y rendent par nécessité.

Les autorités avancent à reculons. Quand on ne se laisse pas éblouir par les sommes annoncées, on constate – que ce soit en Italie, en Espagne, en France ou en Allemagne – que leurs plans reposent largement sur la distribution de crédits et de garanties, afin de « lisser » dans le temps les charges des entreprises. En attendant des jours meilleurs qui leur permettront de les rembourser, à condition toutefois qu’elles n’aient pas entretemps sombré… Ainsi qu’en utilisant la palette des mesures fiscales et sociales des « stabilisateurs automatiques ». Mais, dans un cas comme dans l’autre, cet exercice a des limites ; elles seront vite atteintes si la pandémie et le confinement qui en résulte durent plus qu’initialement prévu comme on est fondé à s’y attendre.

La situation de l’Italie est au centre de l’attention, mais celle de l’Espagne est toute aussi dramatique du point de vue économique. De massives pertes d’emploi interviennent quotidiennement et à ce rythme elles vont vite atteindre un million d’emplois. La chute du PIB d’un trimestre à l’autre est prévisionnellement de 12% et le déficit de 5% de celui-ci. Les mesures de temps partiel destinées à conserver un lien entre les travailleurs et leurs entreprises supposent aussi que celles-ci survivent ! Les garanties partielles apportées au crédit bancaire portent sur 100 milliards d’euros de crédits. Leur activation, même limitées, ferait un grand trou supplémentaire dans le budget.

Les autorités européennes vont conférer jeudi prochain en vue de décider de la nouvelle étape qu’ils pourraient franchir. Ce que l’on sait des discussions préliminaires qui se tiennent actuellement n’incite pas à l’optimisme, car le même genre de recettes risque d’être décidé, s’ils parviennent toutefois à se mettre d’accord sur l’intervention du Mécanisme européen de stabilité car il s’agira encore d’une distribution de crédits. Toute autre initiative plus hardie est bloquée par le gouvernement hollandais derrière lequel se réfugie le gouvernement allemand, qui a changé de tactique et préfère désormais ne pas se mettre en avant.

Cette perspective a incité une belle brochette d’économistes européens à lancer un appel : « Aucun État membre ne devrait avoir à demander un renflouement ou à signer un protocole d’accord pour accéder au financement d’urgence de l’Union européenne. Il s’agit d’une crise européenne, cela nécessite une solution européenne.

Plutôt que de laisser chaque État membre émettre sa propre dette pour financer ses efforts budgétaires, nous demandons au Conseil européen de convenir d’une euro-obligation commune.

Nous avons besoin d’un instrument de dette commun afin de mutualiser les coûts budgétaires de la lutte contre cette crise. Il est maintenant temps d’agir. C’est le moment de la solidarité. Le temps des euro-obligations est venu. »

Voici la liste des signataires. Vont-ils être entendus ? on peine à le croire. Est-ce dramatiser que de constater que les dirigeants européens sont collectivement à la croisée des chemins, et de se demander quelle nouvelle détérioration de la situation sanitaire va pouvoir les forcer à sortir de leur cadre de pensée et d’action étriqué ?

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9 réflexions au sujet de « Une nature à forcer pour sortir d’un cadre convenu dans un contexte qui ne le permet plus »

  1. S’il ne fait aucun doute que M Macron fera tout ce qui est nécessaire pour sauver les grands groupes du CAC40 qui l’ont nommé président de la République, la question reste en suspens pour les PME-PMI et TPE. La Fédération bancaire française (FBF), qui représente l’ensemble du secteur bancaire n’a pas confirmé que des reports d’échéances de paiement de crédit sans frais supplémentaires seraient accordés. Elle a simplement invité ceux-qui-ne-sont-rien à se rapprocher de « leur conseiller bancaire ».

    Dans la réalité, il semble que – jusqu’à présent – les banques ne jouent absolument pas le jeu :

    Coronavirus : coup de gueule des commerçants de Mamers face aux frais bancaires qui sont toujours prélevés
    https://actu.fr/pays-de-la-loire/mamers_72180/coronavirus-coup-gueule-artisans-mamers-face-frais-bancaires-sont-toujours-preleves_32417406.html

  2. Impressionnant le nombre d’économistes qui signent l’appel…Malheureusement ce n’est guère crédible …On ne les entendait guère quand les personnels hospitaliers protestaient contre le manque de moyens…Il est un peu tard pour émettre des protestations ,il ne leur reste plus qu’à contempler la catastrophe annoncée!!!!!!

  3. Version optimiste : M Macron et son gouvernement sont aveuglés par le dogme.
    Version alternative : ils agissent en fonction de la fiche de poste dressée par ceux à qui ils doivent leur nomination.

    Dans tous les cas la sortie du cadre néolibéral n’est pas pour tout de suite :

    La politique économique de crise révèle les incohérences du gouvernement
    https://www.mediapart.fr/journal/france/240320/la-politique-economique-de-crise-revele-les-incoherences-du-gouvernement?onglet=full

    La politique économique du gouvernement face à la crise est en contradiction avec l’urgence sanitaire et la volonté affichée de prendre en compte les insuffisances du modèle actuel. Quoi qu’on en dise, on table sur une crise courte et on cherche à repartir comme avant.
    On l’aura compris : l’État se montrera compréhensif et n’hésitera pas à garantir des prêts finissant en dividendes… Ce qui est piquant, c’est qu’aux États-Unis, la FED a placé des conditions plus strictes, refusant de financer des entreprises qui rachètent leurs actions ou versent des dividendes…

    1. Bof, voir deux presque nonagénaires, l’un qui relève de la Faculté et l’autre de l’Ehpad (Joe Biden #toutsaufSanders, qui confond sa sœur avec sa femme et qui pense se présenter aux sénatoriales), se tirer dans les pattes pour au final faire à peu de chose près la même politique économique et fiscale…

      Quitte à regarder un spectacle inutile, très cher et totalement truqué, je préfère revoir la finale du 100 m olympique Lewis vs Ben Johnson. Au moins c’est plus court.

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