Manger son chapeau, c’est indigeste

L’économie italienne est à l’arrêt, qui dit mieux ? Certains s’aventurent encore à prédire le retour du « business as usual ». Le conformisme mène à tout à condition d’en sortir ! Le monde était incertain et les lendemains ne chantaient plus, mais on en est même plus là, car le pire se concrétise. Et les édiles en viennent à des expédients qu’ils n’avaient jamais imaginé entériner.

Dans ce domaine aussi, une grande prudence est conseillée. On sait d’expérience ce que valent les mots définitifs prononcés au cours des crises, les remises en question revendiquées et les ruptures annoncées. Mais les faits sont là, les tabous vacillent et tombent quand les circonstances ne laissent pas le choix.

Après avoir tenté de nier la pandémie sur le mode employé auparavant pour évacuer le danger du dérèglement climatique, Donald Trump fait décoller « l’helicopter money ». Et Chuck Schumer, le leader de l’opposition démocrate au Sénat, impliqué dans un accord « bipartisan », précise que le chèque envoyé à chaque américain ne se limitera pas à la somme annoncée par le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin de 1.000 dollars par adulte et 500 par enfant, tandis que Donald Trump précise pour ne pas être en reste : « si cela ne marche pas, nous le ferons autant de fois qu’il le faudra pour que cela soit le cas ». Ce sont maintenant plus de 2.000 milliards de dollars, en crédit ou en prêts, qui sont mis sur la table, soit environ 10% du PIB des États-Unis, pour retenir l’échelle de mesure qui va être désormais employée.

Le gouvernement allemand n’y va pas non plus avec le dos de la cuillère. Il fait voler en éclats le mur du déficit budgétaire zéro et le ministre de l’Économie Peter Altmaier proclame « qu’il ne doit plus y avoir de tabous ». Dans une allocation télévisée, un genre inédit pour elle, Angela Merkel avait précédemment repris à son compte l’expression « nous ferons tout ce qu’il faudra » et « nous nous demanderons pas chaque jour où en est notre déficit ». Même Jens Weidmann, le président de la Bundesbank et « faucon » attitré de la BCE, se range à cet avis. Olaf Scholz, dans son rôle de ministre des Finances, jongle avec les centaines de milliards, cette fois-ci d’euros, additionnant toute la palette des mesures – crédits, prêts et garanties – prévoyant jusqu’à des prises de participation dans le capital des entreprises en péril. Le tout, pommes et poires additionnées, en faveur des banques ou des entreprises, allant atteindre la somme de 500 milliards d’euros. Le gouvernement allemand abandonne ses idées fixes afin de protéger son économie, va-t-il les traduire au niveau de l’Europe, son premier marché ?

Même garantis et à taux préférentiels, les prêts doivent être un jour ou l’autre remboursés, et les plans qui reposent prioritairement dessus renvoient cette échéance à plus tard, sans savoir comment, en se raccrochant à l’idée rassurante d’une crise en « V ». Mais va-t-il être possible de s’en tenir à cette politique et de ne pas en venir à des nationalisations ? On pense particulièrement, mais ce n’est pas exclusif, aux compagnies d’aviation qui boivent le bouillon.

Ce ne sont pas seulement quelques secteurs limités qui vont être concernés, quand les taux d’intérêt sur le marché obligataire américains des entreprises flambent en dépit de la baisse du taux d’intérêt de la Fed, atteignant même celles qui sont le mieux notées s’en inquiète Moody’s. Pour les autres, n’en parlons pas. Les entreprises du secteur de l’énergie ont particulièrement des soucis à se faire. La crise de liquidité n’est pas réservée au monde financier, le monde des entreprises y fait également face.

Un nouveau sauvetage public en grand ne va pas pouvoir être esquivé, en fait de transgressions.

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5 réflexions au sujet de « Manger son chapeau, c’est indigeste »

  1. On m’objectera que la pensée n’est pas très chrétienne, mais j’ai beaucoup de mal à croire en la rédemption de criminels qui détruisent sans sourciller le climat de cette planète.
    Alors pour ne pas se bercer de faux espoirs, relisez le magnifique discours, dit de Toulon, prononcé par Nicolas Sarkozy au lendemain du krach de 2008. Tout y est, de l’humanisme en bandoulière au plus-jamais-ça vibrant d’émotion contenue. Ce texte aurait pu être écrit par un des Apôtres.

    Le discours de Nicolas Sarkozy à Toulon en 2008
    https://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/2014/03/27/25001-20140327ARTFIG00088-le-discours-de-nicolas-sarkozy-a-toulon-en-2008.php

    Mais de fait, nous savons maintenant qu’il a été écrit par Judas.

    Alors méfiance, la véritable transgression ne consiste pas à utiliser l’argent public pour sauver les riches, mais à ne pas faire payer la facture aux gueux une fois la crise passée

    1. C’est pourtant ce qui sera fait, à mon avis. On n’a jamais vu les puissants assumer les conséquences de leurs actes, alors quand en plus ils peuvent crier haut et fort que ce virus, ce n’est pas leur faute, je souhaite bon courage aux gouvernements qui parviendront les faire payer.

  2. ils essayent de contrer la crise deflationiste

    viendra ensuite l inflation
    d’ailleurs vendredi les pétrolières et les matières premières ont flambées

    bien à vous

  3. c est inflationniste tout ça ?
    je ne les vois pas laisser la déflation s installer (ils ont trop d actifs et peu de liquidités en fait)
    les progressions des pétrolières et des matières premières ce vendredi expriment bien cette peur

  4. Le gigantesque plan de relance américain pour tenter d’éliminer les ravages du nouveau coronavirus sur la première économie du monde comprendra 4 000 milliards de dollars de liquidités destinées aux entreprises, a promis dimanche le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin. » Le Monde il y a un heure ou deux.

    Quand je divise 4.000 milliards par le nombre d’habitants du pays je trouve 12.000 $. Ça correspond à 40.000 € pour un famille avec deux enfants.

    [sarcasm] Heureusement, ces 4.000 milliards sont destinés à des entreprises. [/sarcasm]

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