L’industrie financière est un luxe que l’on ne peut pas se payer

Les bourses d’actions n’ont pas aimé les nouvelles de la propagation du coronavirus et la correction se poursuit, mais la réaction des marchés financiers ne s’arrête pas là, le secteur obligataire en ressent aussi les effets. Et c’est une bonne occasion de faire un tour d’horizon.

Le rendement des obligations américaines à 30 ans est à son plus bas historique de 1,84%. Plus significatif encore de l’inquiétude qui s’est emparée des investisseurs, le rendement des titres à 5 ans est inférieur à celui des bons du trésor à 3 mois, une anomalie qualifiée d’inversion de la courbe des taux qui n’annoncerait rien de bon.

En se ruant sur le marché obligataire pour se protéger, les investisseurs font grimper la valeur des titres, ce qui en fait baisser les taux. Sur le marché obligataire européen, le rendement des titres allemands est devenu négatif, toutes maturités confondues. Le Bund à échéance 10 ans s’approche de -0,50%. Les obligations italiennes font seules exception à cette dynamique générale. Plus de 14.000 milliards de dollars de titres obligataires sont mondialement assortis d’un taux négatif, en donnant une image saisissante. Et, comme il se doit, l’or continue de grimper, ayant pris presque 10% cette année.

Mais, si l’on veut dresser un tableau plus complet, mieux vaut ne pas s’arrêter là. Le repli sur les valeurs réputées « sûres » s’accompagne du retour de « l’exubérance irrationnelle » sur les marchés boursiers afin d’y trouver ce rendement qui fait défaut par ailleurs. Elle se manifeste en Chine, où les actions des grandes entreprises technologiques sont en hausse de 25% depuis le début de l’année, selon l’indice ChiNext qui en rend compte. La frénésie d’achat dans ce secteur ne lui est cependant pas propre, à contre-courant de la désaffection qui touche le marché des actions. La valorisation d’Apple, Microsoft, Amazon et Alphabet (Google) en est l’illustration et dépasse 1.000 milliards de dollars pour chacun d’entre eux. Additionnée, celle des deux premiers dépasse l’ensemble des valeurs cotées à la Bourse de Paris. Il y a de la bulle dans l’air, est-ce bien raisonnable ?

De grands mouvements de fond parcourent les marchés financiers. Pas toujours dans le même sens, comme c’est le cas pour les valeurs énergétiques aux États-Unis pour des raisons aisément compréhensibles. Cela ne va pas sans prise de risque, car il faut bien vivre ! La titrisation de l’énorme dette des entreprises bat son plein en conséquence, démultipliant le risque déjà largement souligné qu’elle représente.

Protéger le capital et le faire fructifier tout à la fois représente deux impératifs qui font difficilement bon ménage quand l’incertitude grandit, tirant à hue et à dia les investisseurs. Vu les montants faramineux qu’ils manient, leurs arbitrages sont lourds de conséquences aussi dévastatrices qu’imprévisibles. C’est parfaitement déraisonnable !

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7 réflexions au sujet de « L’industrie financière est un luxe que l’on ne peut pas se payer »

  1. Moins poétique que le battement d’aile d’un papillon mais redoutablement efficace : la chiure de chauffe-souris qui fit s’effondrer le Monde !

    Nous sommes vraiment peu de chose.

  2. « Le nom « chauve-souris » tire son origine du terme grec « cawa sorix », terme désignant la chauve-souris qui littéralement signifiait « chouette-souris ». Le mot « chouette » renvoie au fait que la chauve-souris vit la nuit »
    Bientôt la chouette économie… ?

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