La fête n’est pas finie en Algérie

« Nous sommes venus vous faire dégager ! » ont-ils repris pour la 52 ème fois. Les Algériennes et les Algériens sont massivement descendus dans la rue à l’occasion de l’anniversaire de leur soulèvement – un an déjà ! – démentant le président mal élu Abdelmadjid Tebboune qui prétendait que « les choses commencent à s’apaiser », confondant ses souhaits avec la réalité.

La détermination du mouvement ne se dément pas, conduisant le chef militaire en mission commandée à proclamer, faisant assaut de démagogie, que « le Hirak a sauvé le pays ». Or il s’est instauré une sorte de double pouvoir, par nature instable, aucun des deux camps ne parvenant à réduire l’autre. Et le régime, toujours en place mais sur la défensive, ne peut que composer. Sans que l’on puisse clairement discerner ce qui dans cette attitude relève d’un calcul ou résulte de divisions internes. Mais il y a déjà un grand vaincu, le parti de la peur qui régnait et qui a disparu.

Le système s’est maintenu en place au prix de victimes expiatoires, confortant par la même le mouvement, mais son assise est menacée par le rendement déclinant de la rente pétrolière. D’où la nécessité très contestée de faire appel aux capitaux étrangers pour poursuivre sous une autre forme l’exploitation des richesses du sous-sol du pays. Ce qui renforce le sentiment déjà bien ancré au sein du mouvement que les fruits de l’indépendance ont été confisqués.

Le calcul du régime militaire repose sur son essoufflement progressif et sur des obstacles mis à sa structuration. Les espaces de liberté sur lesquels il n’est pas possible de revenir ne sont acceptables que contenus. Mais il va falloir gouverner dans un contexte d’épuisement des réserves des devises nécessaires au financement d’importations massives et vitales. Le modèle économique dont l’armée a fait ses choux gras est en bout de course, et elle n’est pas porteuse d’une alternative.

Cela renvoie aux lendemains de l’indépendance, lorsqu’une tentative d’instauration de l’autogestion reposa sur l’existence des « biens vacants », ces propriétés et entreprises que les colons avaient désertées en fuyant. Mais à la mobilisation des énergies populaires fut alors préférée l’exploitation d’une autre énergie, celle du pétrole, avec les conséquences que l’on sait.

Comment se réapproprier aujourd’hui ce qui a été confisqué ? C’est toute la question devant laquelle le mouvement est placé, mais il ne se la pose pas encore, bien qu’elle soit déterminante pour l’avenir.

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