Dans la série les banques centrales dernier recours

Une insidieuse question se fait jour à propos de la dette américaine : va-t-elle trouver acquéreur aussi facilement que par le passé, alors que le déficit budgétaire annuel américain est de l’ordre de 1.000 milliards de dollars et que Donald Trump prépare de nouvelles baisses d’impôts comme cadeau électoral ?

Dans l’édifice de la dette, on entend déjà de premiers craquements. Signe avant-coureur de difficultés à placer le papier américain, les investisseurs étrangers s’en délestent discrètement. C’est en particulier le cas de la Chine, qui veille à ne pas précipiter le mouvement pour ne pas se tirer une balle dans le pied en faisant chuter les cours. Durant les deux dernières années, son énorme stock de dette américaine aurait tout de même significativement baissé de 10%. La guerre commerciale de Donald Trump n’a pas que des effets sur l’activité économique américaine, comme son administration vient de le reconnaître !

Heureusement, les investisseurs japonais sont très présents sur le marché. Les énormes fonds de pension du pays, dont le GPIF qui gère plus de 1.500 milliards de dollars d’actifs, ont accru leurs achats de dette étrangère. Mais la concurrence entre émetteurs est vive et il n’y en aura pas pour tout le monde. Chargée de placer la dette française l’Agence France Trésor pour qui ce débouché est vital est notamment sur les rangs.

La Fed serait-elle venue en douce à la rescousse en achetant massivement de la dette américaine ? Des analystes cités par Les Échos se demandent si la poursuite de son intervention sur le marché des ‘repos’ ne serait pas un prétexte destiné à masquer le véritable objet de ce qu’elle a véhémentement refusé de considérer comme un retour à sa politique d’assouplissement monétaire précédente, mais qui y ressemble comme deux gouttes d’eau. On ne chipotera sur son nom mais on reconnaitra les faits.

Depuis l’été dernier, le bilan de la Fed a gonflé de 400 milliards de dollars, contribuant de fait au financement du déficit budgétaire américain. Une situation qui n’est pas sans rappeler celle du Japon et qui reste totalement taboue en Europe. Il est vrai que l’heure n’est plus à agiter le drapeau rouge de l’inflation. Mais une interrogation ne va pas pouvoir être éludée : jusqu’à quel volume les bilans de banques centrales agissant en emprunteur de dernier ressort peut-il gonfler ?

Aucun signal d’alarme n’a encore été actionné à propos de la montagne de la dette publique, mais l’OCDE vient d’en faire retentir un à propos de l’endettement des entreprises. Fin 2019, celui-ci totaliserait 13.500 milliards de dollars, 2.100 milliards de titres de dette ayant été émis cette seule dernière année. Le volume est impressionnant, d’autant qu’un tiers des titres arrivera à échéance d’ici 2022, qu’il faudra rembourser ou refinancer. Pourvu que tout se passe bien !

Or, plus de la moitié du stock est dorénavant noté BBB, la dernière notation de la catégorie « investisseurs »; en dessous elles deviennent « spéculatives », obligeant alors de nombreux investisseurs à les vendre au risque de déclencher un mouvement de vente massif. L’édifice est donc fragile, la fuite en avant spéculative manifeste.

Il restera toujours comme solution que les banques centrales achètent aussi cette dette-là !

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2 réflexions au sujet de « Dans la série les banques centrales dernier recours »

  1. finalement c’est le même principe que la planche à billets, avec un affinement sur certains débiteurs, d’abord les États puis les entreprises. Peut-être qu’un jour les banques centrales achèteront aussi les dettes des particuliers (?) …

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