L’impuissance n’est pas un argument

La guerre bat son plein dans le nord de la Syrie et en Libye où des centaines de milliers de réfugiés sont pris au piège en plein milieu des affrontements. D’un côté les forces russes appuyant le régime syrien pratiquent la politique de la terre brûlée, de l’autre les deux clans se disputant le pouvoir continuent d’être approvisionnés en armes par leurs soutiens respectifs. Des deux côtés, les trêves ne sont pas respectées et rien n’indique que cela va cesser. Contenir vaille que vaille les réfugiés hors d’Europe aboutit à une catastrophe humanitaire à ses marges.

Dans le cas de la Libye, les autorités européennes tentent de mettre laborieusement sur pied une force navale et aérienne afin de tenter de faire respecter l’embargo sur les armes décidé à la conférence de Berlin, qui est mort-née. Mais c’est très mal parti en raison du blocage des représentants autrichiens, hongrois et slovaques alors que l’unanimité des 27 est requise, et qu’il a fallu lever. Pas question de donner « un ticket pour l’Europe à des milliers de migrants illégaux »dixit le chancelier autrichien Sebastian Kurz –  avec une nouvelle force navale destinée à succéder à l’opération Sophia qui n’est plus opérationnelle et dont le mandat se termine en mars.

Fruit d’un compromis négocié à l’arraché, la nouvelle mission qui reste entièrement à définir aura bien trois composantes, navale, terrestre et satellitaire, mais les navires en seront retirés – a t’il été décidé – si « l’effet d’aspiration » redouté est constaté. La parade sera de les faire naviguer à l’est et non pas à l’ouest en Méditerranée, afin qu’ils ne croisent pas la route des réfugiés et soient obligés de les secourir… Et rien n’a été décidé concernant sa présence possible dans les eaux territoriales libyennes, ni des moyens dont la nouvelle force à la mission exclusivement militaire disposera ainsi que du calendrier de son démarrage.

Dans de telles conditions, la guerre civile libyenne n’est pas près de se terminer, les armes allant continuer d’affluer en soutien de l’Armée nationale libyenne du maréchal Khalifa Haftar ou du gouvernement d’union nationale de Fayez el-Sarraj.

La situation n’est pas d’avantage stabilisée en Syrie, où les forces russes et turques jouent à « retenez moi sinon je fais un malheur » ! Il est fort près de survenir, le ton monte de part et d’autre, des renforts militaires turcs affluent et les mises en garde réciproques résonnent dans le vide. Acculé à la frontière avec la Turquie fermée, un million de « déplacés » syriens fuient les bombardements russes qui ne font pas le détail, comme en Tchétchénie. « Nous sommes déterminés à faire d’Idleb une région sûre pour la Turquie et les populations locales, quel qu’en soit le prix », annonce Recep Tayyip Erdoğan, le président turc. À la menace qu’il agite d’une « opération imminente », le porte-parole du gouvernement russe Dmitri Peskov réplique que cela serait « la pire des options ». En fait de région sûre, on a connu mieux, les conditions dans lesquelles les réfugiés syriens de l’intérieur tentent de subsister sont dramatiques.

La logique de la guerre l’emporte en Libye et en Syrie, avec son cortège de désastres. Les réfugiés en sont les grandes victimes, c’est le prix de l’inhumaine stratégie de cantonnement qui a été choisie.

 

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