Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse

Une nouvelle génération d’agences de notation est née, soulevant autant d’interrogations que les précédentes qui continuent sans que rien les concernant n’ait changé. Les petites dernières sont dénommées « extra-financières » et distribuent aux entreprises le label ESG après évaluation des performances selon des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance. C’est dans l’air du temps.

Ces agences sont cette fois-ci rémunérées par leurs clients, les investisseurs, et non comme Moody’s, Standard & Poor’s et Fitch par ceux qu’elles notent au prix d’un manifeste conflit d’intérêts. Mais cela ne dissipe pas pour autant le brouillard dans lequel elles évoluent également, faute de l’adoption de critères standards. Lors de leur démarrage, dans les années 2000, la gouvernance des entreprises attirait l’essentiel de leur attention, la préoccupation du moment, mais à l’ère de l’économie verte, celle-ci s’est depuis déplacée pour adopter des critères environnementaux.

Le label ESG a fortement contribué à l’explosion du marché des fonds indiciels cotés (les ETF), leurs émetteurs étant très friands de ce label afin de répondre à la forte demande de clients pressentant du rendement à venir de ce côté . Mais il y a un hic, ces produits financiers sont loin d’être tous écolo-compatibles. Et, lorsque l’on rentre dans la cuisine où se concoctent avec subtilité les ETF, il y a à boire et à manger. Outil de marketing, l’ESG est une véritable auberge espagnole.

Voilà comment est traité le gigantesque marché des ETF, ces produits qui répliquent le comportement de taux, d’actions, d’obligations ou de toute autre donnée financière variable susceptible de faire l’objet d’un pari. Cela augure fort mal de la « taxinomie » de la Commission qui a pour vocation de classifier les opportunités d’investissements contribuant à la réalisation des objectifs de la politique environnementale européenne.

Les investisseurs – à qui il est demandé d’apporter leur écot à la « transition énergétique » afin d’aboutir en 2050 à la « neutralité carbone » – ne se font pas prier, sans être toujours trop regardants sur la couleur des produits financiers qu’ils achètent. Le seraient-ils qu’ils n’en disposent pas véritablement des moyens. À l’opacité de la finance correspond son flou.

 

 

 

 

 

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