L’Europe s’enfonce et les palabres n’y peuvent rien

Les feux de la conférence sur la sécurité de Munich à peine éteints, un sommet extraordinaire sur le budget européen va s’ouvrir jeudi. Que peut-il donc être attendu de ces rencontres qui se succèdent et où ne s’étalent que des divergences ? Il n’est rien sorti sinon des divisions de la première et la seconde va engager une bataille de chiffonniers. Décidément, les dirigeants politiques européens sont bien meilleurs quand ils discourent que lorsqu’ils agissent, ne semblant avoir de prise sur les évènements que pour le pire !

L’Europe patine et continue de se désagréger. En Italie, Matteo Salvini travaille activement à son retour au pouvoir, agitant la menace de quitter non seulement la zone euro mais l’Union européenne, s’inscrivant dans la lignée du Royaume Uni et ravivant à tout le moins le projet d’une monnaie parallèle qui avait été mise de côté. En France, le doute s’insinue sur les chances du président sortant d’entamer un second mandat.

À quelle crédibilité celui-ci va-t-il pouvoir prétendre lorsque, en difficulté politique, il amorce un recentrage de son discours se voulant habile en faveur de la sécurité et de l’action environnementale ? Que peut-il être attendu de la petite phrase de l’un des candidats à la succession d’Angela Merkel, Armin Laschet, qui constate qu’en matière de relance de l’Europe, « on n’a pas vu grand-chose » et souhaite « une réponse plus déterminée, plus rapide, aux propositions françaises d’une Europe puissante et souveraine » ?

Bien que latente, une question essentielle est loin d’être abordée car la réponse sent trop le souffre. C’est celle de la relance d’une économie européenne mal en point. Seules deux reconversions toutes aussi inconfortables sont disponibles : le retour à des déficits budgétaires prononcés ou l’intervention monétaire hors norme de la BCE, n’offrant qu’un choix transgressif entre le gonflement de la dette ou celui du bilan de la banque centrale, une fois celle-ci investie d’une nouvelle mission.

La création d’un titre européen de la dette serait dans les deux cas nécessaires, représentant une solution d’attente permettant de durer. Elle est aujourd’hui totalement impensable car cela supposerait l’existence d’une autorité budgétaire européenne en charge de son émission.

Pas besoin d’être grand clerc pour constater que la dynamique européenne va exactement dans le sens contraire, celui du repli national, et que nos édiles parlent dans le vide.

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