Les rythmes déphasés d’une crise globale

Il y a deux manières de décrire les derniers rebondissements de la crise politique européenne en Allemagne et en Irlande : en constatant que tout est ouvert ou bien que les incertitudes sont fortes, ce qui n’est d’ailleurs pas incompatible. Avec la démission inopinée de la présidente de la CDU, résultat d’un profond clivage en son sein, et le succès électoral historique et inattendu du Sinn Féin, les cartes vont être dans les deux cas redistribuées, mais comment ?

La longue ère de stabilité allemande est révolue avec un paysage politique qui a totalement évolué. Le score atteint par l’AfD d’extrême-droite, notamment dans les anciens territoires de la RDA, exerce une forte pression en faveur d’une alliance restée jusque-là taboue sur une CDU déclinante. Une telle dérive représente un véritable cataclysme et a pris à contre-pied sa présidente, candidate naturelle à la succession d’Angela Merkel qui l’a intronisée.

Les nouveautés ne s’arrêtent pas là, car la CDU/CSU comme le SPD connaissent une forte érosion électorale, et le FDP pourrait à la prochaine occasion disparaître du Bundestag une fois descendu sous la barre des 5%. À gauche, Die Linke se maintient tandis que les Verts, qui jouent de plus en plus une carte au centre de l’échiquier politique, connaissent une forte progression.

La question se posait de savoir jusqu’à quand tiendrait la coalition actuelle, une autre l’accompagne dorénavant : Angela Merkel va-t-elle aller jusqu’au terme de son mandat ? Le tabloïd Bild, l’un de ses plus fidèles soutiens, réclame désormais sa démission lui reprochant deux grands échecs à propos de l’immigration et du climat. La liste des prétendants à sa succession est déjà sur la table mais, au-delà des candidatures, c’est l’orientation stratégique d’une CDU qui perd des votes au profit de l’AfD et des Verts qui est en cause. Angela Merkel ira peut-être jusqu’au bout de son mandat, le SPD ne prendra peut-être pas l’initiative d’une rupture, mais on assiste de toute façon à la fin d’une histoire, la polarisation politique allant interdire de continuer comme avant.

En Irlande, la victoire électorale du Sinn Féin est confirmée, rendant incertaine la composition du futur gouvernement irlandais. Deux partis de gouvernement se partageaient jusqu’à maintenant le pouvoir, ils sont désormais trois à avoir le même nombre de députés, devenus aptes à le revendiquer, ce qui va singulièrement compliquer la recherche d’une majorité parlementaire. Une alliance Sinn Féin-Verts-Labour n’en disposerait pas et, pour bien faire, il faudrait en constituer une avec le Fianna Fáil de centre droit, qui est divisé à ce sujet, et y inclure également soit le Labour, soit les Verts. Pas besoin d’être devin pour prédire que du temps va être nécessaire pour trouver une issue.

Devenue globale, la crise s’est installée. Mais elle ne fonctionne pas au même rythme selon ses dimensions financières, sociales ou politiques, l’une des raisons pour lesquelles elle est destinée à durer, sa solution devant être elle aussi globale. Mais la nouvelle dimension de la crise climatique a la particularité qu’il n’est pas possible de tergiverser devant elle, sauf à en subir d’irrémédiables conséquences.

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