La réévaluation de la BCE s’annonce petite pointure

À propos du climat, « c’est un danger de ne rien faire » ! Christine Lagarde a engagé la réévaluation de la stratégie et des moyens de la BCE en lançant cet avertissement. Tout en précisant que « ne pas essayer serait en soi un échec », signe qu’elle s’attend à des discussions tendues au résultat incertain. N’affichant pas un optimisme forcené pour le moins, elle a d’ailleurs ajouté que « nous devons au moins essayer d’explorer les domaines » dans lesquels la BCE peut agir.

Qu’y a-t-il sur le tapis d’envisageable ? Afin de privilégier les obligations « vertes », la BCE pourrait assouplir les règles d’éligibilité des titres qu’elle accepte comme collatéral et, par exemple, engager une nouvelle opération de prêts à long-terme (TLTRO). Elle serait aussi susceptible de privilégier les achats d’obligations labellisées « Vert » au détriment des titres « Bruns », dans le cadre de son programme en cours d’achats de titres. À moins qu’elle ne décide du lancement d’un autre programme d’achats de titres, une mesure encore plus conflictuelle. La Bundesbank n’a pas attendu pour dénoncer une confusion des genres entre ce qui est de la responsabilité de la banque et de celle des États, et pour une fois elle n’a pas tort.

Après avoir une vingtaine d’années durant œuvré à contenir l’inflation, la BCE a dû changer son fusil d’épaule en tentant sans succès notable de l’augmenter. Il y a de quoi réfléchir un peu ! À l’arrivée, sa cible pourrait être modifiée avec l’adoption d’une formule permettant au taux de fluctuer dans une fourchette donnée, par exemple entre 1% et 4%. De manière fort elliptique, le débat va porter sur la « symétrie » du dispositif. Si ce principe était adopté, la porte serait ouverte à des achats obligataires supplémentaires qui, on s’en doute, ne seront pas du goût de tout le monde.

Christine Lagarde a précisé lors de sa conférence de presse que la réévaluation de la politique de la BCE prendra aussi en compte d’autres considérations, comme la stabilité financière, l’emploi et l’environnement. On ne manquera pas de se rappeler à ce propos que la Fed américaine a dans ses missions non seulement la stabilité des prix, mais également le plein emploi. Le sujet est brûlant.

La réévaluation stratégique sera sans portée si des ailes ne sont pas froissées au passage, et si l’intransigeance doctrinaire n’est pas battue en brèche. Prévu pour durer jusqu’à la fin de l’année, le débat au sein du conseil des gouverneurs s’annonce très politique et conflictuel. François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France, a déjà pris ses marques : « l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des phénomènes météorologiques extrêmes pourrait déclencher des crises financières non-linéaires et irréversibles ». Et le commissaire Thierry Breton a mis les pieds dans le plat.

La BCE suivra-t-elle les conseils des membres de la Banque des règlements internationaux (BRI) qui préconisent d’employer des nouveaux mécanismes financiers en réponse à la menace du changement climatique ? Selon eux, elle pourrait développer de nouvelles méthodologies pour appréhender les risques liés au climat en travaillant « en étroite collaboration avec le secteur financier sur la divulgation des actifs à forte intensité de carbone » (explication de texte : les banques centrales pourraient acheter ces actifs dévalorisés et prendre les pertes…)

Faisant d’une pierre deux coups afin d’affirmer ses appuis parmi les chefs d’État et de gouvernement, la présidente d’une BCE à bout de souffle présente l’objectif de la neutralité climatique comme l’occasion d’une « nouvelle stratégie de la croissance ». Mais elle ne se prépare pas à une promenade de santé, ce qui fait prédire de modestes résultats à sa revue. On peut d’ores et déjà prévoir une offensive conjuguée des banquiers et de certains gouverneurs en faveur de la hausse du taux de dépôt négatif. En attendant, le 24 mars prochain, le jugement de la Cour constitutionnelle allemande qui doit statuer sur la légalité du programme d’achats obligataires de la BCE.

À suivre…

3 réflexions au sujet de « La réévaluation de la BCE s’annonce petite pointure »

  1. « L’objectif de la neutralité climatique comme l’occasion d’une nouvelle stratégie de la croissance »

    Magnifique oxymore qui prouve que nous sommes sur la bonne voie pour solutionner le problème humain sur cette planète.
    Heil chez vous.

    Davos : Les revendications pour le climat ont été « complètement ignorées », déplore Greta Thunberg
    https://www.20minutes.fr/monde/2702591-20200124-davos-revendications-climat-completement-ignorees-deplore-greta-thunberg

  2. La Cour Constitutionnelle Allemande statue sur la légalité… à propos de quelle banque : la Bundesbank ou la BCE ? Si c’est à propos de la BCE comment ne pas parler d’un 4ème Reich économique ? Pouvez-vous lever l’ambiguïté de la phrase ?

    1. Les achats obligataires de la BCE et le QE instaurés par Mario Draghi ont déjà été jugés conformes au droit européen par la CJUE (Cours de Justice de l’Union Européenne).

      Déboutés une première fois, les gardiens de la pureté de l’ordolibéralisme allemand tentent cette fois-ci leur chance avec la haute Cour de Karlsruhe dans l’espoir d’interdire à la Bundesbank de participer au programme de la BCE.

      Rien de neuf sous le soleil, l’Euro est le faux nez du Deutschemark et il convient autant à la plupart des économies européennes qu’une bouée en plomb pour apprendre à nager.

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