L’inflation, cette grande méconnue

On va en entendre parler, de la cible d’inflation de la BCE ! Elle s’annonce être au centre de la réflexion stratégique que Christine Lagarde va prochainement lancer. Mais, bizarrement, le mode de calcul de l’inflation n’est pas à l’ordre du jour, il y aurait pourtant de quoi discuter…

L’impuissance de la banque centrale à atteindre sa cible d’inflation, 2% par valeur inférieure, appelle une réaction. Mais quoi faire quand tout a déjà été essayé en pure perte ? La solution toute trouvée est de modifier la cible, puisqu’elle ne peut pas être atteinte, il suffisait d’y penser ! C’est là que le débat commence, car le résultat n’est pas sans conséquences sur le changement ou le maintien de l’actuelle politique monétaire.

Certains, parmi lesquels se trouve immanquablement Jens Weidmann de la Bundesbank, n’y sont pas favorables. D’autres, comme François Villeroy de Galhau de la Banque de France, se contentent pour l’instant de faire remarquer que le taux de 2% ne peut pas être garanti en permanence. D’autres encore, comme le Français Benoît Cœuré et le Hollandais Klaas Knot, plutôt que d’avancer une nouvelle cible, avancent l’idée d’une fourchette au sein de laquelle l’inflation pourrait varier afin que tout rentre dans l’ordre. Bref, il y de quoi meubler les réunions à venir de la réflexion stratégique.

Le calcul de ce taux d’inflation est laissé de côté. On sait qu’il représente le rapport entre deux moyennes de l’augmentation des prix d’un grand nombre de produits et de services, constatées par des relevés à intervalles successifs. En France, l’INSEE en est chargée. La liste exhaustive des prix relevés reste confidentielle pour couper court à toute manipulation de l’indice des prix à la consommation (IPC), mais là n’est pas la question. Ce dernier n’est pas seulement une moyenne, il résulte d’une savante pondération des prix de groupes de produits afin que le poids de chacun corresponde aux dépenses des consommateurs (l’alimentation a compté en 2019 pour 17,5% de l’indice, par exemple). Ce qui heurte le simple bon sens, car la structure de la consommation varie avec le revenu, expliquant que, pour certains, le « ressenti » ne correspond pas à un résultat officiel ne pouvant être mis en cause. Ainsi, afin d’en tenir compte, l’équivalent de l’INSEE au Brésil calcule 5 indices des prix différents suivant le montant des revenus.

Afin de donner corps au taux d’inflation qu’ils calculent, les statisticiens sont placés devant un choix impossible : soit ils ne modifient pas la pondération des groupes de produits d’un calcul à l’autre, soit ils y touchent pour tenir compte de l’évolution des dépenses des ménages, et la comparaison est faussée…

Il faut à ce propos s’interroger également sur la sous-estimation manifeste du poids des loyers, plus généralement l’indice ne prenant pas en compte le poids des dépenses contraintes qui pèsent de plus en plus lourd. Le « ressenti » n’est donc pas, comme suggéré, une vision subjective de l’augmentation des prix. Comme l’expliquent les météorologues à propos de leur notion de température ressentie, la perception physiologique de la température varie d’un individu à l’autre et selon les conditions atmosphériques (vent, pluie, ensoleillement…).

Le taux d’inflation, cette donnée qui va être au cœur des débats des banquiers centraux, est donc à manier avec beaucoup de précautions alors qu’il est pris comme argent comptant. Cela rappelle que la « science économique » est la seule science qui ne vérifie pas scrupuleusement les données sur lesquelles elle appuie ses raisonnements.

6 réflexions au sujet de « L’inflation, cette grande méconnue »

  1. Il faut savoir que l’INSEE exclut du budget des particuliers l’achat d’un logement car cela est vu comme un investissement… avec pour conséquence d’escamoter la hausse des prix de l’immobilier dans le calcul de l’inflation !

    De manière plus anecdotique mais tout aussi fallacieuse, l’INSEE inclut un mystérieux « effet qualité » dans l’évolution des prix des produits. Ainsi si vous remplacez votre Aïe-Machin 5 acheté 400€ par un Aïe-Machin 6 acheté 600€, l’augmentation du prix est gommée par l’INSEE au prétexte que le nouveau bidule offre plus de possibilités que l’ancien.

    Pratique non ? Les économistes mainstream peuvent ainsi faire varier le résultat de 2+2 pour complaire à leurs donneurs d’ordre. Et c’est ainsi que le discours pseudo-scientifique des économistes sert de justification à l’anthropophagie du dieu-Marché.

    Les milliardaires du monde détiennent plus d’argent que 60% de l’humanité
    https://www.charentelibre.fr/2020/01/20/les-milliardaires-du-monde-detiennent-plus-d-argent-que-60-de-l-humanite,3546661.php

  2. @roberto
    Bien amicalement, acceptez ce qualificatif de « petit joueur  » …
    Rien ne vaut l’introduction récente des revenus liés au trafic de drogue dans l’estimation du PIB.
    https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/02/01/comment-l-insee-va-integrer-le-trafic-de-drogue-dans-le-calcul-du-pib_5250216_4355770.html

    Passer ce soir à la maison, je vous prépare un petit rail de coke, c’est bon pour le PIB !! Et accessoirement pour nos futures retraites vu qu’elles seront fonction du PIB, 14% du PIB selon la réforme en cours.

    1. Bien vu ! Si la manière de calculer l’inflation est, disons baroque, le calcul du PIB n’est pas a-moral comme voudraient nous le vendre les économistes, mais carrément immoral.

      Tirons par exemple le fil logique de la prostitution dans le calcul du PIB. Suivant le bon vieux principe néolibéral que chacun est l’entrepreneur de sa vie et que l’argent est le but de la vie, de plus en plus d’adolescent(e)s se prostituent dans le beau pays de M Macron.

      Une offre de service qui ne saurait être perçue par l’INSEE que comme une montée en gamme, d’où il ressort fort logiquement qu’à prix constants la qualité de l’offre augmente.
      http://www.leparisien.fr/faits-divers/le-phenomene-de-la-prostitution-des-ados-en-ile-de-france-depasse-la-justice-20-01-2020-8239677.php

      En clair, la pédophilie favorise le pouvoir d’achat.

      Moralité : rendez service à la planète, mangez un économiste !

      PS : merci pour le rail, mais je préfère la pilule rouge 😉

  3. J’ai entendu dire que ne rentrait pas également dans le calcul de l’inflation l’augmentation du « prix » des actions… enfin désolé, mais n’étant pas économistes, cela paraîtra peut-être évident à d’autres, mais pour moi, l’augmentation des prix aurait toutes les raisons d’inclure le « prix » des actions, non ? Juste une question…

    1. C’est exact, seuls les prix à la consommation sont pris en compte dans le calcul de l’inflation. Néanmoins le taux d’inflation doit être connu par tout boursicoteur qui se respecte afin de déterminer le vrai rendement de ses actions (le delta entre sa rémunération brute et l’inflation)

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