Mondialisation, tout le monde descend

L’exportation n’est plus la recette miracle dont l’Allemagne était la référence obligée. La guerre commerciale engagée par Donald Trump a donné un coup d’arrêt au développement des échanges commerciaux mondiaux, une page est tournée, mais les esprits conformistes se refusent à l’admettre, étonnant, non ?

À coup de hausses des tarifs douaniers, la démondialisation est en route. Signe que le phénomène est considéré comme durable par les gens sérieux, et que l’accord qui vient d’intervenir entre les États-Unis et la Chine n’est qu’une trêve, les grandes entreprises internationales révisent leurs chaînes de valeur et réorganisent leur production sur de nouvelles bases. Et il est découvert, la belle affaire, que ce sont les rapports de force entre puissances qui régissent les activités commerciales, et non pas les réglementations internationales. La paralysie de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) voulue par le gouvernement américain est là pour le confirmer.

Les résultats sont incontestables. L’Allemagne, qui alimente la faible croissance de la zone euro – 1,1% l’année passée – est descendue de son piédestal et ne fait plus recette. Sa croissance n’a été que de 0,6% cette même année en raison d’une baisse de régime de ses exportations en direction des États-Unis et de la Chine, plus particulièrement de son fer de lance, l’industrie automobile.

Le pays, et l’Europe avec lui, est pris en tenaille par les pressions de la Chine et des États-Unis. Selon le New York Times, les autorités chinoises n’auraient pas fait mystère, lors de conversations privées, de leur intention d’adopter des mesures de rétorsions envers les exportations d’automobiles allemandes si la décision était prise de bannir l’acquisition des serveurs 5G de leur champion Huawei. Tandis que le Washington Post fait état des menaces d’augmentation des tarifs douaniers de l’administration américaine proférées sur ces mêmes automobiles à l’encontre des officiels européens, si ceux-ci ne déclenchent pas la procédure d’arbitrage de l’accord nucléaire iranien. Du Royaume-Uni, enfin, il est rapporté qu’une délégation de la National Security Agency (NSA) se serait déplacée à Londres, chez les cousins, afin de convaincre du boycott de Huawei. Enfin, au chapitre des menaces, on mentionnera l’affaire du pipeline Nord Stream 2, dont les autorités américaines cherchent à bloquer la construction afin de favoriser leurs exportations de gaz de schiste au détriment de celles de la Russie.

Dans ce nouveau monde, dépendre pour ses résultats économiques du succès des exportations n’est plus une force mais une faiblesse. En faire une stratégie et un modèle de développement est dépassé. Mais il faut compter avec l’inertie freinant le changement de ce modèle, qui prendra du temps si d’aventure il était décidé comme c’est peu probable. Des perspectives mirifiques étaient hier décrites à la découverte d’un marché intérieur chinois en pleine expansion. Pour ne pas perdre espoir et ne rien changer, les mêmes se raccrochent aujourd’hui au futur développement d’un marché africain où la concurrence entre grandes puissances établissant des têtes de pont est déjà féroce.

Il n’y a pas à en démordre, le modèle de développement reposant sur la mondialisation a fait son temps, seul subsiste l’expansion incontrôlée du système financier à laquelle la régulation financière ne s’est pas frottée bien qu’il soit la quintessence du risque systémique.

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