Entre les deux, leurs cœurs balancent

Profiter des taux bas actuels pour investir à crédit ? n’y pensez pas ! Les farouches opposants à cette politique évoquent le moment où les taux vont immanquablement augmenter et étrangler les finances publiques lors du refinancement de la dette.

L’argument qui se veut définitif appelle toutefois une petite remarque : le danger ne viendra pas de cette augmentation des taux en soi, lorsqu’elle interviendra, mais du faible niveau de croissance de l’économie, s’il lui est inférieur. Si celui-ci est alors supérieur aux intérêts de la dette, les finances publiques la supporteront, non compte-tenu de l’élévation de l’inflation qui améliorerait encore les choses. La fuite en avant actuelle de l’endettement pourrait ainsi se poursuivre. Et on ne peut plus ignorer qu’elle concerne autant la dette privée que publique.

Relancer la croissance est donc primordial si l’on veut réparer le système, et c’est sur cette question que se sont penchés deux hauts cadres de la Banque des règlements internationaux (BRI), Luiz Awazu Pereira da Silva, son directeur général adjoint, et Benoît Mojon, le directeur de l’analyse économique. Ils proposent tout bonnement une relance budgétaire et d’organiser une augmentation annuelle de 2% des salaires nominaux, afin de rompre avec des décennies de contrainte budgétaire et de modération salariale. Une autre politique serait ainsi possible.

Celle-ci permettrait de renouer avec des taux plus élevés, les actuels étant selon eux préjudiciables à la stabilité financière, et représenterait la seule alternative possible aux relances du type « helicopter money » (la distribution d’argent directement aux particuliers) ou reposant sur une expansion budgétaire financée par la création monétaire, en application de la théorie monétaire moderne. Des éventualités qu’ils réfutent en raison et de leurs conséquences imprévisibles et des difficultés à les maitriser une fois engagées.

Il serait ainsi fait coup double. Le système financier en sortirait soulagé par la hausse des taux et, en pratiquant comme ils le proposent, la relance économique qui en résulterait rendrait soutenable l’endettement supplémentaire qui avec la hausse des salaires et de la consommation y a contribué.

Inutile de dire que nous sommes en pleine science-fiction, et que le papier des deux cadres est destiné à moisir au fond d’un tiroir ! Mais qu’une telle approche voit le jour au sommet de la BRI, ce haut-lieu que l’on a coutume de dénommer la banque centrale des banques centrale, exprime l’impasse qui y est ressentie. D’autant que ces dernières ne peuvent pas tout, comme leurs responsables ne cessent de le répéter. Janet Yellen, l’ancienne présidente de la Fed, a encore déclaré en y mettant les formes, dimanche dernier, que « bien que la politique monétaire ait un rôle significatif à jouer dans les futurs ralentissements, il est peu probable qu’elle soit suffisante dans les années à venir ».

Les banques centrales, comme on l’a vu, sont parvenues à éviter l’effondrement du système financier et, quand un nouvel accès de fièvre intervient, comme actuellement sur le marché des repos, elles sont immédiatement sur le pont. Mais elles sont pour le reste démunies, à moins qu’elles ne se décident à s’engager dans ces transgressions que les analystes de la BRI cherchent à éviter. L’avenir nous dira ce qu’il en sera…

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