Le Plus-de-jouir * façon Carlos Ghosn

Il n’aura échappé à personne que l’ex-Pdg, naguère tout-puissant, de l’alliance Renault-Nissan est désormais unanimement désigné à la vindicte populaire par la presse. Et il vrai que notre ex-champion des Grands-Patrons-Internationaux-du-Monde n’y a pas été avec le dos de la pelleteuse si on en juge par la longue liste de fraudes et de détournements d’argent dont la justice le soupçonne.

En vrac et en petites coupures, non content de toucher un salaire sept fois supérieur à celui du Pdg de Toyota, pourtant numéro 1 mondial des constructeurs, notre homme aurait caché au fisc japonais entre 37 et 60 millions d’euros liés aux plus-values sur la vente de ses stock-options, versé 9.000 euros mensuels à sa sœur pour un travail fictif, se serait fait payer par Nissan pour plus de 16 millions d’euros d’appartements de luxe à Paris, Amsterdam, Rio, Beyrouth et New-York, le tout financé au travers de structures opaques situées dans des paradis fiscaux (Pays-Bas et Iles-vierges-britanniques).

On mentionnera, pour l’anecdote, que Nissan cherche également à récupérer la propriété d’un yacht et qu’il soupçonne Carlos Ghosn d’avoir détourné 13 autres millions d’euros au profit d’un ami milliardaire saoudien qui lui serait venu en aide pour le renflouer après la crise de 2008.

Certains esprits chagrins ici en France, pourraient quant à eux se formaliser de l’attitude de M Ghosn ayant méticuleusement fait le vide autour de lui afin de devenir incontournable au sein de l’entreprise (cf la calamiteuse affaire en 2011 des « espions », trois hauts cadres licenciés sur de fausses accusations d’espionnage au profit de la Chine), ou bien encore de son mariage royal à Versailles (dont la réjouissante vidéo se trouve ici). Mais là, force est d’avouer que l’hubris de notre homme n’est pas seule en cause et qu’il convient également de mettre en avant la faillite total d’une gouvernance à la française où le Conseil d’administration n’est certainement pas là pour poser des questions inconvenantes. Entre gens du monde, on se fait confiance n’est-il pas ?

C’est d’ailleurs contre cette belle solidarité que se sont fracassées des années durant les alertes de Pierre-Henri Leroy, directeur du cabinet de conseil aux actionnaires Proxinvest, qui a eu beau dénoncer  l’opacité des salaires de Carlos Ghosn en l’accusant –preuves à l’appui- de dissimuler volontairement des informations. Cela sans attirer le moins du monde l’attention de l’État français pourtant actionnaire majoritaire de Renault.  

Ite missa est ? Carlos Ghosn n’aura plus qu’à éviter les pays pratiquant l’extradition vers le Japon (la France n’extrade pas ses ressortissants comme s’est empressée de le confirmer le 2 janvier dernier la secrétaire d’État à l’Économie, Agnès Pannier-Runacher). Alors le procès par contumace n’existant pas au Japon, sera-t-il probablement remplacé par une campagne de communication que notre évadé en jet a largement les moyens de s’offrir.

Ô juste un dernier détail pour terminer. Un petit rappel dérisoire pour ceux et celles qui vivent dans la vraie vie, celle où les millions d’euros ou de dollars ne ruissellent pas miraculeusement vers les comptes en banque : si Carlos Ghosn est aujourd’hui mis au ban de la société et jugé pour infamie, n’oublions pas que c’est uniquement parce qu’il est soupçonné d’avoir lésé des actionnaires. Ce personnage qualifié de « cost-killer » était il y a peu encore unanimement louangé lorsqu’il « flexibilisait » le cout du travail à grands coups de délocalisations, management « conscientisant » (cf les suicidés du Technocentre de Guyancourt), baisse de salaires, licenciements ou recours massifs à l’intérim.

Moralité : voler les pauvres c’est très bien, mais n’en faite jamais autant avec les riches, eux ils disposent d’une Justice !

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* Le terme est dû à Lacan et se lit dans les deux sens : + de jouir pour les premiers de cordée et plus (du tout) de jouir pour ceux qui ne sont rien, suivant le bon vieux principe que pour être vraiment heureux encore convient-il que les autres soient malheureux (à noter que M Ghosn n’est manifestement pas le seul à se complaire dans cette voie perverse et sadique).

 

3 réflexions au sujet de « Le Plus-de-jouir * façon Carlos Ghosn »

  1. Il y aurait des paradis fiscaux dans notre belle Europe!!!!!Les Pays bas qui critiquaient les PIGS rejoindraient dans ce rôle les îles Caïmans…..C’est impossible …Je pense que nos « responsables politiques » ne sont pas au courant….ils étaient aussi mal renseignés sur les magouilles de ce PDG ou alors il les avait éblouis …Ne mettons pas en doute la bonne foi de nos responsables, mais demandons nous à quoi ils servent ….Vus les taux d’abstention aux élections je pense que je ne suis pas le seul qui se pose cette question??

    1. À quoi ils servent, la question reste ouverte.
      Qui ils servent est par contre une question parfaitement résolue. D’où une illégitimité qui ne peut désormais que s’accroitre.

      1. Au travers du cas emblématique de Jean-François Cirelli, ancien haut-fonctionnaire devenu directeur de BlackRock-France, une démonstration d’une quarantaine de minutes sur la manière dont l’État français a été privatisé et fonctionne désormais au service exclusif des intérêts privés :

        https://www.youtube.com/watch?v=siV9SS5y9_w&feature=youtu.be

        L’illégitimité de nos gouvernants fait son chemin dans les esprits mais quand on y rajoute la connaissance de leur mode d’action mafieux, force est alors d’admettre que ces individus ne sont pas seulement illégitimes mais qu’ils sont surtout les ennemis de la population française en particulier et – au vu leur acharnement à préserver et amplifier les ravages écologiques du néolibéralisme-, de l’Humanité en général…

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