Pour la nouvelle année : divisions, discussions et velléités

Les divisions au sein du conseil des gouverneurs de la BCE désormais apparues au grand jour, la Commission n’a qu’à bien se tenir. Avec Paolo Gentiloni, le nouveau commissaire italien de l’économie, elle pourrait même faire un grand écart s’il était écouté.

À l’occasion d’une allocution destinée à prendre date, il a sans tardé abordé des sujets épineux. Il a d’abord ouvert une discussion à propos de la gouvernance budgétaire de la Commission, alors que s’approche le moment politiquement délicat du contrôle des budgets prévisionnels 2020 des États. En temps normal, dans l’environnement macro-économique d’avant, a-t-il expliqué, elle ne poserait pas de problème telle qu’elle est. Mais, dans le contexte actuel, elle fait peser des contraintes sur les capacités d’endettement des gouvernements et fait obstacle à l’élargissement de leur marge de manœuvre financière.

Prudent, le commissaire se garde bien d’aborder le sujet sacro-saint des traités et s’en tient à préconiser une meilleure coordination budgétaire entre pays, vaguement explicitée par la proposition d’adopter une politique soutenant les plus endettés. Et il se couvre en s’inscrivant dans les nouvelles préoccupations climatiques de la Commission pour préconiser que la politique fiscale et sa gouvernance deviennent appropriées au nouvel environnement.

Quand enfin il quitte le domaine des généralités, ce n’est pas pour rien. Il met les pieds dans le plat en proposant la création d’un actif financier commun à la zone euro, afin de renforcer l’union monétaire, de contribuer à l’intégration des marchés de capitaux et de réduire la dangereuse détention par les banques de la dette de leur propre pays. Ce dernier mal souvent dénoncé mais resté sans remède.

On a vu à quoi avaient abouti les velléités d’Olaf Scholz, le ministre allemand des Finances, lorsqu’il a prétendu faire avancer le dossier de la garantie européenne des dépôts bancaires. On verra le sort qui sera réservé à sa proposition d’élargir l’assiette de la taxe sur les transactions financières à des « actifs plus risqués », et non plus seulement aux seules actions. Alors, que peut-on attendre de ce démarrage en fanfare de Paolo Gentiloni si ce n’est qu’il a planté une banderille supplémentaire, sans plus d’effet ?

Christine Lagarde va également ouvrir un débat, comme elle l’a annoncé dès sa nomination, qui pourrait s’en plaindre ? Les certitudes sont dures à préserver, sauf chez les plus crispés qui s’y accrochent. Sa « révision stratégique » ne sera pas déchirante, car elle n’en a pas les moyens. L’ajustement de la cible d’inflation qui est dans toutes les têtes tombe à pic pour mobiliser les esprits, expression d’une stratégie d’occupation du terrain. Celui-ci est libre, Mario Draghi l’a dégagé en adoptant un nouveau train de mesures appelées à durer, évitant ainsi à la présidente d’avoir à les décider. Christine Lagarde a les coudées franches pour faire de la politique, une activité plus en rapport avec ses compétences.

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