Le très gros pari injouable de la dette

Cela ne s’arrête jamais ! Un jour le niveau atteint par la dette étudiante aux États-Unis fait souci (un classique), un autre le laxisme de la distribution du crédit immobilier est relevé en France, un autre encore l’explosion un peu partout de l’endettement des entreprises est soulignée. Il y aurait donc partout anguille sous roche et pour un peu la dette publique serait oubliée… Au point où nous en sommes, le chiffrage de la dette, qui met en valeur sa constante progression, ne distingue d’ailleurs pas la dette publique de la privée.

La dette des pays émergents est à son tour épinglée par la Banque mondiale. Elle n’a jamais enflé aussi rapidement, atteignant globalement 170% de leur PIB et le modique montant de 55.000 milliards de dollars, suscitant comme commentaire alarmé qu’elle deviendra insoutenable si les taux s’avisent à grimper. Elle ne sera pas la seule à être dans ce cas.

En Argentine, le ministre de l’économie Martín Guzmán, proche de Joseph Stiglitz, a plaidé en faveur d’un tribunal international des faillites empêchant les «créanciers voyous» de recourir à l’arbitrage juridique pour doubler la file d’attente des autres créanciers, à leur détriment ainsi qu’à celui de la population.

Gagner de l’argent avec l’argent n’est plus une sinécure quand la masse des capitaux pour lesquels un placement doit être trouvé ne cesse de croître et que le risque des meilleures opportunités en fait autant. En vérité, le parallélisme avec la progression de la dette ne constitue pas une grande surprise. Pour emprunter, il faut des prêteurs, ils ne manquent pas et poussent au crime ! Selon la définition qu’en donne le code du commerce, ils deviennent alors responsables d’un soutien abusif.

Pour répondre à une demande insatiable, des nouveaux produits exotiques ont été créés afin de proposer de nouveaux placements. D’abord les produits dérivés, puis les fonds indiciels (les ETF) qui ont pris la suite pour démultiplier les opportunités d’investissement. Créant une dynamique d’instabilité financière accrue, la masse des produits financiers grandissant et celle des actifs de qualité garantissant leurs transactions se raréfiant relativement.

Afin d’augmenter les profits, des prêts à effet de levier ont été inventés qui sont accordés à des sociétés déjà très endettées. Ils sont ensuite assemblés dans des produits financiers intitulés Collateralized loan obligations (CLO). Leur sort est ensuite d’être intégrés dans des fonds de pension, ou accessibles aux particuliers via des ETF. Leur encours ne cesse de croître, dépassant les 1.200 milliards de dollars, constituant un marché dont les Américains sont les rois. Et les ratios de levier s’élèvent, générant des profits ou des pertes à la clé, un facteur 5 le plus souvent proposé. Enfin, les émissions de prêts dits « covenant lite loans » (avec une protection réduite en cas de défaut) s’accroissent. Exemplaire, non ?

Le pari sur la richesse future avec laquelle la dette sera remboursée devient de plus en plus risqué quand la croissance économique s’installe affaiblie. La dette reste soutenable en vertu de taux qui ne peuvent remonter sous peine de tout faire dérailler, le bas niveau de l’inflation ne l’érodant pas. Où cette voie peut-elle mener ?

13 réflexions au sujet de « Le très gros pari injouable de la dette »

  1. Sans issue et sans risque de déraillement tant qu’un événement inattendu n’arrive.
    Quel sera t’il ?
    Ce qu’il se passe Australie, un pays dévasté par les incendies, des records de température pulvérisés donnent un aperçu de l’impasse dans laquelle la logique capitalistique nous conduit.

    1. Scott Morrison, climatonégationiste déguisé en climatosceptique et qui a tout fait avec ses collègues pour saboter la COP25, est parti passer ses vacances à Hawaï pendant que des méga-incendies dévastent son pays, détruisent une faune et une flore uniques au monde et recouvrent de fumées toxiques les grands centres urbains.

      Le bush australien brûle, le Premier ministre est en vacances à Honolulu
      https://www.franceculture.fr/emissions/revue-de-presse-internationale/la-revue-de-presse-internationale-emission-du-vendredi-20-decembre-2019

      (dans un premier temps ses services ont essayé de cacher ses vacances à Hawaï, avant de se résoudre sous la colère des gueux -une pétition circule demandant sa démission- à les interrompre).

      Si les peuples élisent des pyromanes, et de Trump à Macron il en existe une infinité de variétés, il ne faut pas s’étonner que la planète brûle.

    1. Allez, un peu de douceur dans un monde de brutes, Noël arrive. Joyeuses fêtes !

      Christmas time is accompanied by seasonal increases in our level of consumption. From eating and drinking to giving and receiving, it is the time of the year when we do things to excess. Unfortunately, it also means we are likely to have a greater impact on the environment. Our total consumption and spending on food, travel, lighting and gifts over three days of festivities could result in as much as 650 kg of carbon dioxide emissions (CO2) per person – equivalent to the weight of 1,000 Christmas puddings! This is 5.5% of our total annual carbon footprint.

      https://www.researchgate.net/publication/263969440_The_Carbon_Cost_of_Christmas

      1. Noel 2019 sera comme les précédents, plein de cadeaux inutiles qui se retrouveront en revente sur Internet le 25 Décembre.
        Je me doutais que cette folie d’achats, de déplacements, etc avait un impact important sur nos rejets de CO2 mais je ne pensais pas que c’était autant sur une si courte période.
        Un dossier intéressant sur l’impact de la hausse des températures sur les plantes et particulièrement les rendements agricoles.
        http://www.fao.org/3/w5183f08.htm

        Entre ce qui brûle là-bas, les d’inondations catastrophiques ailleurs, la baisse des rendements agricoles dans des zones fortement peuplées et défavorisées, les mouvements sociaux un peu partout sur la planète, les violences d’état aux abois, le point de basculement semble proche.

          1. La propagande néolibérale à beau essayer de cacher la jungle de la capitalisation des retraites derrière la brandille des « régimes spéciaux » (moins de 3% des salariés), il faut au moins accorder une certaine rationalité dans leur folie à ces individus : sachant que le néolibéralisme a perdu la bataille des idées et qu’ils auront de plus en plus besoin de recourir à la violence pour se maintenir, ils ont préservé un seul régime spécial. Celui de la police…

            Régime spécial de retraite de la police maintenu : comment Castaner a retourné les syndicats

            https://www.marianne.net/societe/regime-special-de-retraite-de-la-police-maintenu-comment-castaner-retourne-les-syndicats

            PS : vu les contraintes et la dangerosité du métier, il est tout à fait normal que la police bénéficie d’un régime spéciale de retraite. À condition qu’elle reste républicaine et ne soit pas transformée en force milicienne bien entendu.

          2. Policier ou gendarme, un travail dangereux ?

            https://inhesj.fr/sites/default/files/ondrp_files/publications/pdf/note_27.pdf

            En moyenne 6 morts en mission par an pour 250 000 agents environs.

            Attention, qu’on ne me fasse pas dire ce que je ne dis pas, un mort, est toujours un mort de trop, mais bon, c’est pas la roulette russe non plus de s’engager sous le drapeau…

            De plus en comparaison de ça,

            https://www.nouvelobs.com/societe/20170912.OBS4527/94-morts-en-10-ans-le-dossier-noir-des-bavures-policieres.html

            Etre simple citoyen est plus dangereux qu’être policier !

            Non, on achète sciemment des supplétifs factieux pour protéger des ploutocrates ! Gendarmes ou policiers, sauf rares exception, comme chez les poissons volants, sont parmi les cerveaux les plus réceptifs aux idées et comportements autoritaires et totalitaires. Que la honte tombe sur eux, ils n’ont jamais été dans l’Histoire du côté du progrès et de l’émancipation des peuples, ils sont majoritairement le bras armés des puissants et en vivent, on peut le vérifier partout en tout temps.

          3. C’est bien pour cela que Montesquieu ou Locke ont théorisé la séparation des pouvoirs, afin que le pouvoir puisse arrêter le pouvoir. Et de séparation des pouvoirs sous la cinquième agonisante, il n’y a pas, quel que soit l’étage examiné. Si le PR ordonne et les godillots de l’AN s’exécutent, l’indépendance du Parquet vis-à-vis de la Place Beauvau est une plaisanterie et confier les enquêtes portant sur les violences policières à la police est une tartufferie

            Bref l’institution serait beaucoup plus respectée si la justice pouvait enquêter en toute indépendance sur les policiers et leur chaine hiérarchique, coiffée par les préfets et le ministre de l’Intérieur.

            Au lieu de quoi nous avons l’arme des mutilations utilisée massivement – et en totale impunité – pour dissuader les citoyens d’exercer leur droit de manifester. On peut donc dire que la haine grandissante de la police est une co-construction du gouvernement actuel et de la Justice…

            Nul besoin d’avoir lu Machiavel pour savoir que plus la légitimité des gouvernants s’érode plus leur violence augmente.

          4. « théorisé la séparation des pouvoirs, afin que le pouvoir puisse arrêter le pouvoir.  »

            Pardonnez par avance mes stupides fautes de français, et pardonnez aussi que je ne sois pas d’accord avec ces vieux tromblons sortis du passé. Personnellement, je laisse les morts parler aux morts. Le feu arrête-t-il le feu, la violence arrête-t-elle la violence ? Non. Ce qui arrête le feu, c’est l’eau, ce qui arrête la violence, c’est l’empathie. Ou pour le dire autrement, de mon point de vue, ce qui arrête le pouvoir, c’est un peuple composé de citoyens instruits des causes et conséquences de ses actes et éduqués aux valeurs universelles, qui cherchent pour toutes choses la vérité la plus atteignable et intelligible à tous, et qui la donne en partage comme un présent, avec un profond soucis de l’égalité et de la fraternité. Franchement, le reste c’est de la foutaise.
            Tant qu’il y aura des forces de l’ordre et des forces armées en masse, nous ne serons, ni libres, ni égaux, ni fraternels, sauf à croire aux écrans de fumé et aux avants scènes du Grand Divertissement.

          5. (Que celui ou celle qui n’a jamais piétiné l’orthographe ou fait subir les derniers outrages à la syntaxe lance le premier Bescherelle ! Et à quoi bon avoir une orthographe impeccable si elle ne sert qu’à écrire des platitudes, voire si elle est au service du néolibéralisme comme la novlangue des politiciens professionnels ? Une langue écrite ou parlée sert avant tout à faire passer des informations et des sentiments auxquels l’honnêteté et la sincérité donnent toute leur valeur. Bref, MM Macron and Co peuvent s’exprimer et écrire dans le français le plus châtié, leur langue restera toujours moche ! ) – Fin de la séquence émotions

            Sur le fond, il faut faire avec ce que nous sommes réellement et pas avec ce que nous voudrions être. S’il a existé (et existe) des sociétés complexes sans armée, il n’en existe aucune sans police. Tout simplement parce que chez Homo-Pongo l’intelligence et l’instruction maitrisent très difficilement les instincts. C’est bien pour cela que le pouvoir nous rend c** ! Sans aller jusqu’aux extrêmes des hommes commandant l’appareil de répression nazi et qui avaient pour la plupart un excellent parcours universitaire, il suffit de voir ce que donne chez nous des Hollande ou des Macron qui ont pourtant été biberonnés à ce que l’école républicaine est censée faire de mieux…

            Le problème des institutions policières et judiciaires dans un monde néolibéral est qu’elles sont au service de la caste dirigeante qui en devient ainsi intouchable, pendant qu’une répression féroce s’abat sur les gueux. Voler pour manger dans un supermarché vous envoie directement en prison, démembrer une entreprise, piller ses richesses et ses brevets, licencier des milliers de personnes à seule fin de s’enrichir et il est très probable qu’au bout du parcours on vous accorde la légion d’Honneur et qu’on vous célèbre comme un Grand capitaine d’industrie.

            Dans une société d’égaux la police et la justice sont au service du bien commun, dans le monde néolibéral dickensien elles servent à surveiller et punir les classes « dangereuses », avec comme cloaque final des prisons où l’on stocke pauvres et malades mentaux.

            La beauté du moment que nous vivons est que les classes moyennes se rendent compte que la police les traite maintenant à l’égal de la racaille de banlieue.

          6. « S’il a existé (et existe) des sociétés complexes sans armée, il n’en existe aucune sans police. Tout simplement parce que chez Homo-Pongo l’intelligence et l’instruction maitrisent très difficilement les instincts. »

            Bien entendu, je ne nie pas qu’il faille des individus en capacité de mettre hors d’état de nuire d’autres individus dont le comportement porte gravement préjudice à la bonne vie sociale. Certes. Il y aura toujours de la violence entre les hommes, et il faut que d’autres puissent la stopper. Mais cela doit se faire avec une éthique et un sens moral de service au public du plus haut niveau, avec une bienveillance sans faille et irréprochable, ce qui est loin d’être le cas des agents actuellement. Et cela doit être aussi l’occasion d’un renouvellement régulier des individus charger de contrôler les indélicats.
            D’abord cela passe par un désarmement général et total de toutes les armes de guerre, et de poings, de toute la (les) population(s), y compris des forces de police, surtout celles en contact permanent avec la population. Ce n’est pas naïf, c’est une question de civilisation. Ce qui n’empêche pas d’avoir des moyens techniques d’immobilisations performants. Cela va de paire avec une réorganisation plus profonde des liens sociaux et économiques entre nous tous cela va s’en dire.

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