Les banques allemandes connaissent l’humiliation de la dégradation

L’industrie automobile allemande ne vogue plus sur ses succès d’antan et ses sous-traitants en font les frais également. Le pays parvient à garder le nez hors de l’eau en évitant d’être déclaré en récession, mais l’heure des vaches grasses est révolue.

Le tour des banques est venu. On savait que la Deutsche Bank et Commerzbank, les deux fleurons privés, étaient durement atteintes, la première réduisant drastiquement sa voilure et la seconde recapitalisée sur fonds publics. Et que plusieurs banques régionales avaient aussi dû l’être. Mais il apparait également que le vaste secteur des caisses d’épargne n’est pas… épargné. La chute de la rentabilité du secteur bancaire est générale.

L’agence de notation Moody’s en a tiré la leçon en baissant sa perspective globale pour le secteur de « stable » à « négative ». La profitabilité et la solvabilité des banques est en cause en raison des taux d’intérêt au plancher, les rendant très vulnérables si l’économie devait encore se ralentir et si jamais une hausse des taux intervenait. Pour compléter le tableau, Moody’s estime que le risque crédit pourrait bien se révéler sous-estimé et la valeur des garanties immobilières surestimée. Qu’en disent donc la BCE et l’Autorité bancaire européenne (EBA) ?

Les banques maitrisent mal leurs coûts en dépit de restructurations se traduisant par une importante suppression d’emplois. Elle n’est d’ailleurs pas propre à l’Allemagne, effet de la cure d’amaigrissement des réseaux, l’accentuation de la robotisation des tâches allant prendre le relais. À elle seule, Deutsche Bank va supprimer 18.000 emplois, soit un cinquième de son effectif.

Consolidation est dans toute l’Europe le maître mot, mais sa réalisation rencontre de nombreux obstacles. En Allemagne, les 384 caisses d’épargne du secteur public dont les marges financières ont fondu y renâclent. Le président de la Fédération des caisses d’épargne est à la manœuvre, mais les pouvoirs locaux résistent, craignant une perte d’influence de leurs banques régionales. À l’arrivée, les plans de restructurations piétinent, y compris ceux de la Deutsche et de Commerzbank.

Les banques européennes incriminent la politique de taux bas de la BCE et tentent en France d’obtenir un assouplissement de leur réglementation dont l’application qui se rapproche pèsera encore sur leur rentabilité. Dans l’immédiat, elles réagissent en diminuant leurs effectifs et c’est loin d’être terminé, car les marges d’automatisation des tâches sont importantes, bien au-delà des seuls back-offices. Les grandes banques ont tardé, mais elles sont dorénavant entrées dans le vif du sujet. On aborde là un domaine très politique.

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