L’Allemagne paiera-t-elle

Portant la principale responsabilité de la politique budgétaire européenne, l’Allemagne est au centre de l’attention. Les autorités allemandes pourraient-elles prochainement concéder son assouplissement ? Dans les faits, rien ne permet aujourd’hui d’y croire.

La situation politique tend à devenir inextricable, à l’image de tous les pays européens. Le résultat des élections de Thuringe, anciennement en RDA, est éloquent : les partis que l’on peut qualifier de centristes – CDU/CSU, SPD, Grünen et FDP – ne parviennent plus, tous ensemble, à recueillir la majorité des suffrages. Die Linke à gauche et l’AfD à l’extrême-droite tirent leur épingle du jeu dans ce Land où Die Linke était à la tête d’un gouvernement minoritaire et va probablement continuer à l’être sur ce même mode.

Autre facette de la situation politique, les candidatures à la direction du SPD se sont désormais déclarées sous la forme de deux binômes composés d’une femme et d’un homme, l’un marqué à droite du parti, l’autre à sa gauche. Aux adhérents de trancher. L’actuel ministre des Finances, Olaf Scholz, du binôme de droite, a fait sienne une politique budgétaire restrictive respectant non seulement le Traité, mais également une règle propre à l’Allemagne devenue constitutionnelle, intitulée Schwarze Null, et prohibant tout déficit autre qu’épsilonesque. À l’opposé, le binôme de gauche souhaite faire sauter ce dernier bouchon budgétaire.

Il est également prévu en décembre, à mi-mandat du gouvernement de coalition avec la CDU/CSU, qu’un autre vote des adhérents intervienne pour décider de sa poursuite ou de son interruption.

Les deux échéances placent le SPD en position d’influer sur le cours de la politique allemande, en dépit de son fort déclin. Mais que peut-on réellement en attendre lorsque l’on enregistre que l’un de ses leaders, Sigmar Gabriel, devient le lobbyiste en chef d’une industrie allemande de l’automobile, elle aussi sur le déclin, sur les traces d’un Gerhard Schröder étroitement impliqué dans le lobbying du gaz russe ?

Recep Tayyip Erdoğan n’ignore pas la faiblesse du pouvoir allemand en dépit des apparences, et il cherche à en jouer à son avantage, en pleine opération de diversion masquant ses difficultés internes. À nouveau, il menace d’ouvrir ses frontières afin de permettre aux réfugiés accueillis en Turquie de rejoindre en masse l’Europe, jouant sur son effet politique en Allemagne. Que demande-t-il en échange pour s’en abstenir ? que soit financé la « zone de sécurité » qu’il est parvenu à créer dans le Nord-Est syrien en occupant une bande de terre syrienne à sa frontière. L’Allemagne paiera ou ne paiera pas ?

Son plan est de faire financer les entreprises turques qu’il va charger d’édifier ce qui pourrait devenir le plus grand camp de réfugiés au monde. Il ferait ainsi d’une pierre deux coups, évacuant une masse de réfugiés de la Turquie et apportant des affaires aux entreprises de BTP du pays qui en ont bien besoin dans un contexte de crise économique. La ministre de la Défense allemande, Annegret Kramp-Karrenbauer a prêté le flanc à l’offensive du président turc en proposant d’envoyer des observateurs allemands dans la « zone de sécurité », s’attirant un refus en raison de « l’irréalisme » de son offre d’un président turc qui attend beaucoup plus.

À quand le prochain épisode de la série ?

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