Attentes d’infléchissements outre-Rhin

Les autorités allemandes vont-elles ou non infléchir leur politique ? Les commentateurs sont à l’affut des indices qui permettraient de l’évaluer. Quoi qu’il en soit, cet infléchissement serait très limité s’il intervient, car il n’est pas question d’amender les traités, tout au plus peut-il être espéré l’introduction de quelques subtilités dans le calcul du déficit structurel, ce qui pourrait accorder un peu de marge de manœuvre budgétaire.

Ce déficit est en effet calculé en fonction de la croissance potentielle, qui correspond au niveau maximal de production qu’un pays peut obtenir sans accélération de l’inflation. Inutile de dire que les méthodes, estimatives par nature, sont variées et que leurs résultats divergent sensiblement. Il y a donc un peu de grain à moudre. Mais nous n’en sommes pas là, et les discussions portent en Allemagne sur un autre sujet, l’obligation de l’équilibre budgétaire qui interdit tout déficit et a été inscrit dans la loi fondamentale, la constitution allemande.

Au terme de celle-ci, le gouvernement n’est autorisé à émettre de nouveaux emprunts qu’à hauteur de 0,35% du PIB, ce qui représente une dizaine de milliards d’euros par an. Ce seuil peut toutefois être dépassé pour « lutter contre une perturbation de l’équilibre économique global », dit la loi. Or les raisons ne manquent pas pour justifier une politique musclée d’investissement, que ce soit pour financer la création et l’entretien des d’infrastructures, ou désormais la transition écologique. Car, dans l’état actuel des choses, celle-ci manque clairement de financement au regard des obligations de réduction des gaz à effet de serre de l’Allemagne.

Une solution est donc recherchée, dont la condition préalable est de ne pas ouvrir les vannes du budget fédéral. L’Institut IW de Cologne (Institut der Deutschen Wirtschaft) a suggéré une solution qui contournerait les difficultés grâce à la création d’une entité détenue par le gouvernement, mais séparée, qui apporterait les fonds nécessaires à une politique d’investissement. Cet Institut qui s’était fait durant la décennie précédente l’avocat d’une réduction du déficit préconise maintenant d’investir 450 milliards d’euros sur 10 ans. Une proposition qui a tout de la bouteille à la mer dans le contexte actuel…

La proposition du gouvernement allemand de nommer Isabel Schnabel pour remplacer Sabine Lautenschläger au conseil d’administration de la BCE fait de son côté l’objet de supputations. Il est en effet relevé que si elle est cataloguée parmi les économistes conservateurs, elle ne s’inscrit pas dans le courant ordo-libéral. Certes, cela ne l’a pas empêché de critiquer la politique monétaire de la BCE, mais elle a récemment averti des dangers qu’il y avait à la critiquer comme cela s’est répandu en Allemagne. Il est aussi porté à son crédit par ceux qui espèrent la voir apporter un vent nouveau que sa nomination a été critiquée par Florian Toncar, le porte-parole du FDP pour les questions financières, qui attendait la nomination d’une personnalité luttant vigoureusement pour un changement de politique monétaire. Il est au contraire fait valoir que, très communicante, elle pourrait calmer le jeu dans l’opinion allemande, vu les proportions prises par la mise en cause de la BCE.

L’ampleur de ce qui peut être attendu est donc très limitée. L’enterrement de première classe du budget européen d’investissement a clos tout espoir d’un renouveau. Tandis que, au bord de la récession, l’économie européenne est au mieux condamnée à une faible croissance n’accordant pas de marges de manœuvre fiscales. La crise sociale et politique correspondante est installée, elle est désormais endémique.

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