Le mur de la peur est tombé

Depuis Tamanrasset où il poursuivait sa tournée des casernes, Ahmed Gaïd Salah a tenté mardi dernier de dissuader les Algériens de manifester massivement pour le trente et unième vendredi consécutif, sans y parvenir. Avec comme ressource principale de dénoncer les « slogans tendancieux qui n’ont rien d’innocent » de « parties » dont l’objectif est « d’induire l’opinion nationale en erreur avec ces moyens trompeurs pour s’autoproclamer fallacieusement comme les porte-voix du peuple algérien. » Quel pathos !

Le chef d’État-major met des gants faute de pouvoir aller droit au but, et des centaines de milliers de manifestants lui ont répliqué vendredi dernier sans ressentir le besoin d’en mettre à leur tour. Ils ont réclamé « un État civil, pas un État militaire » et scandé « le peuple veut la chute de Gaïd Salah », nullement impressionnés par les arrestations de « meneurs », le déploiement de policiers en tenue anti-émeute et les survols incessants des cortèges par des hélicoptères. Le mur de la peur est tombé et le creux de l’été est dépassé, l’heure des mobilisations massives est revenue. La tentative de verrouillage d’Alger n’a rien donné, comme si les algérois avaient besoin de renfort de l’extérieur pour faire masse.

Quatre figures du hirak sont arrêtées, détenues et accusées, pour « atteinte à l’unité du territoire national » ou « atteinte au moral de l’armée ». On croit comprendre en effet que celui-ci n’est pas au beau fixe dans ses hautes sphères, car on ne voit pas comment l’élection présidentielle, prévue pour le 12 décembre prochain mais rejetée par la rue, pourrait si elle se tient susciter une participation légitimant son vainqueur. Laissant alors en première ligne la caste militaire, hier planquée derrière un simulacre de pouvoir civil mais ne disposant plus de cet artifice, avec comme seules options d’affirmer un pouvoir autoritaire reposant sur le puissant appareil répressif existant ou de négocier sa sortie.

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