Le système financier n’a rien perdu de son charme ni les repos de leur éclat

Gigantesque et vital pour le système financier, le marché des « repos » est estimé par la Banque des règlements internationaux (BRI) à 12 mille milliards de dollars (*). Et il est régulièrement sujet à des accès de fièvre qui demeurent à chaque fois inexpliqués, ce qui a conduit celle-ci à lancer une étude prévue pour durer deux ans pour tenter d’y voir plus clair dans l’avenir.

Ce n’est pas un moindre paradoxe que ce mécanisme crucial soit à ce point un trou noir du système financier. Sur ce marché, tous les échanges se font de gré à gré,

Un nouvel épisode vient d’intervenir, et la Fed a dû intervenir en urgence, et se prépare à le refaire, en mettant sur le tapis 75 milliards de dollars afin de répondre à une subite pénurie de dollars dont les analystes ne cernent pas la raison et qui a fait grimper en flèche les taux sur ce marché.

William Dudley, qui préside à la fois la Fed de New York – toujours en première ligne quand le temps se gâte – et le Comité d’étude du système financier de la BRI, a remarqué que « les effets de la politique monétaire non conventionnelle et les réformes de la régulation opèrent en direction opposées dans de nombreux cas de figure », et qu’il faut avoir à l’œil le marchés des repos, car il est essentiel au bon fonctionnement du système.

Les habituels pics de la demande en dollars, tels que le payement des impôts, n’expliquant pas cette demande hors normes, les analystes s’interrogent et font preuve de nervosité, s’attendant dorénavant toujours à une mauvaise surprise. D’autant que la dernière injection de liquidités de cette taille par la Fed date de 2008.

Cela a conduit Izabella Kaminska, une journaliste du Financial Times réputée pour ses analyses financières pointues, à chercher dans l’actualité du Moyen-Orient s’il n’y se trouvait pas une origine à cette demande inattendue, et à trouver une Arabie saoudite brutalement privée de ses recettes en dollars avec la paralysie de ses installations pétrolières. Simple hypothèse, car le mystère est destiné à rester entier.

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(*) Repos est la contraction de« Repurchase Agreements ». Les institutions financières se rendent sur ce marché pour emprunter des liquidités à court terme, d’une seule nuit à un an, en échange de titres qui servent de garantie, le fameux collatéral. Ceux-ci, généralement des obligations d’État, sont ensuite rachetés à la date convenue et un intérêt défini lors de l’échange est versé.

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10 réflexions au sujet de « Le système financier n’a rien perdu de son charme ni les repos de leur éclat »

  1. Lorsque je vous disais amicalement qu’il faut faire des efforts pour suivre vos publications et que tout le monde n’a pas cette passion de l’actualité, votre dernier message l’illustre.
    J’ai donc cherché à en savoir plus sur les REPO.
    https://www.fimarkets.com/pages/repo.php
    Si je vous ai bien compris, la transaction se faisant de gré à gré, signifie que les vendeurs et les acheteurs se connaissent.
    Et que, au vu de ce qu’il s’est passé récemment les autorités sont incapables de les identifier ?

    1. « De gré à gré » signifie qu’il n’y a pas d’intermédiaire entre les parties qui achètent/vendent, prêtent/empruntent.

      Le contraire de « de gré à gré », c’est « marché organisé », ce qui signifie qu’il y a un intermédiaire entre les parties, qui ne traitent qu’avec cet intermédiaire : une « chambre de compensation », qui veille au bon ordre des opérations et dispose de fonds de réserves constituant un fonds d’assurance en cas de pépin.

      1. Comment font-ils pour officialiser concrètement le transfert réel de propriété ? Avocats, juristes, notaires,? Qui enregistre les mouvements pour les légaliser ? Un simple papier gardé dans un coffre ?

        1. Un enregistrement numérique qui doit pouvoir être présenté au régulateur du marché financier à sa demande (Office of the Comptroller of the Currency). Un régulateur en général extrêmement bienveillant.
          Directive qui m’était donnée en mon temps : « Dites-leur ce qui leur fera plaisir. On vous couvre d’en haut ». Mais c’était il y a 10 ans, je suis sûr que c’est beaucoup plus rigoureux maintenant – just kidding !

    1. La réponse d’ordre technique à votre question est assez difficile à apporter : d’un côté les autorités américaines appuieraient probablement sur le gros bouton rouge pour suspendre le Marché et se donner le temps de réagir. De l’autre il est sans doute possible d’imaginer des attaques plus sophistiquées qui progressent à bas bruit et qui ne se révèlent que lorsque leur accumulation provoque un effet de swarming, l’essaimage initial des fractures subtiles se regroupant au dernier moment pour porter le coup fatal sur plusieurs points de fragilité repérés par les attaquants.

      La réponse d’ordre politique est plus simple à apporter : a priori les moyens financiers, humains et technologiques, nécessaires à de telles attaques sont si énormes que seuls les acteurs financiers les mieux installés les possèdent. Quel serait alors l’intérêt pour ceux qui contrôlent déjà le système de le détruire ? Cela relèverait plutôt du suicide, d’autant plus que l’impunité des criminels économiques ayant provoqué la crise de 2008 et imposé la collectivisation des pertes financières ne serait plus admise par les populations. Cette fois-ci elles exigeraient des têtes et le chaos politique serait probablement tel qu’il favoriserait la prise du pouvoir par les plus aventuriers et les plus extrémistes.

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