L’Algérie sans issue

Les manifestations massives du mardi et du vendredi, après avoir passé sans encombres le cap de l’été, continuent d’illustrer une mobilisation populaire qui ne se dément pas, à Alger et dans tout le pays. Hier mardi a eu lieu la 29ème manifestation des étudiants et vendredi dernier la 28ème plénière. La détermination et la persévérance des manifestants n’est plus à démontrer, de même que l’obstination des chefs militaires au pouvoir. C’est l’impasse.

Ahmed Gaïd Salah, le chef d’état-major de l’ANP, ne veut rien entendre des revendications des manifestants et tente d’accélérer la tenue d’une élection présidentielle pour solde de tout compte. Le corps électoral convoqué le 15 septembre, selon ses exigences, elle se tiendrait mi-décembre. Elle avait déjà été programmée en juillet dernier, mais il avait fallu abandonner le projet, faute de candidats.

Dans cette perspective, les préparatifs s’accélèrent. Un conseil des ministres a adopté lundi deux projets de loi, le premier relatif à l’Autorité électorale nationale indépendante et le second modifiant et complétant la loi organique de 2016 relative au régime électoral. Les deux projets ont été immédiatement envoyés à l’Assemblée nationale, pour adoption. Sauf retournement de situation, Abdelkader Bensalah, le président par intérim dont le mandat est fini, devrait convoquer le corps électoral dès dimanche prochain.

Pour s’inscrire dans cette précipitation, le « Panel de dialogue et de médiation », sévèrement critiqué et composé de personnalités de second plan, a brusquement achevé sa mission en l’espace d’une semaine et remis dimanche son rapport au chef de l’État. Pour conserver un semblant de crédibilité, ce document suggère la mise en œuvre de mesures d’apaisement, dont le départ du gouvernement Bedoui, la libération des détenus du hirak (le mouvement), ainsi qu’une ouverture bénéficiant à la vie politique et aux médias. Leur adoption est pour le moins incertaine. Ces mesures sont assorties de deux projets de loi créant une instance indépendante chargée d’organiser les élections et amendant la loi électorale. Et il n’est plus question de conférence nationale, le calendrier ne s’y prêtant pas.
L’opposition politique qui ne se reconnait pas dans le Panel est divisée. Les partis regroupés sous le label des « forces du changement » sont favorables sous conditions à une élection présidentielle, tandis que ceux qui sont réunis au sein de l’Alternative démocratique rejettent celle-ci et réclament l’instauration d’un processus constituant. En premier lieu, ils se déclarent favorables à la mise en place d’un pouvoir judiciaire indépendant garantissant l’État de droit. Ils ont in fine appelé les Algériens à « s’engager dans un processus constituant souverain, à travers l’auto-organisation au sein de structures et de comités de base ».

Le calcul de la hiérarchie militaire s’est avéré faux. Il n’a pas suffi de faire le ménage en envoyant devant les tribunaux « la bande de Bouteflika », comme Ahmed Gaïd Salah désigne ceux qui en ont bien profité. La caste militaire tire les ficelles derrière des simulacres de pouvoir civil, garantissant ainsi son bien-être et sa prospérité. Les Algériens, qui savent à quoi s’en tenir, dénoncent « le système » et veulent son démantèlement, mais comment l’obtenir s’il reste soudé et n’offre ainsi aucune prise ?

Les mois passent et la situation économique de l’Algérie s’aggrave. La rente pétrolière se réduit, ce qui ne crée pas les conditions d’un partage plus équitable qui pourrait intervenir à la faveur d’une ouverture politique. Il lui correspond une détérioration de la situation sociale, qui va s’accentuer, donnant au hirak une nouvelle tonalité.

Si le chef d’état-major trouve cette fois-ci un candidat à ses présidentielles, il va lui falloir trouver des électeurs…

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