Contrôle social à l’américaine

Les révélations se succèdent et les bonnes pratiques présumées en prennent un sacré coup. Tout leur semble permis à condition de ne pas se faire prendre, et disposer d’une gigantesque base de données d’adhérents ou de clients est décidément trop tentant. Au palmarès des déviants, Facebook tient la corde mais n’est pas la seule des GAFAM à utiliser en catimini nos données tout en jurant de sa vertu.

Amazon vient de se faire épingler aux États-Unis en raison de la surprenante activité de sa filiale Ring. Celle-ci vend avec succès des visiophones connectés très sophistiqués, dont les images peuvent être consultées à distance, via un smartphone par exemple, et également enregistrées. La caméra n’est pas seulement activée lorsque qu’un appel déclenche la sonnerie, une simple présence devant l’appareil suffit.

Mais Ring ne s’en tient pas à ces fonctions de base. Sa publicité proscrit dans la description de son visiophone l’expression « caméra de surveillance », mais l’application dénommée « Neighbors » qui est proposée en a indéniablement la fonction, l’angle de vision et la portée de la caméra permettant d’observer l’environnement. Neighbor (voisin en Anglais) fait référence au « Neighbor Watching », cette surveillance entre voisins qui fleurit dans les quartiers aisés d’habitat pavillonnaire que des panneaux à vocation dissuasive annonce.

Ring donne à cette surveillance un grand plus en permettant aux forces de police d’accéder aux images de ses visiophones. Les bureaux de police locaux sont incités par l’entreprise à se doter gratuitement d’une application permettant d’interagir avec eux pour diffuser des messages d’alertes et de recherche d’information, ainsi que de demander à leur propriétaire la transmission des images de leur visiophone.

C’est un gigantesque maillage qui est ainsi progressivement constitué. Selon la presse américaine, plus de 400 bureaux de police seraient déjà partie prenante du dispositif. Afin d’amorcer la pompe et de créer un effet boule de neige, des visiophones seraient donnés afin de les distribuer au sein de la population dont ils ont la charge et d’en faire la promotion. Et la beauté de l’opération ne se résume pas à cette collaboration, ce réseau échappe à toute autorisation officielle et contrôle des municipalités, tout en ravivant la paranoïa ambiante et en alimentant les stigmatisations.

Cerise sur le gâteau, Ring a l’intention de doter son visiophone d’une technologie de reconnaissance faciale lui permettant de donner l’alerte lorsque la personne qu’il filme est recherchée.

On savait déjà que le service privé chinois de vente en ligne Alibaba collaborait étroitement au gigantesque système de contrôle social qui est en train de se mettre en place. La participation au totalitarisme numérique des entreprises privées de la nouvelle économie n’est donc pas réservée à la Chine despotique.

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Une réflexion sur « Contrôle social à l’américaine »

  1. Pourquoi ce cliché « la chine despotique » ? Il est sans doute obsolète car devenu banal ! L’adage « charbonnier maître chez soi », qui a donné les lois de protection du domicile et de la vie privée (courrier, téléphone, etc.), est en train de disparaître. Rien de plus public que votre vie privée ! Mieux vaut vivre dehors et déconnecté que dedans et en réseau ! Le despotisme est partout, en PPP (partenariat public privé). La mise en soupçon de vos opinions et la censure est normale (coupure du web, etc.).
    Il est vrai qu’une société qui se veut « moralisée » organise un contrôle social envahissant, qui oblige à participer et à adhérer (Cuba, les communautés monastiques ou coopératives, même ultra-démocratiques). L’attitude dissidente est lourde à porter (mais parfois admise, si bienveillante). Le contrôle policier permanent (Stasi, etc.) redouble ce contrôle social et y introduit un délire arbitraire de dénonciation et de sanction. La dissidence devient clandestine, comme sous une armée d’occupation violente. Nous en sommes à mi-chemin…

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